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Martin LessardL’expérience Periscope à Baltimore

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 publié le 30 avril 2015 à 13 h 26

L’actualité en direct n’est pas de tout repos, et c’est pourquoi elle est considérée comme les ligues majeures du journalisme, l’équivalent de la LNH en sport.

Un nouvel outil issu des médias sociaux s’ajoute maintenant à l’arsenal du reporter: Periscope.

Periscope est une application sous iOS qui permet de diffuser en direct sur Twitter en un clic. (Meerkat fait la même chose. Maxime décrit les différences entre les deux applications sur notre blogue Triplex.)

Lors des récents événements à Baltimore, des journalistes se sont lancés pour tester Periscope sur le terrain.

Les nouvelles se vivent à hauteur d’homme, dans la rue et sans montage. Cela donne une impression de proximité si réaliste que nous croirions y être.

La tension est palpable, le dénouement imprévisible. Les nouvelles semblent se développer devant nous, elles ne sont plus prémâchées ni formatées.

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Paul Lewis du journal The Guardian, Alexandra Limon de Fox News 5 et Jay Korff d’ABC7 ont emmené leurs abonnés se promener parmi  les manifestants pour les interviewer, tout en décrivant ce qu’ils voyaient.

CKUT avait fait une couverture web en direct du printemps érable en 2012. Alors que l’équipement de CKUT, bien que léger, n’était pas à la portée de tous, Periscope est une app que tout le monde peut télécharger (la version Android est attendue incessamment).

Les commentaires sur les flux vidéo abondent souvent dans ce sens: les vidéos Periscope ont changé la vision des événements — qui n’étaient présentés à la télévision jusqu’alors qu’en tant que violence gratuite et chaos total.

Il est évident qu’une longue et lente vidéo donne plus de nuances qu’un court et expéditif dix secondes où, immanquablement, c’est le camion de police renversé et incendié qui sera conservé pour la diffusion.

On verra à l’usage si ce type de journalisme en direct sera intégré systématiquement ou non dans les pratiques des grands médias (le nombre de visionnements reste encore de loin inférieur à une diffusion sur les ondes télévisuelles).

En fait, la vraie question est celle-ci: «Si Pericospe (ou Meerkat) est un « outil démocratique » pour faire du « journalisme citoyen en direct », pourquoi n’y a-t-il pas eu davantage de diffusions provenant des citoyens eux-mêmes à Baltimore?»

Peut-on mettre ça sur le dos d’une application exclusivement iOS? Une fois qu’elle sera sur Android, la donne changera-t-elle?

Je crois que c’est plutôt une question d’expertise. La compétence de décrire ce qui se passe en temps réel, de faire des liens avec d’autres faits et d’attacher tout ça dans une construction narrative haletante, tout en restant le plus objectif possible, n’est pas donnée à tous.

Offrir de façon personnelle et sans montage un compte rendu sur place pendant l’événement est sans contredit une expérience qui transforme le journalisme direct.

À ce jeu, les journalistes professionnels restent encore des champions.

L’expérience grandeur nature peut commencer…

Martin LessardCarte routière pour coloniser Mars

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 publié le 27 avril 2015 à 16 h 17

Les films de science-fiction nous ont habitués à des vols directs pour l’exploration et la colonisation des planètes.

Il est plus probable, pour des raisons d’efficacité énergétique, que la colonisation de Mars se fasse par relais.

De la Terre à Mars en 5 étapes

Une solution proposée dans The Space Review évoque la stratégie de l’utilisation des ressources in situ (In-situ Resource Utilization, ISRU). C’est l’approche du saut de puce où, à chaque étape, nous utilisons les ressources locales pour aller à la prochaine étape.

Il s’agit avant tout de prévoir le meilleur parcours pour se rendre à Mars, et ce, à moindre coût.

Ce chemin, composé de relais, sera éventuellement emprunté par des vagues successives d’astronautes, d’ingénieurs, de travailleurs, de colons, et finalement de touristes.

Être le premier à ouvrir ces relais deviendra une source de fierté (et de revenus) pour le pays ou l’entreprise privée qui aura bien su s’y prendre.

1- Station en basse orbite autour de la Terre

Nous savons depuis plusieurs années comment apporter chargements et touristes en basse orbite. La technologie utilisée, tout compte fait, est connue depuis des décennies. S’arracher du sol coûte énormément cher. Il faudra donc encore d’énormes ressources pour cette portion du trajet.

2- Station-relais sur un point de Lagrange

Envoyer des navettes réutilisables à une autre station qui serait sur un point de Lagrange est beaucoup moins coûteux en énergie à cause de la très faible gravité.

Un point de Lagrange est une position précise dans l’espace où les champs de gravité de plusieurs corps massifs permettent à un objet de rester immobile par rapport à ces corps. Entre le Soleil et la Terre, il en existe cinq, dont deux dits stables plus près de la Terre (L1 et L2) qui seraient des endroits idéaux pour construire une station qui servirait de port d’attache pour partir vers Mars.

Source: NASA

Source : NASA

3- Station minière sur la Lune

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Lune n’est pas nécessairement une bonne station de départ pour les prochaines étapes. Même faible, la force gravitationnelle de la Lune demande tout de même une certaine quantité de carburant pour s’en échapper.

Les auteurs dans The Space Review suggèrent d’y installer des mines et des usines pour transformer le régolithe, cette fine poussière à la surface de la Lune, en oxygène et en carburant.

Source: NASA

Source : NASA

Un service de navette entre la Lune et la station sur le point de Lagrange servirait à ravitailler en carburant les départs pour Mars.

4- La banlieue de Mars : Deimos et Phobos

Les deux lunes deviendraient les têtes de pont du débarquement sur Mars. Ces satellites naturels fourniraient le carburant nécessaire pour faire l’aller-retour de l’orbite jusqu’à la surface de la planète rouge.

Source: Wikipedia

Source : Wikipedia

Deimos, en particulier, pourrait servir de base idéale pour observer Mars de près. Sa faible gravité demanderait peu d’énergie pour s’en éloigner (vitesse de libération de cinq mètres par seconde).

Cette tête de pont serait construite sous la surface de Deimos, son régolithe offrant une excellente protection contre les radiations cosmiques.

5- Terminus mont Olympe

Le mont Olympe (Olympus Mons, de son nom latin) est un ancien et énorme volcan de 600 kilomètres qui s’élève à une vingtaine de kilomètres de la surface (en comparaison le mont Everest atteint 8,8 kilomètres de hauteur).

Source: wikipedia

Source : Wikipedia

Ce mont, et les quelques autres situés autour, sur l’équateur martien, sont les destinations tout appropriées pour les premières colonies.

Des tunnels de lave s’y retrouveraient en grande quantité et pourraient fournir les matériaux et le carburant pour les premières bases martiennes, tout en offrant aussi une protection contre le rayonnement cosmique.

De ces astroports en haute altitude, l’accès aux basses terres serait ensuite plus facile.

« Sur Mars dans 11 ou 12 ans »

On peut bien envoyer directement des astronautes sur Mars, pour épater la galerie — au risque même de les abandonner sur place, comme le suggère l’étonnant et douteux projet Mars One — mais une démarche par étapes serait plus logique et économique à long terme.

Pour les auteurs, les cinq étapes se feront progressivement. À chaque étape, des apprentissages permettent le passage à la prochaine et les matériaux sur place sont utilisés pour se propulser au prochain relais.

Pour rassurer les plus impatients, si la route par étapes est longue, très longue, à établir, il y a de fortes chances que de votre vivant vous assistiez quand même au premier pas d’un homme sur Mars. Toutefois, ce sera probablement par vol direct.

Elon Musk (Source: Wikipedia)

Elon Musk (Source : Wikipedia)

Selon Elon Musk, directeur général de Tesla et de SpaceX, « il est très probable que l’on soit en mesure d’envoyer un homme sur Mars dans 11 ou 12 ans ».

Si le passé est garant de l’avenir, l’expérience de la conquête de l’Amérique par les Européens se répétera. Les premiers à mettre le pied sur le nouveau continent l’ont fait en véritables explorateurs au péril de leur vie. Toutefois, tous les suivants l’ont fait en passant par des routes bien établies et relativement sécuritaires.

La conquête de Mars ne sera pas différente.

Martin LessardPeriscope : ce que les médias peuvent y gagner

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 publié le 22 avril 2015 à 16 h 50

Il y a une quinzaine de jours, je vous avais décrit les types de contenus que permettaient Meerkat et Periscope.

Ces deux applications mobiles simplifient grandement la diffusion de flux vidéo en direct à partir d’un cellulaire.

Pour l’instant, elles ne sont offertes que sur des appareils iOS — et en version beta pour Android dans le cas de Meerkat.

Periscope possède une meilleure intégration à Twitter et domine nettement dans les utilisations, comme le suggère ces statistique basé sur le nombre de mentions sur Twitter.

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Dans ce billet-ci, je vais m’intéresser à un usage possible de Periscope pour les personnes qui travaillent dans des émissions de télé et de radio. Cela dit, ceux qui gèrent des sites web, des forums, des balados ou une websérie peuvent très bien s’en inspirer.

Filmer en direct une émission?

Filmer une émission de radio a son charme, tout comme voir les coulisses d’un téléjournal. Toutefois, ces diffusions n’apportent pas grand-chose de nouveau.

Dans le cas de la télévision, cela va même à l’encontre de l’effort consacré à créer cette illusion de perfection artificielle. Lorsque les spectateurs voient l’envers du décor, le charme est brisé.

Dans le cas de la radio, c’est un peu mieux. Mais, là encore, l’effet de nouveauté passé, le fait de voir des gens parler à travers le micro d’un cellulaire nous éloigne de la qualité à laquelle on est habitué à la radio.

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Non, filmer en direct est, au mieux, anecdotique, au pire, ennuyeux. C’est bien pour se familiariser avec les outils, mais on peut faire mieux.

Pour les médias, démarrer un flux Periscope, c’est comme téléphoner à quelqu’un. Ce n’est plus un rendez-vous, c’est une interruption!

Il faut donc éviter de dédoubler l’émission qui, au fond, est bien mieux transmise par d’autres canaux que par la caméra d’un cellulaire.

Les deux usages que je souhaite voir émerger chez les gens des médias qui s’intéressent à Periscope, c’est, premièrement, offrir une forme de primeur, et deuxièmement, la possibilité d’interagir avec les gens sur le plateau.

C’est dans la poche!

On peut imaginer qu’une émission régulière, celle du matin ou du midi, par exemple, diffuse sur Periscope le sommaire de l’émission qui s’en vient.

Quelques heures ou quelques minutes avant l’émission, la personne qui anime, ou qui est chargée de la recherche, peut diffuser des bribes du sommaire.

Ainsi, dès que la présence d’un invité est confirmée, on peut l’annoncer! Voilà ce qu’un abonné veut savoir quand il est dérangé en marchant! C’est aussi une façon agréable de lui rappeler le rendez-vous médiatique à venir!

C’est comme une autopromotion, à savoir une de ces capsules que le réseau passe pour annoncer ce qui s’en vient, mais contrôlées directement par les gens dans le studio.

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Cependant, il ne faut pas oublier une chose. La notification sur Periscope arrive sur un cellulaire. C’est donc comme un coup de téléphone! Qui aime être dérangé par quelqu’un qui ne souhaite que monologuer?

Il faut donc s’ouvrir à l’interaction.

100 % de votre attention

Pour éviter le travers inhérent aux médias traditionnels (l’approche unidirectionnelle de la communication), il faut profiter au maximum des interactions avec le public sur Periscope.

Le sommaire une fois brièvement dévoilé ou l’invité annoncé, l’animateur peut répondre à quelques questions.

Si l’on dérange les abonnés dans leur poche, et qu’on leur demande leur attention, il faut qu’en retour ces derniers aient eux aussi 100 % de l’attention de la personne qui diffuse.

Répondre aux questions ou aux demandes en direct est une interaction forte qui devient une façon de bâtir un public et de le rendre fidèle.

C’est aussi une bonne façon de prendre le pouls de l’auditoire sur un sujet donné et, peut-être, de modifier les questions ou l’angle par la suite. Certainement, en tout cas, c’est une façon de se rapprocher davantage de son auditoire.

Même si, actuellement, on ne parle qu’à une poignée de personnes sur Periscope, il ne faut pas s’attarder pour l’instant au nombre (les grands médias sont habitués à s’adresser à des centaines de milliers de personnes). Ces premiers abonnés de Periscope ont en effet une grande influence dans leur réseau.

Finalement, les émissions qui savent comment rejoindre leur auditoire ont toujours une longueur d’avance. C’est le nerf de la guerre par les temps qui courent…

Des chercheurs du célèbre MIT Media Lab ont conçu un nouveau dispositif portable qui se dépose sur l’ongle pour devenir un minipavé tactile sans fil.

Source: MIT Media Lab

Source: MIT Media Lab

Cet ongle numérique donne accès à certaines commandes de l’ordinateur en fonction du geste utilisé.

Imaginez, par exemple, que vous avez les mains pleines en préparant le repas. Le pavé miniature collé sur votre ongle vous permettra de faire défiler la page web de votre recette, d’augmenter ou de diminuer le son de votre système de son ou passer à la chanson suivante.

C’est évidemment un prototype. Je ne suis pas sûr que l’usage proposé dans la vidéo soit celui qui sera adopté à la fin — qui veut porter cet appareil en pétrissant de la pâte à pain ou faisant revenir un bifteck dans la poêle?

Par contre, cela démontre bien une triple tendance : la miniaturisation des objets électroniques, leur portabilité (wearable technology) et la diversification des interfaces.

Les ongles numériques ouvrent la voie à une nouvelle façon de communiquer avec la machine. Ce que je vois dans ce projet, c’est la possibilité de s’équiper de cinq ongles qui deviennent autant de touches.

Il serait possible de convevoir un nouveau langage gestuel, de type sténographique, qui permettrait d’exécuter des commandes rapides — un peu comme une combinaison de touches sur une Xbox ou une PlayStation pour manier un avatar à l’écran comme bon nous semble.

Évidemment, ces ongles numériques devront communiquer avec d’autres appareils (lunettes connectées, montre, bracelet, téléphone, etc.) pour être utiles.

Dans le monde de prolifération d’objets connectés de toute sorte qu’on nous annonce, ces ongles numériques pourront devenir, si une gestuelle uniforme et standard est adoptée, une façon pratique de contrôler tous les objets à proximité de nous, à la maison comme au travail.

La miniaturisation aidant, peut-être s’équipera-t-on un jour de ces ongles numériques chaque matin pour être en interaction avec tout ce qui nous entoure.

Je n’entrevois pas cette avenue à court terme, mais ce qui est clair, assurément, c’est qu’une course s’est installée pour reloger tous les éléments d’un ordinateur un peu partout sur notre corps.

Martin LessardL’esthétique du direct de Meerkat et de Periscope

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 publié le 13 avril 2015 à 15 h 30

L’expression « egocasting » dérive de broadcasting (diffusion générale), qui a aussi donné narrowcasting (diffusion ciblée)

Le terme est apparu dans un article de Christine Rosen qui a fait école, « The Age of Egocasting » (The New Atlantis) il y a 10 ans. L’expression suggérait un monde où tout le monde peut devenir un média.

L’arrivée de Periscope et de Meerkat est le dernier et ultime pas dans cette direction.

Ces deux applications mobiles simplifient grandement la diffusion de flux vidéo en direct à partir d’un cellulaire (accessible seulement  sur iOS pour l’instant).

Sans être nécessairement un terme péjoratif, egocasting décrit bien le fait que la diffusion émane d’une seule personne. On pourrait traduire par egodiffuseur.

Esthétique du direct citoyen

Comme la plupart des mobiles disposent de deux caméras, il y a fondamentalement deux types de contenus distincts. (Trois, en fait, si on compte un mélange des deux.)

1- Caméra arrière : c’est le paysage, le tourisme, la découverte.

1-

L’égodiffuseur propose de publier l’endroit où il se trouve (intérieur ou extérieur).

Il commente (ou pas). Il partage avec ses amis ce qu’il voit ou ce qui l’entoure : un événement, ses amis, une balade en voiture, une place animée, un événement…

Tout repose sur les mots-clés employés. #NYC ou « Tour Eiffel » feront plus d’audience que Plattsburgh ou « Dans ma cour ».

C’est la fonction originalement imaginée par les constructeurs de Periscope (« What are you seeing now ») et de Meerkat (la caméra arrière est activée par défaut).

2- Caméra frontale : c’est l’interview, la conversation, la rencontre.

2-

L’égodiffuseur est le centre de l’attention, le sujet de la diffusion.

Il parle, commente ou répond aux questions de l’audience sur le mode de la confidence ou du partage.

Certains se filment avant de faire une activité (prendre la route, entrer en studio de télé, parler avec des amis). C’est comme Chatroulette, mais sans le risque pour l’audience de se montrer.

3- Un mélange des deux : c’est l’enquête, la balade ou le reportage.

3-

L’égodiffuseur fait son propre montage en direct, basculant de la caméra arrière à la caméra frontale pour faire comme un journaliste et commenter en direct des faits, un moment, un lieu.

C’est la possibilité de devenir CNN soi-même.

La téléréalité pour tous?

Si la caméra de dos offre parfois de beaux moments provenant de touristes, c’est du côté de la caméra frontale que se trouve à mon avis la nouveauté.

Assurément, c’est de la téléréalité à son paroxysme. Ce qui semble revenir souvent dans les flux accessibles est le « Ask me anything » : demandez-moi ce que vous voulez.

L’égodiffuseur se prête au jeu de répondre à toutes les questions ou presque. C’est une façon charmante de rencontrer des gens ordinaires d’un peu partout dans le monde.

L’audience reste assez faible : rarement, le nombre de personnes en train de regarder le flux en même temps dépasse 100.

C’est tout de même dans cette forme d’interaction forte que se trouve l’esthétique propre à ces nouveaux outils.

À moins d’avoir un sujet fort à proposer (une vedette, un accident, un lieu touristique connu), l’audience reste très volatile:nbsp;: elle s’en va rapidement si elle ne peut pas intervenir.

Alors, répondre aux questions ou aux demandes en direct, cette interaction forte, devient une façon de se bâtir une audience et de la rendre fidèle.

La téléréalité à une personne semble donc être ce qui caractérise le plus les contenus générés par la caméra frontale.

Et je ne serais pas surpris de voir émerger des personnes capables de maîtriser l’art du rendez-vous sur Meerkat ou Periscope, afin se bâtir une notoriété dans les prochaines semaines, surtout quand ces applis seront enfin accessibles sur Android.