Catherine MathysLogiciels libres 101

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 publié le 17 mars 2016 à 16 h 58

Ces jours-ci, Richard Stallman, un des pionniers du mouvement du logiciel libre, est au Québec. Je me suis dit que l’occasion était belle de rappeler les origines d’un tel mouvement et son importance dans l’évolution d’Internet. Le livre d’André Mondoux, Histoire sociale des technologies numériques, résume bien le contexte qui l’a vu naître.

L’origine du logiciel libre

Au départ, le logiciel libre est né pour riposter à la commercialisation d’Internet. En 1979, AT&T décide de commercialiser le système d’exploitation UNIX, ce qui signifie que non seulement on ne pourra plus le déconstruire, mais qu’on ne pourra plus le distribuer sans payer une licence. Il faudra désormais l’acheter à AT&T, et cela ne fait pas l’affaire de bien des gens. Il faut savoir que jusque-là, le système d’exploitation UNIX était distribué gratuitement. Il était donc bien apprécié des bidouilleurs (hackers) qui pouvaient le modifier selon leurs besoins et intérêts.

Dans son livre, André Mondoux fait état de la grogne que ce changement suscite : « Le vieux dilemme refait surface : l’information (ici le système d’exploitation) doit-elle circuler librement au service de la communauté ou doit-elle être vendue comme tout produit commercial protégé par des brevets et des licences d’utilisation? » (Mondoux, 2011, p. 101)

L’apparition du Minix

En 1984, le professeur Andrew S. Tanenbaum de l’Université libre d’Amsterdam s’inspire d’UNIX pour développer le Minix. Ce nouveau système d’exploitation en code source libre, commercialisé deux ans plus tard, connaît un succès retentissant. C’est ce qui va inspirer un étudiant finlandais, Linus Torvald, à créer le système d’exploitation Linux en 1991. Il souhaite une technologie qui peut être déconstruite au bon vouloir de ses utilisateurs. « Il ne suffit plus d’avoir son ordinateur (personnel), désormais il faut un système d’exploitation entièrement personnalisable, indépendant de toute autorité. » (Mondoux, 2011, p. 141)

Mais les efforts de Torvald ont été grandement facilités par le GNU, un projet mis au point par Richard Stallman.

stallman

Free, ça veut dire libre ou gratuit?

En 1983, Richard Stallman, un bidouilleur de la première vague issue du MIT (Massachusetts Institute of Technology), crée le GNU, qui signifie GNU’s Not UNIX. Il se base sur une politique d’utilisation qui mise sur le droit d’employer, de modifier et de distribuer le programme sans aucune restriction. En 1985, il crée la Free Software Foundation (FSF) qui fait la promotion du logiciel libre, de la liberté d’expression et de la libre circulation. (Mondoux, 2011, p. 102)

Mais tout n’est pas rose au royaume du logiciel libre. Et il faut s’entendre sur les termes. Un autre bidouilleur, Eric S. Raymond, voit les choses bien différemment de Stallman. « Selon Raymond, le terme free ne veut pas nécessairement dire gratuit : il est possible de respecter l’éthique d’un code source ouvert, libre (free) tout en adoptant des stratégies commerciales capitalistes. La mise en vente est acceptable dans la mesure où les revenus servent à défrayer les services afférents (manuel, formation, soutien, etc.) à l’utilisation du logiciel. » (Mondoux, 2011, p. 149)

Une guerre ouverte

C’est dans cet esprit qu’est fondée, en 1998, l’Open Source Initiative (OSI) vouée à la promotion des logiciels en code source ouvert. Plusieurs entreprises emboîtent le pas. C’est le cas de Corel (WordPerfect) ou encore de Sun Microsystems (Solaris) (Mondoux, 2011: 150). De plus en plus de fabricants de périphériques, et non les moindres, comme IBM, s’associent au mouvement pour des raisons économiques. Évidemment, le fait de confier une partie du travail aux bidouilleurs programmeurs réduit leurs coûts tout en polissant leur image.

La guerre est déclarée entre l’OSI et la FSF de Stallman. Pendant qu’une frénésie s’installe autour du logiciel ouvert, Stallman sent les principes fondateurs trahis. Et 33 ans après la création de GNU, il poursuit sa croisade. On comprend peut-être mieux maintenant ce qu’il veut dire quand il a mentionné au Devoir cette semaine qu’il fallait éradiquer Facebook pour sauver la démocratie : « Impossible de vivre libre dans des environnements où la socialisation et où l’informatique sont assujetties à des entreprises privées qui balisent les activités humaines avec des logiciels privateurs ou avec des services dont les codes et les intentions sont gardés secrets. »

 

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