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Martin LessardC’est comme imprimer de la lumière!

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 publié le 17 décembre 2014 à 13 h 33

La technologie des imprimantes 3D a continué à avancer à un rythme fou en 2014.

Voici les plus récentes innovations :

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  • Elle existe même en 4D, c’est-à-dire qu’elle est capable de fabriquer des objets qui se replient ou se déplient d’eux-mêmes pour créer une nouvelle forme. Une imprimante 3D qui imprime une forme A qui prendra une forme B dans le temps (la quatrième dimension) est appelée 4D.

4D Printing: MIT Self-Folding Strand from Skylar Tibbits on Vimeo.

Une imprimante 3D pour des ampoules DEL

Voici mon coup de coeur 2014 dans les technologies d’imprimerie 3D.

L’écrivain Arthur C. Clarke  disait que les technologies suffisamment avancées ressemblent à de la magie. Ça et imprimer de la lumière, c’est la même chose!

Une lumière DEL, c’est comme un sandwich d’émetteur d’électrons qui génèrent la lumière à une fréquence (couleur) précise.

Des chercheurs ont trouvé récemment comment déposer des couches de matières qui reproduisent les mêmes caractéristiques qu’une ampoule DEL.

Les imprimantes 3D sont maintenant capables de reproduire des circuits électroniques complexes comme des DEL en utilisant la technique des « points quantiques » (quantum dots), des cristaux de certaines substances qui, à l’échelle nanométrique, émettent des photons de lumière à une fréquence précise.

Dans le cadre de l’expérience, l’imprimante 3D a placé cette ampoule DEL imprimée dans une lentille cornéenne (détails ici).

Source: nanowerk

Source : nanowerk

Dans une des versions, les pixels DEL quasiment transparents émettent de la lumière vers l’oeil pour recréer une image.

Le problème, évidemment, concerne cette émission de lumière, très gourmande en énergie. Il est nécessaire d’avoir une antenne à même la lentille. Cette antenne capterait une source d’énergie à proximité pour alimenter l’ampoule DEL.

L’autre version consomme moins d’énergie. C’est la version passive où le pixel utilise la lumière ambiante pour s’éclairer et générer une image ou un message.

Les pixels DEL peuvent aussi être utilisés comme contrôleurs pour ce qu’on appelle l’informatique portable et transmettre des informations aux autres objets connectés que l’on porte sur soi.

Les chercheurs ne cachent pas que cette lentille avec des DEL imprimées en 3D n’est qu’un prototype qui, s’il frappe l’imagination, est loin d’offrir les promesses que l’on retrouve dans les films de science-fiction.

La preuve de concept ici réside surtout dans le fait qu’on a pu amalgamer différents matériaux dans l’objet imprimé en 3D et que cet objet est véritablement un appareil électronique fonctionnel.

On peut imaginer, à long terme, la création d’imprimantes 3D qui impriment les pièces défectueuses dans nos gadgets, ce qui devrait peut-être en prolonger la vie et, donc, diminuer le gaspillage.

Alpine Research Group

Alpine Research Group

Le prototype d’imprimante 3D pour DEL coûte 20 000 $. Sachant que dans ce domaine les prix baissent très rapidement, il sera possible que tout un marché s’ouvre de ce côté dans un horizon prévisible.

On n’a encore rien vu!

Martin LessardTransférer l’esprit d’un ver dans un robot?

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 publié le 16 décembre 2014 à 12 h 14

C’est mon coup de coeur 2014 dans les nouvelles technologies émergentes.

Voyez cette expérience comme la première tentative de faire comme dans le film de science-fiction Transcendance. Mais avec un ver et des blocs Lego!

Transcendance d’un ver

Caenorhabditis_elegans

Que se passe-t-il quand on transpose une copie numérique du système nerveux d’un minuscule ver (le C. elegans) dans un robot (le Lego Mindstorms EV3)?

Ça donne cela :

Évidemment, cette vidéo ne fait pas le poids en comparaison d’un film à gros budget comme Transcendance, qui racontait l’histoire d’un professeur dont l’esprit avait été transféré dans une machine.

Ici, dans l’expérience, c’est la copie de 302 neurones d’un ver, qui ont été méticuleusement cartographiés et transposés numériquement dans un robot.

C’est ce connectome (l’ensemble des connexions neuronales de ces 302 neurones) qui contrôle le robot.

Retenez bien ceci : il n’y a pas eu de programmation informatique pour diriger le robot dans la vidéo. C’est le connectome lui-même qui se dirige, comme un ver le ferait dans l’espace environnant.

Les chercheurs ont fait en sorte que les capteurs du Lego deviennent une extension du connectome.
C-ELEGANS-NUMERIQUE
Le Lego Mindstorms EV3 possède des capteurs qui envoient des signaux au connectome numérique, qui réagit comme le connectome du ver le ferait.

À proximité d’un obstacle, l’ensemble du connectome envoie l’ordre de changer de direction, message que le Lego interprète de la même façon.

Et si l’on touche maintenant les capteurs d’un côté du Lego, le connectome fait bouger le robot dans l’autre direction.

Ce connectome numérique reste encore à perfectionner.

Il faudra un jour inclure les autres connexions (chimiques, électriques, peptiques, etc.) pour avoir une représentation plus fidèle.

… et avec votre esprit?

Mais est-ce qu’on peut dire que l’esprit du ver a été transmis? On en doute.

Ce qu’on voit, c’est qu’à un certain niveau, c’est le connectome seul qui donnerait lieu à des phénotypes que l’on observe chez les êtres vivants.

Autrement dit, contrairement au film Transcendance, il n’y a pas d’esprit transféré dans le robot. C’est plutôt l’agencement du connectome qui donne ici les caractères observables du ver.

Mais, à mesure que les chercheurs vont complexifier le modèle, y aura-t-il quelque chose qui va émerger? Une conscience?

Rappelez-vous que c’est exactement le même type de cartographie que le projet européen Human Brain Project cherche à faire pour le cerveau humain, et ce, dans la prochaine décennie.

Les expérience sur le ver C. elegans numérique n’en sont que le prélude…

J’ai eu la chance il y a deux semaines de visiter le premier atelier de fabrication numérique en milieu scolaire au pays.

Plus connus sous le nom de Fab Labs, ces centres permettent de créer des objets avec des outils comme des imprimantes 3D.

fablabpglo2

L’École Secondaire Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont, de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, en collaboration avec la CRÉ de Montréal, est la première école du Canada a offrir à ses élèves l’accès à ces outils dans un cadre scolaire.

Les élèves du programme de douance en première secondaire ont été les premiers à accéder à une panoplie d’outils qui font rêver.

Il y a les imprimantes 3D comme le MarketBot Replicator, le MarketBot mini, le Ultimaker 2, et le MarkerBot Digitizer (qui scanne les petits objets en 3D).

ultimaker

Il y a aussi une une machine à découper le vinyle, une découpeuse laser, un fraiseur numérique (un outil rotatif sur trois axes permettant de sculpter un bloc de matériau) et une imprimante sur sphère (la machine contrôle un tour rotatif et un crayon-feutre qui trace des lignes et des points sur un objet sphérique).

egg bot

Et il y a aussi un moulin à broder numérique (qui interprète un dessin 2D pour le broder sur un chandail, une casquette, un écusson) et des LittleBits (comme des Lego, mais pour faire des circuits électroniques).

egg bot

À l’aide de ces outils, les élèves ont créé des accessoires en plastique, comme des figurines, des bracelets ou des formes géométriques variées.

egg bot

Façonner la matière

Bien sûr, la vedette d’un atelier de fabrication numérique reste l’imprimante 3D. La simplicité d’utilisation de cette machine permet plus de laisser l’élève agir seul, de se tromper et de recommencer au besoin.

« Le Fab Lab incite l’élève à mobiliser ses connaissances, suscite et fait durer son intérêt pour les sciences et technologies en favorisant l’apprentissage par la pratique, l’utilisation des TIC et le travail collaboratif. » (source)

De nombreux cours peuvent exploiter une imprimante 3D en classe : mathématiques, sciences, architecture, travaux manuels, arts visuels…

Que ces technologies fassent leur entrée dès le secondaire est une occasion inouïe pour des jeunes de s’initier très tôt à l’ingénierie, au design et à l’architecture.

Tous ne deviendront pas ingénieurs ou designers d’objets, mais cette réalité n’est plus seulement accessible à un stade avancé de leurs études.

Dans le monde, il doit bien exister 400 ateliers de fabrication numérique (voir la carte du MIT à l’origine de ce mouvement).

L’atelier de fabrication numérique de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys est conçu sous une forme mobile. Il était, en fait, installé temporairement à l’École Paul-Gérin-Lajoie jusqu’à tout récemment. Il est maintenant à l’École secondaire Cavalier-De LaSalle.

La commission scolaire aura l’appui de L’île du savoir de la CRÉ de Montréal pour tester la forme de mobilité la plus adaptée, l’intérêt  des élèves et les types d’interactions possibles avec les parents et la communauté.

Plus d’information ici sur l’atelier de fabrication numérique de cette commission scolaire.

Sur Triplex, lire l’installation du premier Fab lab au Québec en 2011.

Martin LessardUn Télé-Québec entièrement sur le web?

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 publié le 4 décembre 2014 à 16 h 58

Tiens, tiens. On apprenait ce matin dans La Presse, que l’idée de faire migrer Télé-Québec sur le web, donc de lui faire quitter les ondes, a été envisagée au sein du gouvernement québécois.

Selon la PDG de Télé-Québec, Michèle Fortin, cette migration vers le tout au web serait « l’équivalent d’une fermeture ».

Que la migration totale vers le web soit vécue comme une fermeture relève probablement du syllogisme douteux.

Si la mission de Télé-Québec peut être résumée à « éducation et culture », avec un important volet jeunesse, alors le web est un endroit tout désigné pour rayonner. Ce qui aurait dû générer de la joie.

« La télé est là pour rester »

Mais, au soulagement de la PDG de Télé-Québec, la ministre de la Culture, Hélène David, qui avait, dans un premier temps, déclaré que le virage exclusivement web était à l’étude, s’est ravisée quelques heures plus tard pour affirmer que ce scénario est écarté, toujours selon La Presse.

Pour l’instant, la nouvelle doit être prise comme un coup de semonce.

C’est une mutation qui doit se faire à terme. Télé-Québec doit s’armer d’un volet web au moins aussi fort, sinon plus, que le volet télé.

La culture étant inexorablement vouée à être majoritairement consommée par des canaux numériques, se cantonner à la télé seulement n’est pas viable.

Un « Web-Québec » devra émerger sous une forme ou une autre.

Le rôle de la télé

La possibilité de la disparition de la portion télé génère toutefois une crainte justifiée.

Dans l’offre télévisuelle francophone au pays, où on s’approche de la soixantaine de chaînes de télé, faire perdre à Télé-Québec cette part de marché (même minime), c’est se couper de la tête de la « longue traîne ».

Selon la théorie de la longue traîne, il y a une « queue » et une « tête » de la répartition des produits consommés.

Dans la « queue », la diffusion en ligne fait diminuer, voire disparaître, des coûts de stockage et de distribution d’une kyrielle de produits peu demandés, mais globalement très nombreux.

Mais c’est dans la « tête » qu’on retrouve les quelques produits vedettes les plus recherchés et avec le plus de visibilité.

En télévision, vu son nombre d’heures de diffusion limité par jour, on se retrouve de facto à la tête de la longue traîne de la culture. Pour le reste, il y a tout le web.

Le rôle du web

Le tout-au-web reste toutefois une solution attirante. En évacuant une télévision peu regardée, on peut faire migrer la diffusion entièrement sur web avec plus de portée qu’actuellement.

Le web pourrait devenir autre chose qu’un faire-valoir de la télévision, ce qu’il est actuellement, toujours accroché à la locomotive télévisuelle. On sent donc poindre l’espoir de créer des contenus neufs et actuels dans cette proposition.

Mais il y a une plus grande valeur à conserver les deux volets.

Bien évidemment, la contrepartie de devoir à la fois conserver la télé et développer le web poussera Télé-Québec à revoir toutes ses priorités.

Et une des plus importantes pourrait être d’inverser le pipeline des contenus.

En ce moment, les contenus partent de la télévision vers le web. On peut imaginer le contraire, du web vers la télévision.

La longue traîne des contenus agrégés en ligne pourrait permettre des découvertes, des partages et une visibilité à des contenus qui permettraient, au final, d’acquérir une vitrine sur les ondes.

Dans ce scénario, il est clair que c’est le volet télévision qui aurait la portion congrue.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec ce coup de semonce Télé-Québec n’a pas d’autre choix que de faire entrer le web par la grande porte. Et vite.

Martin LessardLa Francophonie doit investir Wikipédia

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 publié le 1 décembre 2014 à 13 h 40

Je reviens à la charge. La Francophonie a besoin d’investir le monde numérique et la première porte d’entrée toute désignée reste, à mon avis, Wikipédia.

wfr

Une belle occasion se présente et c’est celle de la désignation de la nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Michaëlle Jean « incarne le renouveau et la modernité dont a besoin la Francophonie du 21e siècle », pour reprendre les mots du premier ministre du Canada.

La nouvelle secrétaire générale a dit : « On ne remplace pas Abdou Diouf, on lui succède dans la continuité de son action. » La continuité d’action de M. Diouf, c’est l’action politique. Or, M. Diouf lui-même a dit avoir fait face à une résistance.

« Il y a certaines élites, quand vous leur parlez de la promotion du français, qui vous écoutent poliment, mais qui ne vous entendent pas. » Il parle de la « nouvelle trahison des clercs ».

Si le combat à la tête n’est pas de tout repos, il y a moyen de contourner ces « clercs ». C’est ce que l’univers numérique permet.

Tout à la base

Pour profiter de sa popularité et de sa proximité avec les populations francophones, il me semble que Mme Jean devrait favoriser un déploiement sur le terrain pour contourner ces « clercs ».

Et c’est là que l’idée de soutenir massivement Wikipédia prend tout son sens.

Hier, John Perry Barlow, cofondateur de l’Electronic Frontier Foundation tweetait : « Tous les établissements d’enseignement devraient avoir l’obligation morale de donner 1 % de leur budget et de leur temps à Wikipédia. »

Je ne sais pas si les établissements d’enseignement ont du budget en trop pour Wikipédia, mais ils ont sûrement du temps à y consacrer. L’OIF devrait directement aider la base de la francophonie à prendre une part active dans Wikipédia.

Concrètement, il pourrait s’agir d’une aide directe à la fondation de Wikipédia ou envers des joueurs qualifiés du milieu de l’éducation. Ou les deux. À mon avis, les deux.

Imaginez des milliers d’écoles et de bénévoles spécialisés dans des domaines divers qui investissent l’encyclopédie universelle pour décrire le monde. wfrb Actuellement, le français figure au troisième rang sur Wikipédia, derrière l’anglais et l’allemand.

Sachez que le budget de l’OIF s’élève à environ 100 millions de dollars, dont les 2/3 sont consacrés à ses programmes. Une belle marge de manoeuvre pour passer au premier rang.

Ce patrimoine en construction permanente

L’ancien secrétaire Abdou Diouf a eu l’idée en 2006 de soutenir le Réseau francophone numérique (RFN) dans l’intérêt du rayonnement de la langue française.

Mais ce réseau, appelé au départ Réseau francophone des bibliothèques nationales numériques, ne sert qu’à assurer la présence du patrimoine documentaire francophone sur la toile. Il ne sert pas nécessairement à protéger le savoir et le patrimoine qui se construit devant nos yeux, celui qui se développe à la vitesse grand V en ligne.

Or, il y a deux fois plus d’entrées dans la version anglaise de Wikipédia que dans sa version française. L’anglais offre donc une fenêtre sur le monde actuel beaucoup plus grande que le français.

Mais rien ne justifie cela, car notre langue est suffisamment riche pour décrire tous les phénomènes qui existent, à l’instant même où ils apparaissent.

Si j’étais un Africain curieux du monde et conscient que mon continent sera celui de demain, je m’abreuverais de la langue qui m’ouvre le plus sur le monde. Wikipédia est la première source de référence sur le web, un tremplin vers d’autre connaissance en ligne.

Aujourd’hui, le monde numérique constitue le premier accès à la culture. C’est après qu’on se dirige vers le papier et le patrimoine physique.

Si Mme Jean a sérieusement le français à coeur, elle enverrait tout de suite un signe qu’elle veut miser sur ces millions de francophones pour contourner ces « clercs » que décriait M. Diouf. Car la culture et la langue se jouent dorénavant dans l’univers numérique.

À lire aussi sur le blogue Triplex :

Trois actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

Trois défis numériques pour la francophonie

Francophonie: la grande conversion numérique