Martin Lessard« Chérie, j’ai planté Wikipédia à côté des choux »

Par

 publié le 2 février 2016 à 12 h 27

Les meilleurs disques durs actuels, archivés dans les meilleures conditions, peuvent conserver quelques téraoctets de données pendant 50 ans.

L’ADN peut conserver des centaines de milliers de téraoctets d’information pendant plus de 2000 ans.

L’ADN serait-il une façon économique et écologique d’archiver nos données numériques dans le futur?

Tu me racontes des salades!

Une chercheuse slovène a démontré récemment qu’il était possible de stocker l’information dans l’ADN d’une plante de tabac (Nicotiana benthamiana).

On pourrait remplacer des centres de données énergivores par des jardins verdoyants! L’image fait rêver. Imaginez! Vous décrochez une feuille de la plante et un simple fragment suffit pour accéder à l’encyclopédie Wikipédia ou à toutes les sonates de Beethoven.

Dans une vidéo publiée récemment, elle explique la percée dans ce domaine :

Stocker des données dans l’ADN n’est plus de la science-fiction. Mais ce qui est encore de la science-fiction, c’est bien d’avoir un tel centre de données végétal dans sa propre cour.

Il reste encore bien des embûches avant de réaliser ce rêve à grande échelle. Mais dans les laboratoires, c’est déjà possible.

De génération en génération

L’expérience faite par cette chercheuse slovène montre que tous les descendants de la plante possèdent le message qui a été introduit dans l’ADN de celle-ci. Le message a été correctement décodé chez tous les descendants.

Pour être plus précis, le message a été cloné dans le plasmide d’une cellule de tabac. Le plasmide est une molécule d’ADN distincte de l’ADN chromosomique et capable de réplication autonome. Le plasmide joue ici le rôle d’une clé USB que la cellule trimbale dans ses poches et qu’elle copie d’une génération à l’autre.

La preuve de concept est donc faite : coder l’ADN d’une plante est aussi fiable que d’enregistrer des données sur les disques durs actuels et offre une bien meilleure protection naturelle.

Et c’est beaucoup plus durable! Il est question ici d’une durabilité de plusieurs centaines d’années sans aucune maintenance particulière.

Ces archives que l’on se doit de conserver

Pour comprendre l’intérêt de son approche, il faut savoir que les précédents essais en laboratoire des autres chercheurs portaient principalement sur de l’ADN synthétique.

Produire de multiples copies de cet ADN synthétique coûte encore cher.

On estime le coût à environ 12 000 $ le Mo pour encoder l’information, et à 200-500 $ le Mo pour le décoder.

Par contre, l’ADN d’une plante est en mode lecture seulement.

Encoder des données dans l’ADN d’une plante sera surtout une solution pour l’archivage des données à long terme en lecture seulement.

Par exemple :

  • Archives légales des gouvernements;
  • Données ouvertes ou du domaine public;
  • Données scientifiques ou statistiques;

Stocker de volumineuses données sur autre chose qu’un nuage informatique polluant est déjà, en soi, une promesse intéressante qui justifie qu’on explore la voie de l’encodage dans l’ADN.

Semer la connaissance à tout vent

Qui serait intéressé par une telle technologie sur des graines de semence? Il me semble que les bibliothèques ont tout intérêt à utiliser cette technologie en premier.

Une bibliothèque pourrait numériser sa collection complète une bonne fois pour toutes et ne plus être obligée de changer de technologie tous les 25 ans.

Les archives pourraient être numérisées et déposées dans l’ADN d’une semence d’une plante. De telles plantes pourraient être cultivées dans plusieurs plantes qui supporteraient divers climats.

Les bibliothèques du futur ne seraient pas plus grosses que des cafés et il pourrait en avoir à tous les coins de rue.

On y trouverait des postes de consultation, un peu comme les postes de microfiches actuellement, mais ces postes feraient du séquençage en temps réel de l’ADN.

Ces postes serviraient d’accès aux archives de l’humanité. Et ça, ça fait rêver.

Environnement, Futur