Archives de l'auteur

« Hier, j’étais surpris, mais aujourd’hui, je suis sans voix », a dit à Séoul Lee Sedol, considéré comme l’un des meilleurs joueurs de go au monde, après sa deuxième défaite, ce matin, contre AlphaGo, l’intelligence artificielle de Google spécialisée dans le jeu de go.

Go est ce jeu très complexe nécessitant le positionnement stratégique de pierres sur un plateau (goban) afin de construire des territoires pour encercler l’adversaire.

Pour un programme d’intelligence artificielle, c’est la taille du goban qui rend le travail très complexe : pour le go standard de 19 lignes par 19 lignes, le nombre de configurations possibles est astronomique; c’est bien plus que le nombre d’atomes dans l’Univers (si vous êtes curieux, regardez ces calculs).

On considère le go comme le jeu par excellence de la pensée stratégique et de l’intuition humaine. Jusqu’à tout récemment, la force brute de la machine était incapable de battre les humains au go, en raison, justement, de la complexité des combinaisons. C’était avant l’arrivée de l’apprentissage profond (deep learning).

« Il ne joue pas du tout comme un humain »

L’expert en go Kim Seong-Ryong a eu ce commentaire : « Il ne joue pas du tout comme un humain. »

Un des aspects du jeu, déclare Lee Sedol, consiste à détecter chez l’adversaire les réactions physiques en fonction de nos bons coups. Avec la machine, cette émotion n’existe pas.

« Aujourd’hui, [j’ai] le sentiment qu’AlphaGo peut, dans une certaine mesure, imiter l’intuition humaine. » (source AFP)

Cette hypothèse que l’intuition humaine puisse être imitée par l’intelligence artificielle n’est pas passée inaperçue sur les réseaux. Une crainte d’un monde à la Terminator refait surface.

aphagoterminator3

Ce qu’AlphaGo vient surtout de démontrer, c’est que l’intelligence artificielle est capable de venir jouer sur le territoire des humains. La prise de décisions stratégiques est un endroit où excellent les humains, mais pas vraiment les ordinateurs traditionnels, qui sont spécialisés dans les tâches répétitives.

Les humains ont toujours été les meilleurs en reconnaissance de formes. Mais depuis quelques années, des pouvoirs surhumains semblent avoir été développés par la machine, maintenant capable de faire des liens plus vite que nous.

Les deux victoires d’AlphaGo (il reste encore trois parties) place une fois de plus l’humain dans une position beaucoup plus humble qu’il ne le souhaiterait.

Le prochain match aura lieu samedi, à voir sur YouTube.

Lire aussi sur Triplex

Qui possédera l’« intelligence » du futur

La machine bat les humains dans des tests de QI

L’apprentissage neuronal pour structurer le monde

Les photos que vous prenez avec votre cellulaire peuvent contenir des données de géolocalisation.

Que ce soit pour un usage strictement personnel ou professionnel, vous souhaitez peut-être conserver l’option de géolocalisation pour référence ultérieure.

Sachez toutefois qu’une fois vos photos en ligne, ces métadonnées y restent associées.

Toute personne équipée de l’outil adéquat peut savoir où vous avez passé vos vacances, dans quel coin de la ville vous prenez vos égoportraits et, surtout, où habite votre charmant bambin photographié à profusion.

Je préfère ne pas avoir à gérer ce type de désagrément et j’ai depuis longtemps désactivé cette fonction sur mon cellulaire.

Mais voilà qu’il parait que des machines sauront un jour où ont été prises les photos, même en l’absence de données de géolocalisation.

Je sais où vous étiez l’été dernier

Une étude de chercheurs pour Google montre qu’un réseau de neurones artificiels est capable d’apprendre à décoder le lieu d’origine d’une photo.

L’équipe a créé une base de données comptant 126 millions d’images piochées sur le web, dont 91 millions ont servi à entraîner la bête. Puis, ils ont testé le reste des photos afin de vérifier le degré de précision de cet outil quant à la géolocalisation.

figure1

Leur système, qu’ils appellent PlaNet, atteint un degré de succès allant de 3,6 % à 10,1 % selon le type de photos.

Avant de rigoler de ce faible taux, testez vous-même votre capacité à géolocaliser une photo sur la mappemonde de Geoguessr.com. Vous devez déterminer dans quelle partie du monde des images de Google Street View ont été prises.

PlaNet est bien meilleur que l’humain.

Même les photos d’intérieur!

PlaNet est même capable de repérer où votre photo de chat a été prise, même si c’est à l’intérieur de votre maison.

En effet, le décor dans lequel votre félin favori évolue vous trahit. Pour être plus précis, ce qui vous trahi plutôt, ce sont les autres propriétaires de chat de votre voisinage qui n’ont pas désactivé la géolocalisation d’images sur leur appareil. Ils ont un décor intérieur probablement très similaire au vôtre.

Le décor d’une maison à New York diffère de celui d’une habitation à Paris ou à Saint-Jean-Port-Joli. Votre décor intérieur dévoile donc un peu où vous habitez.

N’allez pas croire toutefois que toutes les photos, même sans géolocalisation, seront éventuellement des mouchards. On est encore loin, très loin, de la précision du GPS. Tout au plus, PlaNet peut, pour l’instant, différencier diverses zones découpées sur la carte.

Pour les besoins du développement de cet outil, le monde a été divisé en 26 000 zones, dont la taille varie en fonction de la quantité de photos qui y sont associées : les villes abondamment photographiées possèdent des zones plus petites, alors que les zones plus désertiques couvrent une plus grande surface.

figure2

Ce concept vient de faire ses preuves : les images contiennent une part suffisante d’informations pour situer où elles ont été prises sur la planète. Et qui plus est, le programme PlaNet dépasse en performance les autres procédés existants et tient sur 337 mégaoctets de mémoire.

Autrement dit, PlaNet fonctionnerait très bien sur votre cellulaire.

La mémoire malgré nous

Il reste évidemment à rendre le système plus précis.

Google a accès à presque tout ce qui se publie sur Internet pour nourrir en image le système. Une version plus évoluée de PlaNet sera en mesure de géolocaliser la plupart de vos photos sans que vous l’ayez demandé et sans GPS.

Il y a encore loin de la coupe aux lèvres, mais nous pouvons nous attendre à ce que cet outil évolue vers une destination qui nous réservera bien des surprises…

Comme toujours avec le numérique, cette prouesse technique est à la fois fascinante et effrayante.

Source des images : PlaNet – Photo Geolocation with Convolutional Neural Networks, de Tobias Weyand, Ilya Kostrikov et James Philbin

À peine six mois après avoir annoncé que Minecraft allait être offert sur la plateforme de réalité virtuelle Oculus Rift, Microsoft a mis le jeu à la disposition des premiers utilisateurs cette semaine à San Francisco.

Minecraft est ce formidable monde sans fin rempli de blocs où il est possible de construire et d’explorer tout ce qu’on veut. (Lire sur Triplex Minecraft, le jeu de construction du 21e siècle).

Minecraft en RV

Minecraft en RV

Voici les principaux commentaires de ceux qui l’ont essayé.

Éviter de surcharger les sens

Keith Stuart du quotidien The Guardian raconte que les gens de Microsoft (qui a acheté Minecraft) ont fait commencer l’expérience dans une salle 3D où se trouve un téléviseur qui présente le monde de Minecraft en 2D.

Source PC World

Source PC World

Voici pourquoi :

« C’est trop déroutant au départ, dit Saxs Persson de Microsoft. Nous faisons commencer le jeu dans un salon où se trouve un téléviseur projetant le monde de Minecraft, parce que le fait de commencer directement dans le monde lui-même paralyserait les gens. De cette façon, nous permettons au joueur de se repérer dans l’espace, de se calmer devant tant de stimulus. Sinon, cela pourrait devenir déplaisant de sauter directement dans le monde et de s’y déplacer dès le début de l’expérience. »

Le journaliste Keith Stuart explique que Minecraft a été modifié pour la réalité virtuelle (RV). Les mouvements, les commandes (par une manette Xbox) et l’intensité lumineuse dans les cavernes ont tous été adaptés pour éviter que les utilisateurs aient la nausée.

90 images par seconde pour éviter la nausée

Mark Hachman de PC World explique que le jeu de démonstration sur PC (Oculus Rift fonctionne avec un PC) projette 90 images par seconde.

« Un représentant de Microsoft m’a confirmé que le taux de rafraîchissement était verrouillé à 90 images par seconde, le minimum pour ne pas donner la nausée aux joueurs. »

Le journaliste Mark Hachman précise que l’expérience de chacun peut différer, mais que l’effet secondaire de nausée sera un obstacle pour certains et que les consommateurs feraient mieux d’en tenir compte avant d’acheter l’équipement. (Oculus coûte 600 $ US et nécessite un PC puissant de dernière génération évalué à 1000 $ US, au bas mot.)

« Votre cerveau va capoter »

Nick Statt de The Verge est plus direct : « Ça ne vous rendra pas malade, mais votre cerveau va capoter (freak your brain out). » Le rendu du monde de Minecraft en RV est selon lui si réaliste que notre cerveau sera sous le choc.

« Ça me rappelle la théorie de la vallée dérangeante [uncanny valley], où une animation ou un robot se situe entre le réel et l’irréel; Minecraft en RV vous déstabilise radicalement. Vous savez que vous êtes dans un monde irréel, mais tous vos sens vous disent le contraire. Vous vous sentez si « présent » que votre corps se sent ailleurs. Cela demande de s’y habituer, et ce n’est pas tout le monde qui y arrivera. »

C’est à se demander si nous ne sommes pas devant le même phénomène qu’à l’époque de L’arrivée d’un train à La Ciotat (1895) – la rumeur (exagérée) dit que les premiers spectateurs des frères Lumière ont fui la salle en panique, de peur que le train les écrase.

Cette première incursion de Minecraft dans la RV ne s’est donc pas faite sans choc. Les premiers spectateurs ont fui ce monde virtuel pour se réfugier dans le salon muni du téléviseur 2D :

« Durant l’expérience, explique le journaliste Nick Statt, j’ai dû quitter le monde de Minecraft et jouer sur la représentation en 2D parce que je craignais de quitter ma zone de confort. »

Minecraft n’est qu’un monde pixelisé, mais on voit bien que c’est le premier pas vers la création de mondes infinis qui seront un jour plus réalistes et dont la définition d’image sera de haute qualité.

Et alors, ce sera comme si on entrait dans un View Master, un rêve devenu réalité.

Image d'une lunette stéréoscopique View Master

Lunette stéréoscopique View Master (Wikipedia)

Martin LessardAMP, le web mobile accéléré

par

 publié le 26 février 2016 à 14 h 23

Google a commencé cette semaine la mise en vedette des pages HTML AMP dans la version mobile de son moteur de recherche.

FullSizeRender_2

AMP est un sous-ensemble de HTML qui optimise le chargement des contenus sur les appareils mobiles.

Une page HTML AMP, techniquement, est comme la page miroir d’une page HTML, mais contient des codes spéciaux et des règles strictes pour accélérer le chargement de la page.

Par exemple, AMP permet de faire un prérendu (pre-rendering) de pages avant même que vous choisissiez de cliquer sur un lien, ce qui donne une impression d’accès instantané.

Ces pages s’ouvrent en moyenne quatre fois plus vite que leur version HTLM.

Vous pouvez tester ici avec votre appareil mobile.

amp-project-header-640x438

Accéder au web à partir de votre appareil mobile vous semblera plus rapide dans les prochaines semaines, et soyez assuré que ça sera de plus en plus le cas, car Google a annoncé que les pages non-AMP passeraient au second plan pour toutes les recherches mobiles.

De nombreux éditeurs de contenus proposent déjà leurs pages HTML AMP, et d’autres vont le faire très bientôt.

Nous sommes des êtres foncièrement mobiles aujourd’hui. Nous nous déplaçons constamment, que ce soit pour aller au boulot ou pour aller au restaurant, pour faire des achats.

La technologie ne fait que nous suivre.

Le web se voit rattrapé lui aussi et commence à subir une (nécessaire) cure d’amaigrissement.

Martin LessardLe multitâche : mauvais, mais pas tout le temps

par

 publié le 22 février 2016 à 13 h 59

On dit qu’une personne fait du multitâche quand elle fait plusieurs choses en même temps. Comme marcher et mâcher de la gomme. Ou, pour rester dans le sujet qui nous intéresse : lire des courriels, répondre au téléphone et écouter Netflix en même temps.

Dans une étude de 2014, nous rappelle la BBC, des chercheurs ont constaté que la très grande majorité des adultes utilisent en moyenne deux heures par jour deux types de médias simultanément.

La combinaison la plus fréquente étant la télévision et le téléphone. Des recherches montrent que le multitâche est en partie une question de préférence. Certains préfèrent une tâche à la fois, d’autres aiment bien démarrer une série de tâches en parallèle.

Pourtant, le multitâche a une bien mauvaise réputation. Et pas tout à fait à tort.

Monomaniaque du polychronique?

Guanyin assise sur le lotus

(CC) Dalbéra

L’anthropologue Edward T. Hall avait, dès 1959, introduit les termes monochronique et polychronique pour distinguer les différentes cultures.

Dans les cultures occidentales, dit-il, la pensée fonctionne selon un schéma linéaire par lequel un effet entraîne une cause.

Les cultures monochroniques ont une vue linéaire du temps. Elles accordent de l’importance à la ponctualité et gèrent les événements selon un horaire à respecter.

Les cultures polychroniques poursuivent un autre rythme. Les tâches sont réalisées en séquences, et non pas selon l’horloge.

Mais si ce découpage explique certains comportements, nous sommes en droit de nous demander si le multitâche, dans notre ère de surabondance technologique, ne relève pas d’un tout autre phénomène.

Si nous étudions avec deux écrans branchés sur YouTube et sur la télévision en même temps, est-ce vraiment efficace?

Le problème de l’attention résiduelle

Quand nous quittons notre courriel pour lire du coin de l’oeil une notification de Facebook, une petite partie de notre attention est encore concentrée sur la tâche précédente.

À chaque va-et-vient, une partie de cette attention résiduelle reste attachée à la tâche laissée en plan.

L’attention résiduelle est comme une fuite dans notre « réservoir d’attention ». Nos performances cognitives décroissent à mesure que le nombre de tâches en simultané augmente.

En général, dès que nous faisons deux tâches en même temps, nous sommes plus lents et moins précis.

Le multitâche est plus difficile lorsque les tâches se ressemblent (parler au téléphone et écrire un courriel), et moins difficile quand elles sont différentes (parler au téléphone et jouer à Candy Crush).

Mais nous ne sommes pas tous pareils. 2 % d’entre nous semblent être capables de faire du multitâche sans que cela nuise à leur performance cognitive.

Alors, pourquoi autant de gens s’adonnent-ils à cet art étrange du multitâche? (Demandez-vous ce que vous êtes en train de faire en même temps que lire ces lignes).

Au pays des distractions

Une étude montre qu’en fait, nous commençons une nouvelle tâche sans terminer la précédente en grande partie parce que nous n’avons pas la possibilité ou la volonté de bloquer les distractions.

Par réflexe, nous nous mettons à répondre au téléphone, à lire un texto ou à laisser des commentaires sur Facebook. Et hop, nous voilà en train de faire une autre tâche!

Selon une autre étude, plus une personne se pense capable de jongler avec le multitâche, moins elle réussit quand elle est soumise à des tests en laboratoire (mémoriser une liste de mots tout en résolvant des problèmes mathématiques).

Et pourtant, une autre étude montre, au contraire, qu’il existe une corrélation positive entre le multitâche et la capacité d’intégrer rapidement des stimulus audiovisuels.

Il semble que le multitâche développe chez la personne une faculté de traiter plus rapidement les stimulus audiovisuels. Dans certaines occasions, surtout lors de tâches non stressantes et créatives, c’est même plutôt positif.

En fait, comme le résume un article dans Forbes, tant et aussi longtemps que la même partie du cerveau n’est pas utilisée par une tâche, ce n’est pas un problème.

Alors, le multitâche, est-ce bon ou mauvais?

À moins de faire partie de ces 2 %  de chanceux, une tâche unique à faire, surtout dans un environnement stressant, reste la méthode la plus efficace. En conduisant par exemple, ou pour des livrables.

Mais pour les tâches créatives, laissons-nous aller.

Entre les deux, la modération a bien meilleur goût.