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Catherine MathysLa rédemption de Twitter passe par la NFL

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 publié le 5 avril 2016 à 13 h 04

Qui a obtenu les droits de diffusion en ligne pour les matchs de la ligue nationale de football (NFL) en 2016? Twitter. Pas Facebook, pas Amazon, pas Yahoo!, pas Verizon, mais Twitter, ce réseau social plutôt malmené par les temps qui courent. C’est le site de Bloomberg qui a annoncé la nouvelle tôt ce matin.

Ce réseau social étant fréquenté largement par des journalistes, des politiciens ou des vedettes, cette nouvelle devient l’occasion rêvée d’élargir sa base d’abonnés. On pourra donc voir 10 parties en direct, en plus de voir les coulisses de ces grands-messes du sport diffusées sur Periscope.

Une part de la lucrative tarte

Quand on connaît l’importance des cotes d’écoute télévisuelles des parties de la NFL, c’est toute une manche que Twitter vient de remporter. C’est que la NFL est la ligue sportive la plus riche au monde, en particulier grâce à ces droits de diffusion tous médias confondus qui devraient atteindre 7,3 milliards de dollars cette année.

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Bien sûr, vous pourrez toujours regarder le football sur votre bonne vieille télé, pourvu que vous ayez accès à NBC, à CBS ou au réseau NFL. Toutefois, pour la NFL, ce contrat avec Twitter est aussi une façon de joindre les cord-cutters, ces Américains qui sont de plus en plus nombreux à mettre fin à leur abonnement à un service de câblodistribution. Selon une étude citée dans le Wall Street Journal, c’est 21 % des ménages qui refuseront de payer le câble d’ici 2018.

Les parties du jeudi étant moins suivies que celles du dimanche et du lundi, elles deviennent un terreau fertile pour l’expérimentation de nouvelles avenues de diffusion et de nouveaux moyens de faire de l’argent.

La consolidation du rôle de Twitter

Combien Twitter a-t-il déboursé pour cette nouvelle offre de diffusion? Les chiffres n’ont pas été rendus publics, mais on sait que Yahoo! a payé 20 millions de dollars pour une seule partie la saison dernière. Selon le site Re/Code, qui cite des sources anonymes, Twitter aurait cependant bénéficié d’une aubaine. En effet, le réseau n’aurait payé que 10 millions de dollars pour les 10 parties. Ce sont des pacotilles à côté des 450 millions de dollars qu’ont payés CBS et NBC pour les droits de diffusion télé des parties du jeudi.

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Ce nouveau contrat est une façon pour Twitter de consolider son rôle dans la diffusion de contenus en direct. C’est déjà un endroit où les téléspectateurs aiment se rendre pour réagir et discuter en direct d’une émission diffusée à la télévision. Aux États-Unis, la pratique est intégrée à la plupart des émissions; trois émissions sur quatre à heure de grande écoute affichent leur mot-clic en bas de l’image. Le prolongement tout naturel de ce qu’on appelle le « twivage » était la diffusion de ce contenu à même le réseau social. Gageons que Twitter saura faire de nombreux nouveaux adeptes, puisque c’est la première fois qu’on pourra voir un aussi grand nombre de parties de la NFL gratuitement sur Internet.

Catherine MathysNon, les jeunes ne délaissent pas Facebook

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 publié le 31 mars 2016 à 13 h 32

On pensait que Facebook, c’était dépassé pour les jeunes, que c’était devenu le réseau de leurs parents et qu’ils n’en avaient désormais que pour Snapchat ou Instagram. Eh bien c’est faux, selon un nouveau rapport comScore paru hier.

En fait, c’est un rapport exhaustif sur l’évolution des comportements médiatiques aux États-Unis en 2015. En plus des habitudes des jeunes, on en apprend un peu plus sur la façon dont l’ensemble des utilisateurs américains fait usage de chaque type de plateforme.

Pas de grandes surprises en vue, cela dit. La télévision continue sa migration vers un contenu différé, sur demande et en ligne. Le recours au téléphone mobile pour du magasinage et des achats en ligne est de plus en plus fréquent. De plus, près de 50 % du temps des utilisateurs américains alloué à des activités numériques se passe dans des applications mobiles.

Mais revenons aux jeunes.

Quelques surprises sur les milléniaux

Le site Recode a attiré mon attention sur l’étonnant graphique qui présente le taux de pénétration des principaux réseaux sociaux parmi les utilisateurs habituels de 18 à 34 ans. On peut également y voir le temps alloué à chacune des plateformes.

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Disons que ça permet de relativiser le succès de Snapchat, qui paraît souvent connaître une écrasante popularité. En fait, moins de 40 % des jeunes recensés ont un compte. C’est pas mal moins qu’Instagram, fréquenté par plus de 60 % d’entre eux. Ceux qui utilisent Snapchat y passent en moyenne moins de 400 minutes par mois. Donc, ceux qui y sont y sont très souvent. C’est plus que tous les autres réseaux recensés (Instagram, Tumblr, Pinterest, Twitter, Vine, etc.), mais encore une fois, c’est largement moins que Facebook.

Autre surprise. Parmi les réseaux où les jeunes de 18-34 ans se trouvent en plus grand nombre, on compte Facebook, comme je l’ai déjà mentionné, puis Instagram, Twitter et LinkedIn. Dans cet ordre-là. Il y a donc plus de jeunes sur Twitter (plus de 50 %) que sur Pinterest (plus de 40 %), Snapchat (moins de 40 %) ou encore Vine (20 %). Bien sûr, ils y sont sans beaucoup les utiliser, on s’entend. On parle de moins de 200 minutes par mois pour tous les réseaux, sauf Snapchat, Instagram et Facebook.

Et les plus vieux?

Dans le tableau suivant, on voit toujours la domination de Facebook. En effet, les utilisateurs d’Internet de plus de 35 ans utilisent massivement le réseau de Zuckerberg, avec un taux de pénétration de plus de 90 % et une moyenne de 900 minutes par mois.

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Tous les autres réseaux se situent en dessous de 200 minutes par mois. Après Facebook, les réseaux les plus populaires sont LinkedIn et Twitter. Le moins populaire chez les 35 ans et plus? Snapchat. C’est bien connu, les plus vieux n’y comprennent rien. D’ailleurs, ce genre de petit guide pour utilisateurs plus vieux que 30 ans est répandu sur le web. Et vous, avez-vous déjà fait l’essai de Snapchat?

 

À défaut de trouver l’âme sœur, Tinder, la populaire application de rencontres, offre maintenant la possibilité de trouver son candidat présidentiel. Brillant! Les jeunes Américains peuvent maintenant, grâce à une nouvelle fonction, glisser le pouce à droite ou à gauche selon leur avis sur le mariage gai ou la peine de mort, par exemple.

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Pour chacun des 10 sujets présentés, on propose un petit résumé informatif, dans le but de faire un choix plus éclairé. Une fois les 10 thématiques passées en revue, l’application indiquera aux utilisateurs le candidat présidentiel qui représente le mieux leurs opinions personnelles. Ils pourront aussi savoir comment ces dernières se situent par rapport aux autres candidats. Un peu comme notre boussole électorale qui nous indique où l’on se situe par rapport à tous les partis.

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Pour mettre au point cette opération de charme politique auprès des milléniaux, Tinder s’est associée à l’organisme à but non lucratif Rock the Vote, qui vise à inciter les jeunes à voter.

La technologie derrière « Swipe the Vote » n’est pas nouvelle. En fait, c’est exactement ce que fait déjà l’application Voter qui n’a d’ailleurs pas hésité à s’associer à Tinder pour avoir accès à cette masse de jeunes qui utilisent déjà l’application de rencontres. On avait commencé à voir le potentiel de Tinder dans la course électorale quand des partisans de Bernie Sanders et de Marco Rubio leur avaient créé des profils. Cette initiative-ci, plus structurée, amène véritablement la politique sur le terrain de jeu des milléniaux. Et si, pour les intéresser à la politique, il suffisait d’aller là où ils se trouvent?

Depuis plusieurs semaines, on voit Apple monter au front pour protéger nos données. En effet, vous avez sûrement entendu parler de cette demande du FBI qui souhaite qu’Apple mette au point un logiciel capable de déverrouiller les iPhone. La requête a été formulée pour accéder aux données contenues dans l’iPhone du tueur de San Bernardino. Maintenant, on apprend que le FBI pourrait accéder aux données sans passer par Apple.

Edward Snowden n’est pas surpris.

Every credible expert knew there were alternative means. That #FBI went so far on so little demonstrated a disregard of facts: bad faith.

— Edward Snowden (@Snowden) 22 mars 2016

Il semble donc que Tim Cook se soit battu pour rien. Pas seulement parce que le FBI n’avait finalement pas vraiment besoin de lui pour arriver à ses fins, mais surtout parce que la sécurité de nos données ne nous importe pas tant que ça, au fond.

La sécurité? Bof.

Un sondage Reuters et Ipsos, mené entre le 11 et le 16 mars auprès de 1703 Américains, indique qu’un seul Américain sur 10 estime que des questions de sécurité, comme le chiffrement des données ou la protection des mots de passe, sont le critère le plus important à l’achat d’un téléphone. C’est plutôt la performance et le prix qui intéressent les consommateurs.

Quand on leur pose la question de la confiance qu’ils accordent aux diverses grosses entreprises qui gèrent leurs données, Apple ne bénéficie pas d’une vague de sympathie, contrairement à ce qu’on aurait pu penser. Environ 60 % des répondants au sondage ont indiqué faire confiance à Apple pour la protection de leurs données. C’est le même résultat quand on pose la question à propos de Google, d’Amazon ou de Microsoft.

People gather at a small rally in support of Apple's refusal to help the FBI access the cell phone of a gunman involved in the killings of 14 people in San Bernardino, in Santa Monica

 

Les cancres : Facebook et Yahoo

Les deux entreprises auxquelles on semble accorder moins de confiance sont Facebook et Yahoo. Respectivement 39 % et 44 % des répondants font confiance à ces plateformes tentaculaires pour protéger leurs données. Il faut dire que, malgré le discours officiel de ces entreprises axé sur la sécurité, de nouvelles failles de sécurité font toujours surface. Voici la dernière en liste sur Facebook, trouvée par Anand Prakash, un chercheur en cybersécurité, qu’il a dévoilée dans un billet de blogue intitulé « Comment j’aurais pu pirater tous les comptes Facebook ».

Ce genre de publicité négative semble avoir des conséquences. Mais l’inverse n’est pas forcément vrai. La levée de boucliers d’Apple n’aura finalement pas eu un réel effet positif sur l’image de l’entreprise. La bataille médiatisée autour de la demande du FBI n’en aura pas fait une compagnie exemplaire à ce chapitre, aux yeux des consommateurs.

C’est Snowden qui doit être bien découragé qu’on accorde si peu d’importance à la sécurité de nos téléphones. La surveillance? Oui, et après?

Catherine MathysLogiciels libres 101

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 publié le 17 mars 2016 à 16 h 58

Ces jours-ci, Richard Stallman, un des pionniers du mouvement du logiciel libre, est au Québec. Je me suis dit que l’occasion était belle de rappeler les origines d’un tel mouvement et son importance dans l’évolution d’Internet. Le livre d’André Mondoux, Histoire sociale des technologies numériques, résume bien le contexte qui l’a vu naître.

L’origine du logiciel libre

Au départ, le logiciel libre est né pour riposter à la commercialisation d’Internet. En 1979, AT&T décide de commercialiser le système d’exploitation UNIX, ce qui signifie que non seulement on ne pourra plus le déconstruire, mais qu’on ne pourra plus le distribuer sans payer une licence. Il faudra désormais l’acheter à AT&T, et cela ne fait pas l’affaire de bien des gens. Il faut savoir que jusque-là, le système d’exploitation UNIX était distribué gratuitement. Il était donc bien apprécié des bidouilleurs (hackers) qui pouvaient le modifier selon leurs besoins et intérêts.

Dans son livre, André Mondoux fait état de la grogne que ce changement suscite : « Le vieux dilemme refait surface : l’information (ici le système d’exploitation) doit-elle circuler librement au service de la communauté ou doit-elle être vendue comme tout produit commercial protégé par des brevets et des licences d’utilisation? » (Mondoux, 2011, p. 101)

L’apparition du Minix

En 1984, le professeur Andrew S. Tanenbaum de l’Université libre d’Amsterdam s’inspire d’UNIX pour développer le Minix. Ce nouveau système d’exploitation en code source libre, commercialisé deux ans plus tard, connaît un succès retentissant. C’est ce qui va inspirer un étudiant finlandais, Linus Torvald, à créer le système d’exploitation Linux en 1991. Il souhaite une technologie qui peut être déconstruite au bon vouloir de ses utilisateurs. « Il ne suffit plus d’avoir son ordinateur (personnel), désormais il faut un système d’exploitation entièrement personnalisable, indépendant de toute autorité. » (Mondoux, 2011, p. 141)

Mais les efforts de Torvald ont été grandement facilités par le GNU, un projet mis au point par Richard Stallman.

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Free, ça veut dire libre ou gratuit?

En 1983, Richard Stallman, un bidouilleur de la première vague issue du MIT (Massachusetts Institute of Technology), crée le GNU, qui signifie GNU’s Not UNIX. Il se base sur une politique d’utilisation qui mise sur le droit d’employer, de modifier et de distribuer le programme sans aucune restriction. En 1985, il crée la Free Software Foundation (FSF) qui fait la promotion du logiciel libre, de la liberté d’expression et de la libre circulation. (Mondoux, 2011, p. 102)

Mais tout n’est pas rose au royaume du logiciel libre. Et il faut s’entendre sur les termes. Un autre bidouilleur, Eric S. Raymond, voit les choses bien différemment de Stallman. « Selon Raymond, le terme free ne veut pas nécessairement dire gratuit : il est possible de respecter l’éthique d’un code source ouvert, libre (free) tout en adoptant des stratégies commerciales capitalistes. La mise en vente est acceptable dans la mesure où les revenus servent à défrayer les services afférents (manuel, formation, soutien, etc.) à l’utilisation du logiciel. » (Mondoux, 2011, p. 149)

Une guerre ouverte

C’est dans cet esprit qu’est fondée, en 1998, l’Open Source Initiative (OSI) vouée à la promotion des logiciels en code source ouvert. Plusieurs entreprises emboîtent le pas. C’est le cas de Corel (WordPerfect) ou encore de Sun Microsystems (Solaris) (Mondoux, 2011: 150). De plus en plus de fabricants de périphériques, et non les moindres, comme IBM, s’associent au mouvement pour des raisons économiques. Évidemment, le fait de confier une partie du travail aux bidouilleurs programmeurs réduit leurs coûts tout en polissant leur image.

La guerre est déclarée entre l’OSI et la FSF de Stallman. Pendant qu’une frénésie s’installe autour du logiciel ouvert, Stallman sent les principes fondateurs trahis. Et 33 ans après la création de GNU, il poursuit sa croisade. On comprend peut-être mieux maintenant ce qu’il veut dire quand il a mentionné au Devoir cette semaine qu’il fallait éradiquer Facebook pour sauver la démocratie : « Impossible de vivre libre dans des environnements où la socialisation et où l’informatique sont assujetties à des entreprises privées qui balisent les activités humaines avec des logiciels privateurs ou avec des services dont les codes et les intentions sont gardés secrets. »