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« Je n’ai rien à cacher. »

Dites cela à Edward Snowden, lui qui est obligé de se cacher pour que vous ayez le droit à une vie privée, et il vous répondra :

« C’est inverser les responsabilités, [ça] revient à dire :  »Je me fiche de ce droit. » C’est le gouvernement qui doit se justifier de ne pas respecter vos droits », dit-il dans une vidéo enregistrée la fin de semaine dernière.

C’est vrai. Par défaut, la vie privée devrait être protégée. Mais comme ce n’est plus le cas en ligne, il nous faut faire l’effort de la protéger nous-mêmes.

Edward Snowden suggère de laisser tomber les services comme Google, Facebook et Dropbox. Ils seraient « dangereux » pour la vie privée.

Et nous, mines déconfites, voyons très bien ce que cela veut dire : se couper de tout ce que le web offre de bien (recherche, réseaux sociaux, partage de fichiers).

Ne plus utiliser Google, synonyme de web pour la plupart des gens, est un pas bien trop grand à suggérer.

Heureusement, il existe quelques solutions, et l’une d’entre elles me semble très prometteuse.

Anonabox, le routeur Tor

anonabox

Sur la plateforme de sociofinancement Kickstarter a été lancé Anonabox, un routeur matériel Tor.

Tor est un réseau composé de routeurs organisés en couches, de telle sorte qu’il rend les flux de communication cryptés et anonymes.

L’Anonabox permet de se brancher directement sur ce réseau Tor sans même s’en rendre compte.

Il suffit de le connecter à votre propre routeur (celui qui permet en ce moment pour vous relier à votre fournisseur Internet) et de sélectionner son signal WiFi.

Sur votre ordinateur, vous continuez à utiliser vos logiciels favoris, même ceux qui ne sont pas compatibles avec Tor, disent les promoteurs.

Ils en sont à leur quatrième génération de prototypes, dont la dernière version tient dans la paume d’une main.

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Si tout va bien — il y a toujours un certain risque dans le sociofinancement —, les premiers appareils seront livrés début 2015.

MISE À JOUR : depuis la parution de ce billet, la plateforme Kickstarter a suspendu le projet Anonabox. Le projet avait réussi à amasser plus de 600 000 $ mais des voix se sont élevées, notamment sur Reddit, pour accuser le promoteur de mentir sur les origines et les éléments d’Anonabox. Il n’a pas su prouver que toutes les  pièces de son produit lui appartenaient –il ne peut donc pas affirmer que son produit est 100% Open Source. Une suspension sur Kickstarter signifie en général que le projet ne rouvrira pas. Merci à Clément Côté pour la note. (Même si ce produit particulier ne verra pas le jour, le concept en soi n’est pas pris en défaut).

Se protéger soi-même

Ce type de solution matériel — un bidule intermédiaire entre le réseau et nous — permet de redonner confiance au réseau Internet.

Bien sûr, ça n’empêche pas que ce que vous écrivez dans vos profils Facebook ou Twitter soit surveillé (ce sont des comptes publics, après tout), mais la géolocalisation ou le transfert de votre profil à d’autres marchands ne pourra plus se faire.

Quand vous naviguerez sur Internet avec ce routeur Tor, vous ne serez plus fiché par des corporations qui ont la morale élastique à propos de votre vie privée.

Vous pourrez enfin chercher dans la même journée des grenades (les fruits!) et réserver un billet d’avion sans risquer de voir débarquer des agents prêts à vous extrader vers Guantanamo.

Martin LessardAmpoules intelligentes : toute résistance est vaine

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 publié le 9 octobre 2014 à 13 h 41

Cette semaine a été lancé un « standard de connexion pour ampoules intelligentes« . Ce standard est proposé par Allseen Alliance, un regroupement de 70 grands manufacturiers et d’équipementiers électroniques.

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C’est un protocole d’interconnectivité entre les appareils et les applications pour rendre opérationnel le fameux Internet des objets. Le standard est basé sur AllJoyn, un projet open source porté par Qualcomm.

Ce standard permet d’espérer que les futurs objets dits intelligents seront compatibles entre eux.

Les douilles électriques comme porte d’entrée de l’Internet des objets

Je crois que cette alliance s’est attaquée en priorité aux ampoules dites intelligentes, car elles représentent peut-être la véritable porte pour une déferlante d’objets connectés dans nos maisons.

Une ampoule DEL est déjà équipée de petits circuits pour faire fonctionner ses diodes. Y ajouter quelques composantes électroniques de plus ne demande pas grand-chose et peut faire une grosse différence entre une bête ampoule et une ampoule intelligente.

Par exemple, ajoutez-y une composante WiFi ou Bluetooth et une adresse IP. Hop, voilà l’ampoule connectée au réseau, donc, contrôlable à distance par votre cellulaire.

Il n’y a ensuite qu’un pas pour la transformer en microchaîne stéréo ou en jeu de lumière de toutes les couleurs.

Le standard proposé permet aux ampoules connectées de s’insérer dans un ensemble plus grand et de ne pas être que de simples gadgets incompatibles d’une marque à l’autre.

Ce standard que vous ne pourrez refuser

Si je pense que c’est par l’intermédiaire de nos douilles de lampe qu’entrera le fameux Internet des objets, c’est parce que le standard proposé rendra possible une foule de petits comportements automatisés :

  • Lorsque le détecteur de fumée se déclenche, les ampoules se mettent à clignoter.
  • Lorsqu’on allume la télé, la lumière de la pièce se tamise.
  • Lorsque le téléphone sonne, une ampoule change de couleur pour nous faire signe.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Avec la miniaturisation et la baisse des coûts, plusieurs autres fonctions pourront être intégrées dans les ampoules connectées.

J’écrivais cet été :

Nos lampes, nos plafonniers seront peut-être demain des minicentres offrant divers services : flux Songza, détecteur de mouvement, thermostat, commandes SIRI, relais WiFi, stockage infonuagique domestique, interphone… On rigolera peut-être à l’idée qu’elle ne servait hier qu’à éclairer.

Le standard proposé rend cette réalité possible. Reste à voir s’il sera adopté ou non.

Mais voyons maintenant la façon dont on souhaite que l’Internet des objets entre chez nous : par défaut, sans que nous le voulions.

Les objets que l’on achètera seront déjà programmés pour avoir certains comportements intelligents par défaut (ampoules qui clignotent sur demande du thermostat, par exemple).

L’Alliance travaille très fort pour que l’usager ait le moins possible à programmer ou à ajuster de paramètres.

Si d’une marque à l’autre, nos futures ampoules portent ce sceau de compatibilité, alors, puisque nos ampoules actuelles devront être changées un jour, lentement nos lampes et nos plafonniers vont se retrouver avec ces objets connectés, qu’on le veuille ou non.

Ça, c’est le plan.

Que l’on aime cela ou pas, c’est une tout autre question, à laquelle il faudra bien répondre un jour. En attendant, les grands industriels travaillent pour que la résistance soit la plus vaine possible.

Martin LessardPlacer sa ville dans le 21e siècle

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 publié le 6 octobre 2014 à 12 h 23

Le concept de « ville intelligente », terme fourre-tout, laisse entendre que la technologie peut améliorer la gestion et la gouvernance des cités tout en augmentant le bien-être et la participation des citoyens.

L’expression (une traduction maladroite de smart city) fait référence, de plus en plus concrètement, à une réalité qui fait réagir bien des gens. Voici deux exemples.

Codesigner les nouveaux territoires numériques

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Hier avait lieu un « atelier de codesign » sur la ville intelligente dans le but de « définir les priorités d’un Montréal du 21e siècle ».

Un atelier de codesign (ou de « coconception« ) est une démarche participative et créative réunissant une diversité d’acteurs autour de diverses thématiques.

Celui d’hier a permis de suggérer des pistes, technologiques ou non, pour rendre la Ville de Montréal capable de répondre à des problèmes, présents ou à venir, comme la mobilité et le transport, la marginalité et la salubrité, ou encore le soutien aux artères commerciales et à l’écosystème des jeunes entreprises web.

Les meilleures idées ont ensuite été proposées aux Entretiens Jacques Cartier, qui ont lieu aujourd’hui même et auquel participe le maire de Montréal, Denis Coderre.

Denis Coderre

Osons une métaphore.

Le champ des possibles numériques qui s’offre à la ville par le biais des technologies émergentes et des algorithmes de plus en plus performants lui permet de s’agrandir, de « s’augmenter », un peu comme les Pays-Bas ont réussi à prendre du terrain sur la mer et à assécher des terres pour les occuper.

La technologie ouvre ainsi de nouveaux territoires pour la ville.

Ce à quoi on assiste en ce moment est un débat pour s’entendre sur la façon d’aménager ces nouveaux territoires.

Domaines d'intervention

Les coureurs des bois numériques

Sur ces territoires ainsi en friche se trouvent aussi les nouveaux coureurs des bois modernes, si vous permettez que je poursuive sur la même métaphore. Ce sont les entrepreneurs de compagnies en démarrage dans le domaine de la technologie.

Or, juste à point, MTL NewTech, un organisme à but non lucratif de promotion des jeunes entreprises web à Montréal, propose demain soir, mardi 7 octobre, une soirée consacrée aux petites entreprises qui offrent des solutions pour rendre la ville un peu plus intelligente.

Domaines d'intervention

Quatre compagnies d’ici y seront présentées : TransitApp, Provender, Navut et PotLoc.

Vous connaissez deux d’entre elles, car j’en ai déjà fait mention sur Triplex :

- Transit, une application qui permet de se repérer dans les transports en commun encore mieux qu’avec les outils de la société de transport locale.

- Provender, un marché en ligne qui optimise l’offre et la demande entre les petits fermiers et les restaurants mieux que ne le ferait la chaîne industrielle actuelle.

Les deux autres entreprises locales en démarrage sont tout aussi intéressantes :

- Navut, un service en ligne pour aider les familles à repérer le meilleur quartier pour eux quand ils emménagent dans une nouvelle ville.

- Potloc, un service de consultation hyperlocal pour permettre de connaître quel type de commerces les citoyens souhaitent voir dans leur quartier.

Ces quatre exemples montrent à quel point les coureurs des bois sont déjà en train, aujourd’hui même, de bâtir cette ville intelligente.

Ils optimisent par technologies interposées des ressources qui ne pouvaient pas être exploitées auparavant de cette façon.

À mon avis, si vous souhaitez voir tout de suite comment les petits blocs de cette ville intelligente se mettent en place, c’est là que ça se passe (il restait des billets gratuits pour l’événement au moment d’écrire ces lignes).

L’histoire nous a appris que les coureurs des bois n’ont jamais attendu une autorisation pour explorer les nouveaux territoires qui s’offraient à eux.

La ville, morceau par morceau, entre dans le 21e siècle.

À lire aussi sur Triplex :

Demain, la ville intelligente (l’exemple de la ville de Québec)

Startup Festival : l’entrepreneuriat technologique qui change le monde

Rester à Montréal, pour innover (le cas de Sébastien Provencher)

Martin LessardFrankenstein robot

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 publié le 2 octobre 2014 à 12 h 20

Modéliser l’œil humain et un cerveau de rat pour améliorer la performance d’un robot?

Cela pourrait révolutionner les avancées en neurosciences et en robotique, selon un article publié cette semaine dans le journal britannique Philosophical Transactions of the Royal Society B.

Les chercheurs affirment que nous sommes théoriquement en mesure de combiner la compétence inhérente des animaux à se repérer dans un environnement avec la perfection de l’oeil humain pour permettre à un robot de se déplacer de façon plus adéquate. A

utrement dit, nous pourrons fabriquer une espèce de monstre de Frankenstein avec les meilleurs morceaux tirés de modèles de plusieurs espèces.

Et deux morceaux de bio!

La plupart des systèmes de navigation robotiques emploient divers capteurs, une base de données sur le monde environnant et des algorithmes de navigation.

La méthode de navigation des êtres vivants est beaucoup plus flexible. Capable de supporter l’incertitude dans la détection et l’observation, notre cerveau modélise en permanence notre monde grâce à son cerveau habile et à ses sens aiguisés. neurone Cette nouvelle des chercheurs arrive en même temps que le premier anniversaire ce mois-ci des deux mégaprojets de recherche du cerveau, l’un américain, l’autre européen.

Les lecteurs de Triplex se rappellent que le BRAIN Initiative du président Obama et le Human Brain Project de la Commission européenne avaient la mission d’explorer, de découvrir et de comprendre le potentiel de la matière grise durant la prochaine décennie.

Cette concurrence transatlantique table sur les avancées à venir en informatique et en « Big data » pour parvenir à comprendre comment fonctionne le cerveau… et à le simuler.

Or, justement, un des succès du projet européen jusqu’à ce jour est d’avoir réussi à créer une modélisation en 3D, biologiquement réaliste, du cervelet d’un rat. Le cervelet joue un rôle important dans le contrôle moteur pour assurer la coordination, la synchronisation et la précision des mouvements.

C’est une région qui contient 50 % des neurones du cerveau, bien que sa taille ne représente que 10 % du cerveau. La mémoire spatiale du rat est très performante, mais son système de vision laisse à désirer. Or l’oeil humain est de loin supérieur. Nous avons d’excellents algorithmes pour simuler le fonctionnement de l’oeil humain.

Nous voilà rendus là. En modélisant le vivant, toutes espèces confondues, nous avons la possibilité théorique de reprendre le meilleur de chacun et d’en doter le robot du futur.

Et nous sommes seulement à 10 % du programme de recherche des deux mégaprojets sur le cerveau.

Martin LessardDéverrouiller son ordinateur en un battement de coeur?

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 publié le 26 septembre 2014 à 10 h 53

Mercredi, la jeune entreprise torontoise Bionym a annoncé avoir reçu un financement s’élevant à 14 millions de dollars.

Bionym propose un bracelet qui capture notre pouls pour nous identifier de façon unique et promet de nous débarrasser pour toujours de l’obligation d’entrer nos mots de passe.

Son bracelet, appelé Nymi, est équipé de multiples capteurs qui mesurent le rythme cardiaque de l’utilisateur, ou plus précisément le temps entre les battements.

Ce temps entre les battements serait unique pour chaque individu.

En mesurant ce temps de battement unique, on a une empreinte unique, un peu comme des empreintes digitales.

Avec cette identité unique, c’est un peu comme un mot de passe, on peut déverrouiller par exemple des ordinateurs par Bluethooth Low Energy

À l’intérieur se trouvent des capteurs qui prennent un électrocardiogramme pour connaître la fréquence des battements de votre coeur.

Il est aussi doté d’un accéléromètre et d’un gyroscope, ce qui permet de repérer des mouvements simples et de les associer à une tâche spécifique. Par exemple, un mouvement du bras pourrait déverrouiller le coffre d’une voiture.

La solution biométrique

Ce type de bracelet fait partie d’un énorme mouvement de ce qui a été appelé wearable technologies en anglais, qu’on pourrait traduite par informatique prêt-à-porter.

La technologie quitte morceau par morceau nos ordinateurs pour aller se greffer sur des objets du quotidien, nos vêtements, nos lunettes, nos bijoux ou nos bracelets.

On peut se demander si ce n’est pas un effet de mode, mais il y a pourtant derrière le bracelet d’identification un réel souci de répondre à des problèmes que l’informatique a créés.

Il faut savoir que les mots de passe ne sont pas vraiment sécuritaires dans l’état actuel des choses. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’on entende que des mots de passe ont été volés sur les serveurs d’une compagnie ou d’une autre.

Bionym se positionne dans ce qu’on appelle une solution de rechange biométrique aux mots de passe.

La biométrie est une technique de reconnaissance basée sur des caractéristiques physiques de notre corps.

Pensez à un cadenas à numéro et à un cadenas à clé. Il s’agit de connaître la combinaison du premier, et tout le monde peut ouvrir le cadenas. Avec une clé, théoriquement, c’est seulement celui qui possède la clé qui peut l’ouvrir.

Mais une clé peut être copiée.

La biométrie permet de transformer une caractéristique unique de notre corps en une clé unique.

Certains téléphones cellulaires utilisent déjà l’empreinte digitale pour se déverrouiller.

Est-ce fiable?

Dans le cas du bracelet Nymi, il n’est pas dur d’imaginer que la compagnie torontoise va utiliser ses 14 millions pour peaufiner sa technologie et nous convaincre qu’il faut avoir confiance en son produit.

Il faut quand même se rappeler que prendre le pouls de quelqu’un, ce n’est pas si compliqué. Et si j’arrive à prendre votre pouls par une poignée de main, équipé de capteurs, est-ce que je serais capable de programmer ensuite le bracelet pour me faire passer pour vous?

Plus facile à dire qu’à faire. Mais si cette image entre dans la tête du grand public, je ne donne pas cher de cette technologie.

C’est là que va passer une partie de l’argent reçu. Bionym va tout faire pour sécuriser son bracelet et nous convaincre que rien de tel ne peut se passer. Nous jugerons sur pièce quand les premiers Nymi arriveront sur le marché. Ils sont en ce moment en prévente sur le site web de la compagnie.

Consolidation en vue

Il n’est pas dur de deviner que cette industrie naissante de l’informatique prêt-à-porter devra bientôt se consolider.

La prolifération des gadgets de ce genre est intenable.

Je ne porterai pas une montre Apple Watch pour communiquer avec mon Mac… et une montre Samsung Galaxy Gear pour communiquer avec mon cellulaire Android… et en plus, un bracelet Nymi pour ouvrir ma voiture.

Si un jour on est tenté de porter un tel objet « mot de passe cardiaque », ça ne sera pas nécessairement un bracelet Nymi.

Ce sera un programme qu’on pourra mettre dans l’objet que l’on veut.

Ça pourrait être des lunettes Google, ou une montre intelligente, ou un bijou intelligent.

Chacun choisira l’objet qu’il portera sur lui comme une clé biométrique pour ouvrir ses appareils électroniques.

Qui sera cette compagnie qui réussira à imposer la première sa plateforme? Bionym est dans la course.