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Martin LessardSe faire remplacer par un iPad?

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 publié le 24 juillet 2014 à 15 h 28

La Ville de San Francisco souhaite augmenter le salaire minimum à 15 $ d’ici juillet 2018. Un lobby de l’industrie de la restauration s’est empressé de répondre.

Un grand panneau publicitaire jaune dans le centre de San Francisco a fait son apparition la semaine dernière, montrant un iPad avec ce texte en surplomb : « Sanfranciscains, voici ce qui vous remplacera si le salaire minimum augmente. »

Sur l’iPad est écrit : « Bonjour, je suis prêt à prendre votre commande. »

« Avec un salaire minimum à 15 $, les employés seront remplacés par des options automatisées moins coûteuses », peut-on lire sur le côté. Et c’est signé Bad Idea CA (California), un site qui dénonce l’augmentation en brandissant la menace des pertes d’emplois massives.

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Je laisserai aux économistes indépendants compétents, comme Ianik Marcil, le soin de nous dire si une augmentation du salaire minimum entraînerait automatiquement la catastrophe annoncée sur le site.

Voyons de notre côté si cette menace tient la route.

Le mythe

Ce type d’annonce joue sur l’ambiguïté du mot « smart device » (ambiguïté encore plus flagrante en français quand on le traduit maladroitement par « outil intelligent »).

C’est profiter d’une vision naïve du public moyen qui ne comprend plus vraiment où la technologie finit et où la magie commence.

L’informatique est le domaine de l’automatisation des processus et de la simplification des problèmes. Un programme a besoin d’un contexte connu et prévisible. Ce n’est pas pour rien qu’on emploie des expressions comme « routines » ou « sous-routines » pour qualifier des parties d’un programme.

L’informatique a besoin d’un monde entièrement modélisé pour fonctionner. S’il y a bien un domaine où modéliser entièrement tous les processus ne serait pas facilement rentable, c’est bien le service à la clientèle d’un restaurant.

Vous pouvez bien offrir un iPad au lieu d’un menu pour que les gens choisissent leur repas, mais il vous faudra toujours bien quelqu’un pour vous l’apporter, pour prendre en compte la petite variation (« Ne mettez pas de gluten, sinon je vais aller directement à l’hôpital! ») ou pour nettoyer la table ensuite.

L’employé, celui au salaire minimum, reste encore la ressource la plus efficiente pour prendre en compte, à moindre coût, le chaos d’une salle à manger. Et je ne parle même pas du travail en cuisine.

Aujourd’hui, faire entrer un iPad à la place d’un employé entraîne une restructuration logistique qui dépasse probablement les moyens de bien des restaurants.

Mais la question reste : est-ce tout de même une menace qui pend au bout du nez des travailleurs?

La réalité

Sur le grand panneau publicitaire, l’iPad sert de métaphore (ou de catachrèse, plus précisément), car on étend la signification de l’objet (somme toute inoffensive) à celle de la domination de la machine sur l’homme.

Il est maintenant vrai que l’automatisation ne touche plus seulement les emplois les moins qualifiés. La technologie numérique excelle dans tout ce qui est routinier et qui demande de suivre des règles. Elle touche maintenant des emplois nécessitant de hautes compétences cognitives.

Au Tech Open Air à Berlin la semaine dernière, on parlait très sérieusement de la montée des robots-journalistes.

Une étude d’économistes dans le New York Times le mois dernier montre que le nombre d’emplois nécessitant de fortes compétences cognitives, en augmentation jusqu’en 2000, s’est brutalement effondré ensuite.

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Les lecteurs de Triplex savent que plusieurs emplois du futur sont dans la mire des machines. Ils savent aussi que les promesses de l’intelligence artificielle, grâce aux avancées récentes du deep learning, l’apprentissage en profondeur, proposent d’automatiser de nombreuses tâches que l’on croyait réservées aux humains.

Allons-nous nous retrouver pris entre les deux? C’est-à-dire allons-nous être évacués des tâches trop manuelles et répétitives en même temps que des tâches spécialisées qui demandent des compétences cognitives de haut niveau?

Ce message sur le panneau publicitaire à San Francisco, aussi risible qu’il puisse être, est un artefact d’une mutation accélérée du monde du travail touché par les avancées du numérique. C’est un signe précurseur que l’augmentation exponentielle de la puissance des ordinateurs aujourd’hui met à risque des métiers « potentiellement automatisables » demain. Paradoxalement, je ne crois pas que ça soit dans le domaine de la restauration.

En fait, cet iPad cache la forêt de machines qui veulent nos emplois dans les autres domaines. Si les promesses de la robotisation rejoignent celles de l’intelligence artificielle, il y aura lieu, effectivement, de s’inquiéter. Déjà, des postes où le jugement humain n’est plus nécessaire sont à risque (par exemple les conducteurs de véhicules au long cours avec l’arrivée des voitures autonomes).

Les avancées technologiques offrent aussi de nouvelles possibilités. Mais la perspective de produire plus avec moins de travailleurs n’est pas à la veille de disparaître.

La question est alors de savoir si l’équilibre entre les emplois appelés à disparaître et les emplois appelés à apparaître sera toujours présent demain.

Martin LessardInternet des objets jusque dans notre corps

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 publié le 21 juillet 2014 à 14 h 25

Il y a toujours ce petit sursaut qui est suscité quand la technologie traverse certaines lignes qu’on n’imaginait pas qu’elle puisse franchir.

Quand on parle d’Internet des objets, on est bien prêt à gober le concept. Mais est-on prêt à le gober littéralement?

J’ai eu la chance hier d’être invité à l’émission Dessine-moi un dimanche, sur ICI Radio-Canada Première, animée par Johane Despins, pour parler d’une technologie qui avait fait grand bruit il y a quelques mois, quand Motorola avait proposé des pilules à mots de passe à ingurgiter!

Pour frapper l’imagination du public, il n’y a pas mieux.

Puisqu’on entre des mots de passe plusieurs fois par jour, que ce soit pour des transactions avec cartes à puce ou pour se servir d’un ordinateur, pourquoi ne pas avaler une puce comestible qui rendrait tout le corps comme un mot de passe ambulant? Du coup, plus besoin de s’identifier sans cesse!

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Cette puce comestible existe — et est même approuvée par la Food Drug Administration américaine –, mais dans les faits cette idée me semble davantage une solution à un problème fictif que quelque chose qui sera réellement utile pour la majorité d’entre nous afin de retenir nos mots de passe.

Lors de notre échange à la radio, personne autour de la table ne trouvait l’idée emballante. Mais on sentait bien que cette application de la technologie allait dans une direction qui peut rendre inconfortable celui ou celle qui en entend parler pour la première fois.

Voyons en premier la promesse de cette pilule à mots de passe, et ensuite les implications.

Ces mots de passe en nous

La pilule contient une puce microscopique, enrobée d’excipients comme les autres pilules, qui s’active dans l’estomac. La réaction chimique produite permet à la puce d’émettre des signaux électriques, un peu comme ceux que le corps en produit naturellement.

C’est avec les acides dans l’estomac que la petite puce s’alimente. Un peu comme lorsqu’on fabrique une pile électrique avec l’acidité du citron.

Ces signaux de la puce, très faibles, se propagent dans le corps. Un senseur à l’extérieur du corps capte ces signaux très faibles et les convertit en un code qui est interprété comme un mot de passe.

On peut donc imaginer quelqu’un ingurgiter cette pilule pour avoir accès à des appareils sécurisés.

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Évidemment, il faut attendre le temps de digérer la pilule, mais ensuite on a quelques heures pour accéder à nos appareils sans entrer de mot de passe, avant que la puce ne suive le chemin bien naturel de l’élimination.

Est-ce possible?

Ce genre d’annonce profite de la naïveté du public moyen qui ne comprend pas vraiment où en est rendue la technologie tant elle se confond de plus en plus avec la science-fiction.

Cette annonce laisse précisément dans l’ombre toute la réelle difficulté d’implanter cette innovation, dans la mesure où le problème ne réside plus dans la fabrication d’une pilule qui émet des signaux, mais bêtement dans la logistique : il faut installer des capteurs sur tous les appareils auxquels on veut accéder.

Ce n’est pas parce que j’ai avalé cette pilule que j’ai accès à mon cellulaire sans mot de passe. Mon cellulaire et tout autre appareil qui demanderaient un mot de passe doivent pouvoir capter et décoder ce mot de passe. Sans cette fonctionnalité sur l’appareil, cette pilule est inutile.

Je ne crois pas que ça soit nécessairement dans le domaine de l’authentification qu’il y ait une réelle utilité pour cette innovation, mais dans le domaine médical.

Chérie, j’ai rétréci le docteur

Aujourd’hui, il est possible de se coller sur la peau des circuits imprimés très fins et infroissables (lire sur Triplex : Circuit imprimé flexible : vers une « peau électronique ». Ces circuits sont virtuellement des ordinateurs capables de traiter certaines informations et ils s’alimentent à même nos mouvements ou notre champ électrique corporel.

On pourrait imaginer qu’un patient, dont la vie ne dépend pas d’une surveillance à tout instant, puisse prendre congé un certain temps de l’hôpital. Il aurait ses comprimés quotidiens contenant une petite puce qui transmettrait au capteur sur sa peau certains signes vitaux (pouls, température, présence de certaines compositions chimiques, etc.).

Comme s’il avait un docteur dans le corps.

Il n’est pas impossible que le capteur cutané puisse ensuite communiquer avec votre téléphone cellulaire par Bluetooth LE et transférer directement les données au laboratoire… ou envoyer un texto à votre docteur de la part de votre coeur qui ne se sent pas très bien.

C’est ce qui provoque ce petit sursaut dont je parlais au début. Ici, la technologie ne fait pas que traverser une certaine ligne, elle nous fait franchir cette ligne avec elle.

On a bien compris ce qu’est Internet des objets, ces choses qui communiquent entre elles grâce à notre Internet, celui des humains.

Mais avec cette pilule à puce, c’est tout à coup notre corps qui aura le potentiel d’échanger par lui-même des informations avec des objets par Internet.

Internet des objets, en quelque sorte, n’est pas un réseau à part pour les choses, ce n’est pas un réseau que nous accueillerons sur notre réseau à nous, humains.

C’est plutôt un réseau qui attend que nous soyons réifiés, transformés en choses, pour nous accueillir sur son propre réseau et commencer une conversation avec nous… ou des parties de nous.

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La montée en puissance des technologies a fait en sorte que ce n’est plus un téléphone que nous avons dans nos poches, mais bien un ordinateur. La téléphonie mobile est souvent réduite à un simple canal de communication. Pourtant, elle a le potentiel de transformer les processus internes des entreprises.

L’annonce hier du partenariat entre Apple et IBM table justement sur ce potentiel. Ces deux sociétés se sont entendues pour offrir plus d’une centaine d’applications destinées aux entreprises intégrées verticalement, que ce soit dans le commerce de détail, la santé, la finance ou le voyage, sur la plateforme iOS.

L’entente signale une tendance de fond que veulent imposer les grands acteurs technologiques au sein des entreprises : lier écran tactile et informatique dans le nuage pour passer à l’ère post-PC.

Quand Watson utilise un iPad

IBM s’engage à vendre ses services infonuagiques, comme la gestion, la sécurité ou l’analyse d’affaires, sur des applications optimisées pour iOS seulement.

Apple adaptera son service après-vente AppleCare pour le monde des affaires. Il n’est pas dit si Apple ira jusqu’à refuser l’accès aux concurrents.

Cette union est la promesse, pour les gens d’affaires, du « big data au bout des doigts« , affirme M. Cook, président d’Apple.

C’est surtout l’espoir, pour les deux joueurs, d’occuper le territoire de demain où le monde des affaires sera géré à partir du mobile et du nuage.

Source: ZDNET

Source: ZDNET

Apple se retrouve dans une bonne position : elle est le point d’entrée d’une chaîne verticale qui allie la puissance de calcul dans les nuages d’IBM à l’aisance d’utilisation de ses appareils mobiles.

C’est ainsi que l’on voit que la sirène du tout-dans-les-nuages se fait encore plus attirante pour les entreprises.

Avec une courbe d’apprentissage quasi nulle de l’appareil lui-même (l’interface d’Apple est reconnue pour son ergonomie) et la puissance de serveurs en réseau (IBM a démontré sa maîtrise du domaine avec Watson), on comprend le pari que cette nouvelle alliance ébranlera peut-être les autres acteurs de l’industrie informatique.

Les autres acteurs

L’entente du MobileFirst pour iOS, si elle se maintient suffisamment longtemps entre Apple et IBM, représente une intégration verticale forte qui change la donne dans le secteur pour plusieurs autres acteurs.

  • Android, premier sur le marché grand public et réputé pour être plus polyvalent et ouvert, ne possède pas le même attrait auprès des très grandes entreprises. On s’attend à ce que Google et Samsung réagissent à la nouvelle alliance qui, en fait, cherche à évincer ce OS au sein des entreprises.
  • Microsoft devra elle aussi surveiller sérieusement la montée de ces deux joueurs. Cette société informatique domine le milieu des affaires depuis des décennies. Son entrée tardive dans le mobile démontre que Microsoft n’est pas indélogeable. L’alliance pourrait miner ses acquis.
  • BlackBerry, à qui le iPhone a fait très mal, risque encore plus gros dans cette histoire. L’image du fabricant de l’appareil mobile d’entreprise par excellence se ternit depuis plusieurs années, et ce type d’alliance exclusive représente un autre coup dur pour lui.

L’ère post-PC

Ce qui est appelé l’ère post-PC, c’est-à-dire cette idée que l’informatique ne passera plus par des ordinateurs de bureau ou des portables, mais par des appareils mobiles et tactiles, semble prendre du galon.

La miniaturisation aidant, et le développement tous azimuts du sans-fil aussi, les appareils informatiques dans nos poches (et éventuellement partout sur nous, lire le billet de Nadia sur la technologie prête à porter) deviennent une nouvelle façon d’accéder à de l’information et de faire des transactions en entreprise.

En déplaçant la gestion et le contrôle informatiques à la fois dans les mains des employés et dans le nuage, c’est la façon même travailler et d’exercer des activités dans une entreprise qui s’en trouve modifiée (ne serait-ce que par un déplacement des rapports de force et de contrôle). Cette nouvelle façon, post-PC, offre à la fois une plus grande mobilité à l’employé et un accès au potentiel des données volumineuses (big data), censées modifier la façon de prendre des décisions par un recoupement massif de multiples informations et de règles commerciales.

Les attentes liées aux promesses de ces données volumineuses diminueront bien un jour ou l’autre, comme je l’indiquais dans mon billet en mai dernier. Et quand l’effet de mode commencera à se dissiper, lorsqu’on reviendra à des attentes plus réalistes, c’est là que le tandem Apple-IBM aura bien fait de s’allier ainsi sur la ligne de départ.

Martin LessardUne littératie pour l’Internet des objets?

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 publié le 11 juillet 2014 à 15 h 35

Le vague numérique qui envahit toutes les sphères d’activités humaines vient avec l’apparition de nouvelles technologies dites intelligentes, les « smart devices« .

The Open Interconnect Consortium (OIC)

The Open Interconnect Consortium (OIC)

Mais cette traduction de « smart » en « intelligent » pousse malheureusement à croire que cette « intelligence » serait équivalente à celle de l’être humain. En fait, smart véhicule davantage l’idée que l’outil a été programmé pour effectuer certaines actions de façon autonome, ce qui n’a rien à voir avec une quelconque aptitude de la machine à comprendre et à penser.

Comment alors faut-il interpréter ce choix erroné du mot intelligent pour traduire smart?

Je me suis surpris à me demander si cette erreur sémantique ne finirait pas par induire chez les francophones une mécompréhension de la réalité du numérique à venir.

Le changement ne réside pas dans le fait que nos outils sont plus puissants, mais dans le fait que nous ne faisons plus les mêmes choses qu’avant avec eux et qu’ils changent qui nous sommes.

Ces outils offrent une nouvelle forme d’intelligence avec le monde. Ils forment notre monde.

Les littératies à venir

Michel Cartier

Michel Cartier

Michel Cartier, professeur de l’UQAM à la retraite, penseur des changements du numérique depuis des décennies, avec qui j’ai eu une longue discussion ce matin, m’explique à quoi il faut s’en tenir :

« Entre 2000 et 2010, on a vécu en quelque sorte une époque de transition. On a quitté l’époque des industries lourdes et on est entrés dans quelque chose qui n’a pas encore de nom — mais que certains surnomment la société de la connaissance ou de l’information —, et depuis à peu près 2010, on est en rupture, la transition est finie. »

La vie du citoyen, explique-t-il, sera probablement changée durant les cinq prochaines années. Pour Michel Cartier, ce changement demande de développer une nouvelle littératie.

Le terme littératie recouvre « l’ensemble des connaissances en lecture et en écriture permettant à une personne d’être fonctionnelle en société » et peut être étendu au numérique pour inclure tout type de compétences communicationnelles qui permettent à un citoyen de fonctionner dans une société en réseau.

Avec la première vague de changements, celle de l’ère industrielle aux 18e et 19e siècles, on a vu l’apparition du train, de la mécanisation des métiers à tisser et du télégraphe. La littératie de l’époque, c’était l’alphabétisation obligatoire et massive par le truchement des premières écoles.

Le grand-père de M. Cartier était un « conteux », un « calleux de set » et un cuisinier dans un camp de bûcherons. Dans ce temps-là, on ne savait pas lire ni écrire, et le besoin de cette connaissance ne s’est fait sentir qu’avec l’industrialisation de la société.

La littératie demandée à chaque époque établit les horizons auxquels une personne peut aspirer. Le père de M. Cartier était imprimeur, et lui-même a dirigé un laboratoire de télématique : « C’est trois générations, trois littératies! »

« Là, je regarde [comment] mes petits-enfants se placent face à l’écran et l’utilisent. Une nouvelle et quatrième littératie commence à voir le jour. »

Le citoyen de demain, celui qui est éclairé et proactif du moins, aura à posséder des compétences « smarts », si vous me permettez l’expression. Il doit avoir la capacité :

  • de trouver une information pertinente, de l’analyser, de la stocker et de la rééditer au besoin;
  • de bâtir un document, qu’il soit une page web, un balado, une vidéo ou un environnement immersif, incluant des éléments de programmations quelconques;
  • de naviguer dans un espace d’information où apparaissent ces différents types de contenus et de discerner le bon du mauvais.

Ces compétences ne demandent pas une intelligence en soi, mais plutôt d’être futé, débrouillard et astucieux, « smart », quoi! Nos outils dits intelligents n’ont rien à nous montrer, sinon que c’est à nous d’être intelligents et de ne pas nous laisser emberlificoter.

« Aujourd’hui, c’est quoi la source d’un jeune? Ce n’est plus Le Devoir, La Presse ou Radio-Canada. C’est 10 000 écrans. Ce n’est pas que ce soit bien ou mal. Mais le problème qui s’en vient, c’est que cette génération s’abreuve à des sources qui ne sont plus d’ici. C’est aussi que, lorsque je cherche une chose, on me vend un produit américain : où il est mon produit de la Beauce ou de la Gaspésie? C’est parce qu’eux autres ne sont pas « en haut » à cause du PageRang [l'algorithme de tri du moteur de recherche Google] »

Se préoccuper des objets dits intelligents avant qu’ils ne s’occupent de nous

Il ne faut pas nous étonner ensuite de ne plus nous reconnaître en ligne, car ceux qui gèrent ces nouveaux systèmes ne se préoccupent pas de la façon dont nous, nous voyons le monde. Et je me demande même si nous percevons nous-mêmes tout ce qui se trame avec l’arrivée de ces futurs objets connectés.

Il y a quelques jours, des chefs de file de l’industrie informatique comme Dell, Intel et Samsung ont formé un consortium pour développer des normes ouvertes pour ce qui s’appelle l’Internet des objets.

The Open Interconnect Consortium (OIC) élaborera des spécifications et des programmes de certification pour la connexion sans fil entre n’importe quels types d’appareils qui fera partie de l’Internet des choses connectées. C’est-à-dire les normes de tout ce qui va nous entourer demain.

Alors, allons-nous être intelligents et demander qui parlera en notre nom?

Martin LessardLe restaurant de Schrödinger

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 publié le 8 juillet 2014 à 13 h 53

Il est midi. Je suis attablé dans un sympathique bistro de l’Isle-aux-Coudres. Le panini à la dinde est délicieux, la bière d’une microbrasserie du terroir aussi. Le soleil brille de nouveau après une petite averse. Tout va bien.

Que se serait-il passé si je m’étais fié à Facebook ou à Foursquare? J’aurais choisi une autre destination, car ces deux outils en ligne m’indiquaient que ce restaurant était fermé à l’heure du lunch.

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Si j’avais planifié mon déplacement en fonction de mon arrêt ce midi-là, cet établissement n’aurait jamais figuré parmi les possibilités.

Comme le chat de Schrödinger, un exercice de pensée visant à décrire le monde paradoxal de la physique quantique où une particule peut avoir plusieurs états, mon restaurant était paradoxalement à la fois ouvert et fermé.

C’est seulement en allant sur place que j’ai pu régler cette « étrange » superposition d’états, selon la théorie de décohérence — mais je doute fort que les experts en science quantique acceptent mon interprétation, à moins d’avoir trop forcé comme moi ce jour-là sur la bière microbrassée.

Numérique lex, sed lex

Ce qui apparaît sur le web a un impact bien concret dans la réalité.

Demandez aux aubergistes ou aux restaurateurs qui reçoivent de mauvaises critiques sur Yelp ou TripAdvisor. Que les commentaires soient inventés ou non (il y a eu tout un débat là-dessus il y a quelques années), ceux qui les rédigent peuvent faire la pluie et le beau temps de ce côté-ci de l’écran. Et les commerçants n’ont pas toujours le contrôle là-dessus.

Mais pour ce qui est des heures d’ouverture, le fait pour un commerçant de ne pas se préoccuper de ce qui est écrit en ligne – surtout sur sa propre page Facebook – peut se traduire par des pertes réelles de revenus.

Source:  Frédéric Bisson

Source: Frédéric Bisson

Dans un article de Wired publié hier, on nous rappelait que l’an dernier, un restaurant de la région de Washington avait dû fermer ses portes parce que sa clientèle de fin de semaine avait diminué de 75 %.

Le propriétaire n’avait jamais remarqué que Google Places, un service de Google pour les entreprises qui veulent afficher leurs coordonnées et leurs horaires sur les plateformes de Google comme Google Maps, indiquait que son restaurant était « fermé du samedi au lundi ».

Que leurs renseignements aient été sabotés par un concurrent (ce que le propriétaire du restaurant près de Washington prétend) ou qu’ils aient négligé leur compte Facebook (ce qui est le cas du restaurant où je suis allé), les commerçants sont responsables de ce qui est affiché sur eux en ligne et il leur incombe de gérer eux-mêmes leur présence sur la Toile. Mais souvent, ils manquent de temps pour le faire. Google +, Google Maps, Yelp, Foursquare, Tripadvisor… La liste est longue, et il n’y a pas suffisamment d’heures dans une journée pour faire le tour.

En janvier dernier, une fraude à grande échelle a été mise au jour : des milliers d’hôtels sur Google + Local ont vu leur hyperlien être détourné au profit d’une agence de réservations. Autrement dit, au lieu d’être dirigés vers le site web de l’hôtel, les utilisateurs aboutissaient sur celui du fraudeur qui offrait les réservations de façon légale pour les hôtels. Celui-ci empochait ensuite la prime de réservation auprès des établissements hôteliers. Une autre chose de plus à surveiller!

Source: SearchEngineLand

Source: SearchEngineLand

Le numérique n’est jamais en vacances

Depuis que les Pages jaunes ont perdu le monopole de « l’endroit où on trouve un commerce », c’est Internet qui a pris le relais. Pour tout et pour rien, on utilise notre moteur de recherche préféré ou une application spécialisée pour trouver une réponse à sa question ou des recommandations de lieux.

La « découvrabilité », c’est à dire la possibilité de trouver une information à partir d’une autre information — ce qu’on fait souvent avec notre fureteur ou avec des applications comme Foursquare — est le nerf de la guerre dans un monde de surabondance d’information et de choix, que ce soit soit pour trouver un restaurant ou un autre lieu.

En ce moment, dans la nouvelle économie numérique, une maîtrise minimum des outils est nécessaire pour y être visible. Sinon, c’est accepter de disparaître, d’être dépassé par la masse d’information et condamné à rester invisible même si l’on existe au grand jour, au détour d’un chemin, dans un beau coin de pays, comme mon « restaurant de Schrödinger ».