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J’écrivais à la fin de mon billet cette semaine qu’il fallait s’attendre à ce que Twitter fasse de nouveaux changements. La nouvelle est venue plus tôt que je ne l’imaginais.

Mais ce n’est pas le flux d’actualité de Twitter qui va changer, c’est le modèle d’affaires même de Twitter qui pourrait se métamorphoser.

Le cheval de Troie de Twitter

fabric

Hier, Twitter a lancé sa toute nouvelle trousse de création d’applications mobiles destinée aux concepteurs, appelée Fabric.

L’environnement que propose Twitter aux concepteurs permettra à ces derniers de construire gratuitement des applications mobiles en utilisant les outils de conception de Twitter (gestionnaire de bogues, suivi d’échec, gestion d’identité, publicité, etc.).

Et, ce qui n’est pas pour déplaire, Fabric est très simple à utiliser et à intégrer.

Si la communauté de concepteurs adopte la trousse, c’est une flopée d’applications mobiles qui sera construite avec les outils de Twitter, et ce, même si ces applications n’utilisent pas l’élément central de Twitter, les tweets.

Twitter, la base des applications mobiles

fabric2

Au coeur de Fabric, il y a ce service appelé Digits, un outil d’authentification mobile basé sur le numéro de votre téléphone cellulaire.

Dans Digits, c’est votre numéro de téléphone qui devient votre identifiant, et non votre courriel.

Avec le nombre grandissant de personnes qui ont accès à Internet par l’entremise du cellulaire, on voit tous les avantages qu’il y a à utiliser Digits : simplicité, fiabilité, faible coût. Il faut savoir que l’authentification d’un utilisateur reste un des aspects les plus compliqués (et assez coûteux) dans le monde des applications mobiles.

Là où Twitter compte retrouver son argent, c’est si les concepteurs adoptent en masse MoPub, son service de publicité mobile. En se prenant une commission au passage, Twitter s’assurera probablement des revenus considérables en bout de piste.

Un pivot pour Twitter

Il faudra dorénavant distinguer l’application grand public (le Twitter que l’on connaît, avec ses tweets) de la plateforme de service mobile (ce que la compagnie tente de devenir).

C’est un changement qui peut sembler anodin au premier regard.

C’est pourtant aussi significatif que celui de Google quand la compagnie a acquis YouTube (vidéo) et Doubleclick (publicité), un geste perçu à l’époque comme un signe qu’elle cherchait à se diversifier hors du domaine des moteurs de recherche.

Pour l’instant, les tweets sont toujours la raison d’être de Twitter, a précisé l’entreprise. Mais en se positionnant hier comme service à la base de toutes les futures applications mobiles, Twitter est peut-être en train de préparer une mutation qui changera radicalement son identité.

On verra alors plus tard si les tweets resteront toujours sa raison d’être…

Martin LessardDes inconnus sur mon fil Twitter

par

 publié le 20 octobre 2014 à 14 h 27

Le fil d’actualité sur Twitter est simple à comprendre : on y trouve absolument tous les messages des comptes auxquels on s’abonne, et ce, dans l’ordre dans lequel ils ont été publiés.

Mais voilà, plus on a d’abonnés, plus le fil devient indigeste. Et moins Twitter devient pertinent.

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Twitter a annoncé vendredi, sur son blogue, qu’il compte changer ça :

« Il y a des moments, selon nous, où des messages que nous pensons pertinents pour vous vous échapperont. Pour vous aider, nous testons plusieurs moyens d’inclure ces tweets dans votre fil — des tweets que vous trouverez pertinents ou amusants. »

Avec ce nouvel algorithme, qui sera graduellement mis en place sur tous les fils d’actualité, les utilisateurs recevront des tweets de comptes qu’ils ne suivent pas.

Ces tweets seront « sélectionnés sur des critères comme l’activité des comptes suivis, la popularité des tweets et le nombre de membres de leur réseau qui interagissent avec ces comptes ». (Source : L’expansion)

Ceux qui connaissent déjà le compte expérimental de Twitter @MagicRecs savent déjà à quoi s’attendre.

Ce compte vous indique quand ceux que vous suivez republient le même message ou s’abonnent à un même compte. Cette convergence dans votre réseau est le signal algorithmique d’une certaine pertinence.

Le compte MagicRecs vous envoie ensuite un message privé pour vous suggérer ces tweets ou ces comptes jugés pertinents.

Se sauver de l’effet réseau

Les changements annoncés vendredi sont en quelque sorte l’application directe de @MagicRecs sur tous les comptes.

Le fait d’être sur Twitter démontre à la base une certaine volonté d’être à l’affût de tout ce qui se dit à l’instant dans la communauté que l’on suit.

On peut donc penser que le changement annoncé sera une bonne nouvelle, car Twitter a bien besoin d’une bonne bouffée d’air frais.

Il m’a semblé en effet que, dans la dernière année, Twitter commençait à ne plus profiter entièrement de l’effet réseau.

On évalue l’effet réseau en fonction du nombre de connexions :  l’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de noeuds qui la composent.

L’effet réseau, appelé aussi loi de Metcalfe, annonce que le nombre de noeuds (n) d’un réseau augmente la valeur du réseau global de façon exponentielle (qui tend vers n à la 2), car le nombre de liens potentiels augmente plus vite entre les noeuds que le nombre de noeuds lui-même. (Entre 4 noeuds il y a 6  liens possibles. Ajoutez un 5e noeud et c’est 3 liens supplémentaires qui s’ajoutent!)

Dans le cas de Twitter, l’essoufflement que j’ai perçu dans la dernière année au profit de Facebook provient du manque de pertinence du fil d’actualité à mesure que l’on ajoute de nouveaux comptes.

Si l’utilité du réseau, en tant que plateforme, augmente avec le nombre de liens, l’utilité de la communauté diminue assurément après un certain nombre de liens.

Sans algorithme de triage, c’est l’asphyxie qui guette le réseau.

Voilà pourquoi je ne crois pas que Twitter ne va s’en tenir qu’à cela. Attendons-nous à ce que le fil d’actualité se complexifie davantage au cours des prochains mois.

« Je n’ai rien à cacher. »

Dites cela à Edward Snowden, lui qui est obligé de se cacher pour que vous ayez le droit à une vie privée, et il vous répondra :

« C’est inverser les responsabilités, [ça] revient à dire :  »Je me fiche de ce droit. » C’est le gouvernement qui doit se justifier de ne pas respecter vos droits », dit-il dans une vidéo enregistrée la fin de semaine dernière.

C’est vrai. Par défaut, la vie privée devrait être protégée. Mais comme ce n’est plus le cas en ligne, il nous faut faire l’effort de la protéger nous-mêmes.

Edward Snowden suggère de laisser tomber les services comme Google, Facebook et Dropbox. Ils seraient « dangereux » pour la vie privée.

Et nous, mines déconfites, voyons très bien ce que cela veut dire : se couper de tout ce que le web offre de bien (recherche, réseaux sociaux, partage de fichiers).

Ne plus utiliser Google, synonyme de web pour la plupart des gens, est un pas bien trop grand à suggérer.

Heureusement, il existe quelques solutions, et l’une d’entre elles me semble très prometteuse.

Anonabox, le routeur Tor

anonabox

Sur la plateforme de sociofinancement Kickstarter a été lancé Anonabox, un routeur matériel Tor.

Tor est un réseau composé de routeurs organisés en couches, de telle sorte qu’il rend les flux de communication cryptés et anonymes.

L’Anonabox permet de se brancher directement sur ce réseau Tor sans même s’en rendre compte.

Il suffit de le connecter à votre propre routeur (celui qui permet en ce moment pour vous relier à votre fournisseur Internet) et de sélectionner son signal WiFi.

Sur votre ordinateur, vous continuez à utiliser vos logiciels favoris, même ceux qui ne sont pas compatibles avec Tor, disent les promoteurs.

Ils en sont à leur quatrième génération de prototypes, dont la dernière version tient dans la paume d’une main.

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Si tout va bien — il y a toujours un certain risque dans le sociofinancement —, les premiers appareils seront livrés début 2015.

MISE À JOUR : depuis la parution de ce billet, la plateforme Kickstarter a suspendu le projet Anonabox. Le projet avait réussi à amasser plus de 600 000 $ mais des voix se sont élevées, notamment sur Reddit, pour accuser le promoteur de mentir sur les origines et les éléments d’Anonabox. Il n’a pas su prouver que toutes les  pièces de son produit lui appartenaient –il ne peut donc pas affirmer que son produit est 100% Open Source. Une suspension sur Kickstarter signifie en général que le projet ne rouvrira pas. Merci à Clément Côté pour la note. (Même si ce produit particulier ne verra pas le jour, le concept en soi n’est pas pris en défaut).

Se protéger soi-même

Ce type de solution matériel — un bidule intermédiaire entre le réseau et nous — permet de redonner confiance au réseau Internet.

Bien sûr, ça n’empêche pas que ce que vous écrivez dans vos profils Facebook ou Twitter soit surveillé (ce sont des comptes publics, après tout), mais la géolocalisation ou le transfert de votre profil à d’autres marchands ne pourra plus se faire.

Quand vous naviguerez sur Internet avec ce routeur Tor, vous ne serez plus fiché par des corporations qui ont la morale élastique à propos de votre vie privée.

Vous pourrez enfin chercher dans la même journée des grenades (les fruits!) et réserver un billet d’avion sans risquer de voir débarquer des agents prêts à vous extrader vers Guantanamo.

Martin LessardAmpoules intelligentes : toute résistance est vaine

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 publié le 9 octobre 2014 à 13 h 41

Cette semaine a été lancé un « standard de connexion pour ampoules intelligentes« . Ce standard est proposé par Allseen Alliance, un regroupement de 70 grands manufacturiers et d’équipementiers électroniques.

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C’est un protocole d’interconnectivité entre les appareils et les applications pour rendre opérationnel le fameux Internet des objets. Le standard est basé sur AllJoyn, un projet open source porté par Qualcomm.

Ce standard permet d’espérer que les futurs objets dits intelligents seront compatibles entre eux.

Les douilles électriques comme porte d’entrée de l’Internet des objets

Je crois que cette alliance s’est attaquée en priorité aux ampoules dites intelligentes, car elles représentent peut-être la véritable porte pour une déferlante d’objets connectés dans nos maisons.

Une ampoule DEL est déjà équipée de petits circuits pour faire fonctionner ses diodes. Y ajouter quelques composantes électroniques de plus ne demande pas grand-chose et peut faire une grosse différence entre une bête ampoule et une ampoule intelligente.

Par exemple, ajoutez-y une composante WiFi ou Bluetooth et une adresse IP. Hop, voilà l’ampoule connectée au réseau, donc, contrôlable à distance par votre cellulaire.

Il n’y a ensuite qu’un pas pour la transformer en microchaîne stéréo ou en jeu de lumière de toutes les couleurs.

Le standard proposé permet aux ampoules connectées de s’insérer dans un ensemble plus grand et de ne pas être que de simples gadgets incompatibles d’une marque à l’autre.

Ce standard que vous ne pourrez refuser

Si je pense que c’est par l’intermédiaire de nos douilles de lampe qu’entrera le fameux Internet des objets, c’est parce que le standard proposé rendra possible une foule de petits comportements automatisés :

  • Lorsque le détecteur de fumée se déclenche, les ampoules se mettent à clignoter.
  • Lorsqu’on allume la télé, la lumière de la pièce se tamise.
  • Lorsque le téléphone sonne, une ampoule change de couleur pour nous faire signe.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Avec la miniaturisation et la baisse des coûts, plusieurs autres fonctions pourront être intégrées dans les ampoules connectées.

J’écrivais cet été :

Nos lampes, nos plafonniers seront peut-être demain des minicentres offrant divers services : flux Songza, détecteur de mouvement, thermostat, commandes SIRI, relais WiFi, stockage infonuagique domestique, interphone… On rigolera peut-être à l’idée qu’elle ne servait hier qu’à éclairer.

Le standard proposé rend cette réalité possible. Reste à voir s’il sera adopté ou non.

Mais voyons maintenant la façon dont on souhaite que l’Internet des objets entre chez nous : par défaut, sans que nous le voulions.

Les objets que l’on achètera seront déjà programmés pour avoir certains comportements intelligents par défaut (ampoules qui clignotent sur demande du thermostat, par exemple).

L’Alliance travaille très fort pour que l’usager ait le moins possible à programmer ou à ajuster de paramètres.

Si d’une marque à l’autre, nos futures ampoules portent ce sceau de compatibilité, alors, puisque nos ampoules actuelles devront être changées un jour, lentement nos lampes et nos plafonniers vont se retrouver avec ces objets connectés, qu’on le veuille ou non.

Ça, c’est le plan.

Que l’on aime cela ou pas, c’est une tout autre question, à laquelle il faudra bien répondre un jour. En attendant, les grands industriels travaillent pour que la résistance soit la plus vaine possible.

Martin LessardPlacer sa ville dans le 21e siècle

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 publié le 6 octobre 2014 à 12 h 23

Le concept de « ville intelligente », terme fourre-tout, laisse entendre que la technologie peut améliorer la gestion et la gouvernance des cités tout en augmentant le bien-être et la participation des citoyens.

L’expression (une traduction maladroite de smart city) fait référence, de plus en plus concrètement, à une réalité qui fait réagir bien des gens. Voici deux exemples.

Codesigner les nouveaux territoires numériques

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Hier avait lieu un « atelier de codesign » sur la ville intelligente dans le but de « définir les priorités d’un Montréal du 21e siècle ».

Un atelier de codesign (ou de « coconception« ) est une démarche participative et créative réunissant une diversité d’acteurs autour de diverses thématiques.

Celui d’hier a permis de suggérer des pistes, technologiques ou non, pour rendre la Ville de Montréal capable de répondre à des problèmes, présents ou à venir, comme la mobilité et le transport, la marginalité et la salubrité, ou encore le soutien aux artères commerciales et à l’écosystème des jeunes entreprises web.

Les meilleures idées ont ensuite été proposées aux Entretiens Jacques Cartier, qui ont lieu aujourd’hui même et auquel participe le maire de Montréal, Denis Coderre.

Denis Coderre

Osons une métaphore.

Le champ des possibles numériques qui s’offre à la ville par le biais des technologies émergentes et des algorithmes de plus en plus performants lui permet de s’agrandir, de « s’augmenter », un peu comme les Pays-Bas ont réussi à prendre du terrain sur la mer et à assécher des terres pour les occuper.

La technologie ouvre ainsi de nouveaux territoires pour la ville.

Ce à quoi on assiste en ce moment est un débat pour s’entendre sur la façon d’aménager ces nouveaux territoires.

Domaines d'intervention

Les coureurs des bois numériques

Sur ces territoires ainsi en friche se trouvent aussi les nouveaux coureurs des bois modernes, si vous permettez que je poursuive sur la même métaphore. Ce sont les entrepreneurs de compagnies en démarrage dans le domaine de la technologie.

Or, juste à point, MTL NewTech, un organisme à but non lucratif de promotion des jeunes entreprises web à Montréal, propose demain soir, mardi 7 octobre, une soirée consacrée aux petites entreprises qui offrent des solutions pour rendre la ville un peu plus intelligente.

Domaines d'intervention

Quatre compagnies d’ici y seront présentées : TransitApp, Provender, Navut et PotLoc.

Vous connaissez deux d’entre elles, car j’en ai déjà fait mention sur Triplex :

- Transit, une application qui permet de se repérer dans les transports en commun encore mieux qu’avec les outils de la société de transport locale.

- Provender, un marché en ligne qui optimise l’offre et la demande entre les petits fermiers et les restaurants mieux que ne le ferait la chaîne industrielle actuelle.

Les deux autres entreprises locales en démarrage sont tout aussi intéressantes :

- Navut, un service en ligne pour aider les familles à repérer le meilleur quartier pour eux quand ils emménagent dans une nouvelle ville.

- Potloc, un service de consultation hyperlocal pour permettre de connaître quel type de commerces les citoyens souhaitent voir dans leur quartier.

Ces quatre exemples montrent à quel point les coureurs des bois sont déjà en train, aujourd’hui même, de bâtir cette ville intelligente.

Ils optimisent par technologies interposées des ressources qui ne pouvaient pas être exploitées auparavant de cette façon.

À mon avis, si vous souhaitez voir tout de suite comment les petits blocs de cette ville intelligente se mettent en place, c’est là que ça se passe (il restait des billets gratuits pour l’événement au moment d’écrire ces lignes).

L’histoire nous a appris que les coureurs des bois n’ont jamais attendu une autorisation pour explorer les nouveaux territoires qui s’offraient à eux.

La ville, morceau par morceau, entre dans le 21e siècle.

À lire aussi sur Triplex :

Demain, la ville intelligente (l’exemple de la ville de Québec)

Startup Festival : l’entrepreneuriat technologique qui change le monde

Rester à Montréal, pour innover (le cas de Sébastien Provencher)