Martin LessardPourquoi Google chercherait-elle à vendre Boston Dynamics?

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 publié le 18 mars 2016 à 13 h 58

La rumeur est apparue hier sur le très sérieux site de Bloomberg News : Alphabet (la maison mère de Google) s’apprêterait à vendre la compagnie Boston Dynamics, qu’elle a achetée il y a trois ans. Si la rumeur se confirme, c’est toute une surprise. Trois raisons semblent expliquer cette vente rapide.

Boston Dynamics est cette firme spécialisée en robotique dont les vidéos sur YouTube font à la fois rêver et faire des cauchemars. Voici la dernière vidéo, visionnée 12,4 millions de fois :

Les robots, pas rentables?

La raison invoquée pour mettre en vente la firme, c’est que la filiale « ne génère pas de profits ». En soi, venant de Google, qui nous a habités à des projets ambitieux sans retour sur investissement prévisible, le fait de reprocher ça à Boston Dynamics nous met la puce à l’oreille.

Il est vrai que Boston Dynamics a perdu récemment un contrat juteux avec la Marine américaine. Mais c’est une surprise de voir Alphabet invoquer l’argent comme raison pour abandonner la filiale. « Nous devons générer des revenus pour couvrir les dépenses » , explique Jonathan Rosenberg, de Google.

Amazon et Toyota seraient intéressés par l’offre, mais la perspective « de ne pas générer de profits » ne semble pas les déranger.

Mésententes entre ingénieurs?

L’autre raison que Bloomberg News invoque pour expliquer cette mise en vente laisse suggérer une incompatibilité entre les cultures d’entreprise de Boston Dynamics et de Google. La filiale n’aurait jamais réussi son intégration avec le reste de l’équipe des ingénieurs de Google.

Dans la foulée de l’acquisition de Boston Dynamics, Google avait engagé de nombreux ingénieurs pour développer une division robotique interne appelée Replicant (oui, oui, comme dans Blade Runner). La tension n’a cessé de grandir entre les deux équipes.

Tout récemment, Replicant a été transférée du côté de Google X, la filiale des projets ambitieux (comme la voiture autonome), mais pas Boston Dynamics.

Mais la bisbille entre les divisions n’explique pas tout.

La vidéo de la bête!

La vidéo qui a circulé plus tôt cette année (voir plus haut) a probablement joué un grand rôle dans la décision de mettre en vente Boston Dynamics.

Cette vidéo a suscité la crainte d’une « montée des robots » — destinés, comme tout le monde sait, à nous dominer comme dans Terminator.

Google chercherait à se distancier des avancés des robots humanoïdes en raison de la réception négative de la part du grand public.

Cette peur, tout de même légitime, remonte à Frankenstein dans l’imaginaire populaire et a été entretenue par Hollywood.

La devise de Google est « Don’t be evil » (« Ne soyez pas malveillants »). « Il est possible de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable », est-il écrit au point 6 de la philosophie d’entreprise de Google.

Mais le diable semble être Boston Dynamics, qui en train de construire la « bête ». Les vidéos de leurs robots à deux ou quatre pattes montrent une autonomie d’action qui renforce cette peur auprès du grand public.

Google préfère éviter d’attiser la crainte en se dissociant des ingénieurs de Boston Dynamics, qui ne comprennent pas que le public a peur de ce qu’il voit, mais pas de ce qu’il ne voit pas. Google veut, en fait, éviter l’amalgame que le public pourrait faire avec l’ensemble de ces autres produits.

Le robot de Boston Dynamics peut faire peur, certes, mais personnellement, j’ai plus peur de ces machines virtuelles derrière les murs étanches des grands centres de données qui nous épient.

La victoire d’AlphaGo la semaine dernière en est un exemple. L’intelligence artificielle donne un pouvoir énorme à celui qui la contrôle.

Une intelligence artificielle développée par de grandes firmes est invisible, inodore et indolore. Mais il n’est pas moins inquiétant qu’un robot humanoïde. Et il est, en fait, encore plus puissant.

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