Catherine MathysL’empreinte environnementale des produits technologiques

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 publié le 15 janvier 2016 à 16 h 59

Hier, la Maison du développement durable de Montréal dévoilait sa programmation hiver et printemps 2016 et présentait, du même souffle, la conférence « Les impacts inquiétants de nos outils technologiques » avec les professeurs Fabien Durif, de l’École des sciences de la gestion, Département de marketing de l’Université du Québec à Montréal et directeur de l’Observatoire de la consommation responsable, ainsi que Cécile Bulle, professeure en immobilier durable au Département de stratégie et responsabilité sociale et environnementale de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM.

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Nos pratiques de consommation

Dans un premier temps, Fabien Durif a voulu faire l’analyse de nos pratiques de consommation des objets technologiques. Les équipements qu’on achète sont pratiques, certes, mais ils nous permettent aussi d’afficher notre appartenance à une communauté, au monde connecté. Au-delà de la consommation, ils ont une fonction sociale non négligeable. Selon Fabien Durif, ces produits ont pris la place que la voiture occupait à une autre époque.

Et on en dépense, de l’argent, pour des appareils! Même si les dépenses mondiales en produits électroniques ont baissé de 2 %, il s’en est tout de même vendu pour 969 milliards de dollars l’an dernier. Cela dit, la baisse des ventes devrait se poursuivre en 2016, selon l’Association américaine des technologies grand public (CTA). Cette baisse serait attribuable à la force du dollar américain, au ralentissement de la croissance chinoise et à ses répercussions dans le monde, ainsi qu’à la baisse des prix de produits phares, notamment les téléphones, qui devraient, en 2016, se vendre à un prix moyen de 283 $ (-7 %).

Les téléphones représentaient 40 % des dépenses en 2015. Ce sont d’ailleurs les appareils mobiles qui dominent les achats de produits électroniques (téléphones, tablettes, ordinateurs portables). Ces derniers devraient représenter 58 % des dépenses mondiales en 2016. Les chiffres, à ce chapitre, sont sans équivoque chez nous aussi. La proportion de foyers québécois équipés d’appareils mobiles est encore en croissance. Selon le Cefrio, le téléphone intelligent est présent dans 57,1 % des foyers québécois (contre 53,3 % en 2014), et pour la première fois, plus d’un Québécois sur deux (50,7 %) possédait une tablette à la maison en 2015, soit une hausse de 6 points par rapport à 2014.

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L’empreinte environnementale des produits technologiques

Toute cette consommation d’appareils numériques est reliée à une forte production de déchets. Fabien Durif rappelait, même si ses chiffres dataient un peu, que chaque année, de 20 à 50 millions de tonnes de produits électroniques étaient mises à la décharge dans le monde (PNUE, 2005). Et ces déchets électroniques ont un rythme de croissance de 2,7 % par an.

Or, il n’y a pas de miracle pour se débarrasser de tous ces objets. On les enfouit, on les incinère, on les envoie dans les pays émergents. Eh oui, encore. Même si la Convention de Stockholm sur les polluants organiques interdit l’expédition de déchets électroniques vers des pays en voie de développement depuis 2001, 80 % des appareils électroniques collectés à des fins de recyclage en Amérique du Nord seraient exportés vers l’Asie (Recyc-Québec 2009).

Le problème de l’obsolescence 

L’obsolescence, c’est le fait pour un produit d’être dépassé même s’il est en parfait état de fonctionnement. Comme le mentionnait Fabien Durif, la durée d’utilisation d’un produit est ainsi influencée par l’introduction d’un nouveau produit perçu comme supérieur, bien que ce ne soit pas toujours le cas, bien sûr. Le rythme de l’évolution technologique de plus en plus soutenu modifie les comportements de consommation et peut créer, chez le consommateur, le besoin d’acheter l’appareil le plus récent, même si l’appareil qu’il possède est encore en état de marche.

Récemment, on mentionnait à La sphère ce nouveau recours collectif contre Apple, accusée d’avoir volontairement altéré le fonctionnement de son iPhone 4S, et ce, en passant par la mise à jour de son système d’exploitation, le iOS 9. Je précisais aussi que la France, avec sa Loi sur la transition énergétique, sanctionnait les pratiques d’obsolescence programmée.

Or, comme le mentionnait Cécile Bulle, il n’existe pas d’outil technologique durable. On peut juste espérer augmenter leur efficacité, rendre leur obsolescence moins rapide ou utiliser des matériaux recyclables. La phase d’utilisation de l’appareil représente seulement une faible fraction de son effet sur l’environnement, qui est dominé par la phase de production (incluant l’extraction des ressources). Selon Cécille Bulle, il est impératif de prolonger la durée de vie des appareils. Soulignons l’existence de certaines initiatives comme Fairphone ou encore le Project Ara, de Google, qui visent à prolonger la durée de vie utile des téléphones en misant sur la réparabilité des appareils.

Que faire de nos anciens appareils mobiles?

Selon une étude citée par M. Durif, la majorité des répondants qui changent d’appareil gardent l’ancien produit, le privant donc d’une deuxième vie. Combien de vieux cellulaires dorment chez vous? Or, certaines compagnies encouragent le recyclage des appareils, comme dans le cas d’Orange.

Quels sont les autres avenues de recyclage possible? Notre dépendance à Kijiji pourrait nous être utile ici. Bien que 84 % des Canadiens aient donné une deuxième vie à des objets dans la dernière année, soit 1,824 milliard de produits, l’habitude est nettement moins développée pour les objets technologiques.

Dans cette nébuleuse de la vente d’occasion, le téléphone semble tout de même dominer les transactions. En 2016, près de 120 millions de téléphones d’occasion seront revendus dans le monde, procurant 17 milliards à leurs propriétaires, un marché en hausse de 50 % en un an. Deloitte prévoit que ce marché sera « nettement plus organisé ».

De plus, avec la croissance de l’économie collaborative, M. Durif rappelait que la valeur de l’utilisation avait préséance sur la possession de l’objet, ce qui est une bonne nouvelle pour l’environnement. Reste à voir si les appareils technologiques sauront y trouver leur place.

Environnement, Innovation