Martin LessardQue nous ont apporté les 16 premières années du 21e siècle?

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 publié le 29 mars 2016 à 17 h 05

Dans le dernier numéro du magazine Nouveau projet, le rédacteur en chef, Nicolas Langelier, nous a offert une réflexion sur l’état du monde.

Un passage, presque un aparté anecdotique, a retenu mon attention. Le sujet principal de son article porte sur autre chose. Voilà pourquoi j’ai été surpris de lire au milieu de son texte :

« […] déjà 16 années écoulées dans ce 21e siècle qui promettait tant, mais qui a si peu donné (en 1916, le 20e siècle avait déjà inventé la psychanalyse, la physique quantique, le cubisme, le fauvisme, le futurisme, le dadaïsme, la radio, l’impression offset, la génétique, la salle de cinéma, la relativité, le Model T et l’avion) […] »

Dans ce passage, en marge de son idée principale, il dit que les années 1900 auraient tenu leurs promesses, mais pas les années 2000.

Je profite de l’occasion pour explorer cette question  : que nous a apporté les 16 premières années du 21e siècle?

J’ai l’impression que les innovations des dernières années restent trop souvent dans l’angle mort des observateurs d’aujourd’hui. Sinon, pourquoi Nicolas Langelier aurait-il comparé avec autant d’assurance les deux époques sur le plan des avancées scientifiques, technologiques et industrielles?

Côté technologique, je crois que nous pouvons dire que le 21e siècle nous en donne pour notre argent.

L’herbe d’hier est toujours plus verte que celle d’aujourd’hui

Il va sans dire que les innovations de 1900 à 1916 sont impressionnantes.

  • La psychanalyse, la génétique, la physique quantique et la relativité ont changé à tout jamais notre rapport au monde.
  • Le cubisme, le fauvisme, le futurisme, le dadaïsme sont des mouvements qui ont créé une réelle rupture avec l’art classique.
  • L’impression offset, la salle de cinéma et la radio ont provoqué une révolution en communication.
  • La Ford T et l’avion sont des innovations indéniables en transport.

À bien des égards, cette époque a été très féconde. Pourtant, les parallèles avec la nôtre ne manquent pas.

Nous n’avons pas 100 ans de recul pour juger ces parallèles, mais des avancées récentes dans de nombreux domaines semblent tout aussi prometteuses.

Ce qui change

Pour ne citer que quelques avancées, voici cinq pistes explorées de 2000 à 2016 :

– Génétique : CRISPR. Pour une fraction du prix et du temps habituels, il est possible de modifier le patrimoine génétique d’être vivant avec une précision inégalée. Surnommé le copier-coller de l’ADN, l’outil permet d’enrayer les maladies génétiques ou d’altérer un génome pour augmenter une résistance à des virus. Lire La modification de l’ADN à la portée de tous, dans la revue La Recherche.

– Analyse statistique : Big Data. Les mégadonnées permettent dans certains domaines de traiter une quantité massive d’information mieux que le ferait un humain. Déjà à la Bourse, des actions s’échangent en une fraction de seconde. Les grandes plateformes web personnalisent les flux de données en temps réel pour une portion non négligeable de l’humanité en ligne. Lire Nous étudions de nouveaux objets scientifiques, une interview de Luc Blondel dans La Recherche.

– Voiture autonome : Les conducteurs de camions et les taxis feront-ils le poids longtemps devant un parc de véhicules autonomes capables de se rendre à bon port sans  intervention? Lire Les voitures autonomes arrivent au Canada, de Maxime Johnson.

– Intelligence artificielle : Deep Learning. L’apprentissage profond par réseaux neuronaux artificiels a décuplé la capacité de reconnaissance automatique audiovisuelle des capteurs. Cette intelligence viendra équiper nos objets, nos voitures, nos robots de demain. La montée en puissance des ordinateurs a redonné un second souffle aux recherches à un point tel qu’on parle de printemps de l’intelligence artificielle. Lire Comment le « deep learning » révolutionne l’intelligence artificielle, dans Le Monde.

– La réalité virtuelle ou augmentée : le studio Felix & Paul est notre studio Méliès d’aujourd’hui. Au-delà du divertissement (on associe la réalité virtuelle au cinéma et au jeu), les environnements immersifs touchent aussi nos relations de travail, nos relations sociales et même la santé. Lire La réalité virtuelle révolutionne l’expérience client, dans Les Échos.

On pourrait soutenir que ces technologies reposent sur les épaules des géants et qu’elles sont une continuité de ce qui se fait depuis 100 ans. Je laisserai au rédacteur en chef de Nouveau projet dans 100 ans en décider.

Mais regardons, avant de conclure trop vite, cette invention de Microsoft, l’« holoportation ».

Holoportation

Si la physique quantique nous a présenté une réalité physique à laquelle nous ne nous attendions pas du tout – même 100 ans après -, que penser de l’holoportation, qui nous promet de nous entourer d’images de synthèse en temps réel?

Expliquer l’holoportation à quelqu’un aujourd’hui, c’est comme expliquer la radio, le cinéma et l’avion à quelqu’un hier.

Avant d’imaginer ce que ces inventions auront comme répercussions dans l’avenir, nous les voyons simplement comme un passe-temps pour de jeunes passionnés. Il faut voir plus loin.

Comme le disait un animateur de radio récemment, « j’ai entendu la chronique techno de Matthieu Dugal, et c’était assez… technologique ». Avoir le nez collé sur l’antenne wi-fi, c’est perdre de vue la forêt des changements qui s’annoncent. Ajoutez 100 ans de développement technologique. Serons-nous dans le même monde? Voilà la question.

Grâce à la miniaturisation, les éléments du système d’holoportation devraient se fondre dans notre décor. Comme le téléphone ou Skype, l’holoportation comblera potentiellement un besoin social qui reste à définir. Peut-on imaginer, avec la masse de données enregistrées, jumelées à l’intelligence artificielle, que notre double virtuel puisse nous survivre dans l’holoportation?

Dans 100 ans

Ces innovations dépassent toujours la simple prouesse technologique et leurs répercussions changent le cours de l’histoire. Nos relations sociales ne sont plus les mêmes. Les conditions de vie changent, notre compréhension du monde aussi. Pensons seulement à ce que 25 ans de web ont fait à notre société.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas différent de ce qui se passait il y a 100 ans. Il nous manque certes du recul pour juger, mais il ne manque pas de candidats pour affirmer que le futur s’écrit aujourd’hui au présent.

Voilà déjà 16 années d’écoulées dans ce siècle qui promettait si peu, mais qui a pourtant tant donné!

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