Martin LessardLe multitâche : mauvais, mais pas tout le temps

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 publié le 22 février 2016 à 13 h 59

On dit qu’une personne fait du multitâche quand elle fait plusieurs choses en même temps. Comme marcher et mâcher de la gomme. Ou, pour rester dans le sujet qui nous intéresse : lire des courriels, répondre au téléphone et écouter Netflix en même temps.

Dans une étude de 2014, nous rappelle la BBC, des chercheurs ont constaté que la très grande majorité des adultes utilisent en moyenne deux heures par jour deux types de médias simultanément.

La combinaison la plus fréquente étant la télévision et le téléphone. Des recherches montrent que le multitâche est en partie une question de préférence. Certains préfèrent une tâche à la fois, d’autres aiment bien démarrer une série de tâches en parallèle.

Pourtant, le multitâche a une bien mauvaise réputation. Et pas tout à fait à tort.

Monomaniaque du polychronique?

Guanyin assise sur le lotus

(CC) Dalbéra

L’anthropologue Edward T. Hall avait, dès 1959, introduit les termes monochronique et polychronique pour distinguer les différentes cultures.

Dans les cultures occidentales, dit-il, la pensée fonctionne selon un schéma linéaire par lequel un effet entraîne une cause.

Les cultures monochroniques ont une vue linéaire du temps. Elles accordent de l’importance à la ponctualité et gèrent les événements selon un horaire à respecter.

Les cultures polychroniques poursuivent un autre rythme. Les tâches sont réalisées en séquences, et non pas selon l’horloge.

Mais si ce découpage explique certains comportements, nous sommes en droit de nous demander si le multitâche, dans notre ère de surabondance technologique, ne relève pas d’un tout autre phénomène.

Si nous étudions avec deux écrans branchés sur YouTube et sur la télévision en même temps, est-ce vraiment efficace?

Le problème de l’attention résiduelle

Quand nous quittons notre courriel pour lire du coin de l’oeil une notification de Facebook, une petite partie de notre attention est encore concentrée sur la tâche précédente.

À chaque va-et-vient, une partie de cette attention résiduelle reste attachée à la tâche laissée en plan.

L’attention résiduelle est comme une fuite dans notre « réservoir d’attention ». Nos performances cognitives décroissent à mesure que le nombre de tâches en simultané augmente.

En général, dès que nous faisons deux tâches en même temps, nous sommes plus lents et moins précis.

Le multitâche est plus difficile lorsque les tâches se ressemblent (parler au téléphone et écrire un courriel), et moins difficile quand elles sont différentes (parler au téléphone et jouer à Candy Crush).

Mais nous ne sommes pas tous pareils. 2 % d’entre nous semblent être capables de faire du multitâche sans que cela nuise à leur performance cognitive.

Alors, pourquoi autant de gens s’adonnent-ils à cet art étrange du multitâche? (Demandez-vous ce que vous êtes en train de faire en même temps que lire ces lignes).

Au pays des distractions

Une étude montre qu’en fait, nous commençons une nouvelle tâche sans terminer la précédente en grande partie parce que nous n’avons pas la possibilité ou la volonté de bloquer les distractions.

Par réflexe, nous nous mettons à répondre au téléphone, à lire un texto ou à laisser des commentaires sur Facebook. Et hop, nous voilà en train de faire une autre tâche!

Selon une autre étude, plus une personne se pense capable de jongler avec le multitâche, moins elle réussit quand elle est soumise à des tests en laboratoire (mémoriser une liste de mots tout en résolvant des problèmes mathématiques).

Et pourtant, une autre étude montre, au contraire, qu’il existe une corrélation positive entre le multitâche et la capacité d’intégrer rapidement des stimulus audiovisuels.

Il semble que le multitâche développe chez la personne une faculté de traiter plus rapidement les stimulus audiovisuels. Dans certaines occasions, surtout lors de tâches non stressantes et créatives, c’est même plutôt positif.

En fait, comme le résume un article dans Forbes, tant et aussi longtemps que la même partie du cerveau n’est pas utilisée par une tâche, ce n’est pas un problème.

Alors, le multitâche, est-ce bon ou mauvais?

À moins de faire partie de ces 2 %  de chanceux, une tâche unique à faire, surtout dans un environnement stressant, reste la méthode la plus efficace. En conduisant par exemple, ou pour des livrables.

Mais pour les tâches créatives, laissons-nous aller.

Entre les deux, la modération a bien meilleur goût.

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