Catherine MathysViceland : du web à la télé

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 publié le 1 mars 2016 à 15 h 53

C’est une transition que la plupart des médias effectuent dans l’autre sens. Les médias traditionnels s’affichent sur le web, mais maintiennent leur première voie de diffusion, puisque c’est encore là que se trouvent 75 % des revenus publicitaires. Le groupe Vice l’a bien compris. C’est pour ça qu’il a lancé sa propre chaîne télé, Viceland, en ondes depuis hier.

Du papier à la télé en passant par le web

Tout a commencé en 1994. Avec l’argent reçu d’un programme de réinsertion professionnelle, Suroosh Alvi et Gavin McInnes fondent The Voice of Montreal, un journal mensuel gratuit. Le marché est déjà saturé avec d’autres journaux bien établis, comme Mirror, The Hour et Voir. Toutefois, le duo, devenu trio avec Shane Smith, s’accroche et le magazine devient Vice en 1996, un vecteur important de la contre-culture.

Tout n’est cependant pas gagné et la croissance du jeune média atteint rapidement sa limite à la fin des années 90. Le millionnaire montréalais Richard Szalwinski achète 25 % des parts de l’entreprise, qu’il évalue à 1 million de dollars. Il convainc les fondateurs de déménager leurs activités à New York pour devenir l’empire multiplateforme dont il rêvait.

Quand la vidéo devient virale 

Le moment décisif est arrivé en 2006, avec le DVD Vice Guide to Travel, issu d’un contrat avec la chaîne MTV. On y trouve une compilation de courtes vidéos, dont une où l’on voit Alvi dans un marché noir d’armement au Pakistan. Quand cette vidéo arrive sur le web, elle devient virale. C’est là que les fondateurs ont une révélation. Le web est la voie à suivre.

En 2010, une entente avec le site web de CNN scelle leur identité. Vice fait bel et bien de la nouvelle, mais autrement. Mais n’allez pas croire qu’ils abandonnent le papier. Au contraire, le magazine continue d’être publié et –attention– d’être rentable.

Un média qui roule sur l’or

Je sais, les mots rentable et médias sont rarement dans la même phrase, ces temps-ci. Vice fait véritablement figure d’exception dans une industrie en profond changement. La valeur de l’entreprise est évaluée à 4 milliards de dollars et les investissements continuent de pleuvoir depuis quelques années. Rupert Murdoch, avec la 21st Century Fox, a investi 70 millions en 2013 contre 5 % des parts; A&E avec Technology Crossover Ventures ont investi 250 millions de dollars chacune contre 10 % en 2014; Disney aussi a voulu participer à l’aventure en offrant 400 millions de dollars contre 10 % des parts.

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Et Viceland?

Sur 30 émissions, 10 seront produites par Vice Canada. On y verra notamment Terror, une visite des territoires djihastes du Moyen-Orient, Cyberwar, qui analyse des menaces en ligne, Rise, qui traite des enjeux liés aux communautés autochtones, etc.

Dans cet article de The Gazette, Alvi ne cache pas sa grande confiance en soi (je traduis librement) : « Si le réseau fonctionne bien, sans vouloir manquer de modestie, il deviendra un phénomène culturel global. » Ça manque en effet de modestie, mais certainement pas de vision et d’ambition. Et il fallait en avoir en 1994 pour arriver jusqu’ici. Ce média est devenu l’un des repères médiatiques de choix pour la génération des milléniaux, si chère aux publicitaires.

On a bien hâte de voir la suite dans notre bonne vieille télé.

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