Maxime JohnsonWaze: au-delà de l’application

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 publié le 29 janvier 2016 à 11 h 40

waze

Comme certaines autres applications mobiles, le service de navigation Waze bénéficie d’un cercle vertueux : plus il y a d’utilisateurs qui se servent du système, plus celui-ci est efficace. Ceci lui permet ensuite d’attirer encore plus d’utilisateurs, tout en rendant de plus en plus difficile pour un concurrent de percer le marché. Pour poursuivre sa croissance, cette filiale de Google tente maintenant de séduire les entreprises et les gouvernements.

Waze est un service de navigation mobile où les données sont fournies par les utilisateurs eux-mêmes. Dès qu’un conducteur utilise l’application, celle-ci analyse sa vitesse et son trajet, ce qui permet à la compagnie d’évaluer la densité de la circulation, mais aussi les routes privilégiées par les conducteurs locaux.

Tout ceci se fait d’une façon passive pour l’utilisateur, mais Waze est également doté d’un volet actif, où les conducteurs peuvent prévenir les autres d’un accident, de travaux ou de quoi que ce soit qui pourrait entraîner de la congestion routière. À Montréal seulement, 103 000 utilisateurs contribuent à publier 258 000 alertes du genre par mois.

« Les ‘Wazeurs’ nous aident aussi à faire les cartes géographiques que nous utilisons pour l’application », explique la porte-parole de la compagnie Meghan Kelleher, de passage à Montréal cette semaine.

Bref, pour une application comme Waze, un grand nombre d’utilisateurs actifs représente la clé du succès.

Waze lance une trousse de développement logiciel pour les entreprises

Waze Transport SDK Banner

La compagnie pourrait bientôt augmenter rapidement la quantité d’utilisateurs qui lui fourniront des données grâce à la publication d’une trousse de développement logiciel qui va permettre aux entreprises d’utiliser la plateforme Waze dans leurs propres applications.

« Les entreprises pourront prendre nos services à la pièce, pour n’utiliser que la partie dont elles ont besoin », précise Meghan Kelleher. Une chaîne de restaurants pourrait ainsi s’en servir pour offrir à ses clients une estimation de l’heure d’arrivée de leur commande, tandis qu’une autre compagnie pourrait s’en servir pour offrir la navigation tour par tour à ses utilisateurs. C’est d’ailleurs ce que compte faire Lyft, un concurrent d’Uber.

Les entreprises n’ont pas à payer pour utiliser la trousse de Waze, mais celles-ci fournissent en contrepartie les données de déplacement de leurs utilisateurs afin d’améliorer le système.

« Certaines de ces compagnies sont actives dans des marchés où Waze n’est pas très présent. Ça nous permet d’améliorer le système dans ces endroits », explique Meghan Kelleher.

Avec les gouvernements également
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L’arrivée d’une trousse de développement logiciel peut être vue comme la continuation d’un autre programme de l’entreprise, le Waze Connected Citizens Program (programme pour les citoyens connectés de Waze).

À l’aide de cette plateforme bidirectionnelle, les corps gouvernementaux qui choisissent d’y participer peuvent accéder aux données de Waze, à condition de fournir en échange leurs propres données, concernant par exemple les travaux routiers.

« Nous leur offrons un capteur gratuit sur des centaines de milliers de véhicules, et en échange, on améliore notre service », illustre Meghan Kelleher. Ces données publiques sont généralement ouvertes, mais sont souvent fragmentées. Les outils de Waze permettent de les rassembler et de mieux s’en servir.

Une cinquantaine de projets sont en cours dans le monde avec le Waze Connected Citizens Program. Rio de Janeiro s’est par exemple servi des données de Waze pour planifier les trajets des camions de nouveaux centres de traitement des déchets.

Parmi les autres usages possibles pour les villes et les gouvernements, notons la réception en direct d’informations géolocalisées sur les accidents de la route, et l’utilisation des données de circulation pour planifier le développement urbain.

Et l’argent, dans tout ça?
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Les deux programmes de Waze pour les entreprises et les gouvernements sont complètement gratuits, tout comme l’utilisation de l’application par le grand public.

« Nous ne prenons pas d’argent pour nos échanges, et nous n’avons pas l’intention de vendre nos données », rassure Meghan Kelleher.

Reste à voir si la compagnie pourra se permettre de seulement échanger ses données de la sorte encore longtemps. On l’espère, car la situation pourrait être problématique si une ville venait qu’à s’habituer au service, et que celui-ci devenait payant du jour au lendemain.

Pour l’instant, Waze fait uniquement de l’argent avec de la publicité vendue dans son application. Ces publicités peuvent s’afficher aux arrêts, ou encore comme des points sur la carte. Bref, une source de revenus relativement modeste, mais qu’une filiale d’un géant comme Google – l’entreprise californienne a racheté Waze en 2013 pour 1,3 milliard de dollars américains – peut se permettre.

Détail intéressant, Waze est gérée comme une entreprise indépendante (avec beaucoup de latitude financière, évidemment). La compagnie n’utilise d’ailleurs pas les données de Google Maps, et Google Maps n’utilise que très peu celles de Waze.

Une opportunité ratée? Peut-être un peu, mais cette situation permet aussi à l’entreprise d’évoluer à son rythme, dans une direction différente de Google Maps. C’est aussi cette indépendance qui lui permet d’ouvrir de nouvelles portes, comme avec son programme gouvernemental, par exemple.

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