Martin LessardL’ère post-surveillance : la course à la protection des données privées

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 publié le 10 novembre 2015 à 14 h 25

La blague peut se raconter ainsi : prévoir les effets des technologies sur nos vies dans les années à avenir relève à moitié de la science et à moitié de la chance… et à moitié de la prophétie autoréalisatrice. Je sais, ça fait trois moitiés, mais on n’est jamais trop prudent.

J’accueille toujours les prévisions de Forrester, une entreprise d’études de marché sur les effets de la technologie dans le monde des affaires, avec un brin de scepticisme.

Il y a fort à parier que certaines des prévisions de Forrester pour 2016 s’avéreront fondées simplement parce qu’elles amènent les gens à y croire suffisamment pour modifier par anticipation leurs comportements, réalisant, du coup, ce que la prophétie annonce.

La firme américaine a amorcé, tout récemment, le bal des prévisions pour 2016 en proposant les 10 facteurs clés pour le succès des entreprises.

Parmi ces facteurs de succès, où chacun trouvera chaussure à son pied, j’ai été heureux de voir apparaître l’importance de la vie privée comme une clé du futur.

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Le respect de la vie privée comme de facteur de différenciation

Les brèches dans la sécurité se multiplient partout en ligne. Les données sur les clients collectées par les entreprises ne sont pas plus en sécurité sur le réseau.

Rappelez-vous Ashley-Madison, ce site de rencontre qui a vu sa base de données de 37 millions de clients piratée et exposée au grand jour. L’illusion de la sécurité des données en ligne est devenue la grande plaie de notre temps.

Voilà donc pourquoi Forrester prédit la montée de la confidentialité des données comme enjeu commercial en 2016.

Les compagnies qui ne prendraient pas au sérieux ce tournant pourront voir leur clientèle se diriger vers des concurrents.

Je ne mettrais pas ma main au feu que le tournant se produira en 2016. Par contre, si ce n’est pas les pirates informatiques qui pousseront les compagnies à prendre très au sérieux la protection des données, ce sera les gouvernements qui le feront bientôt.

La Commission européenne a proposé une réforme globale des règles en matière de protection des données en Europe. La mise en œuvre de cette réforme est prévue très prochainement.

La collecte de données à caractère personnel ne sera légale, selon les nouvelles règles européennes, que dans des conditions strictes.

Ceux qui collectent ou gèrent ces informations personnelles seront tenus « d’empêcher leur utilisation à mauvais escient ». La collecte de données viendra donc avec des responsabilités. Autrement dit, se faire pirater impliquera des conséquences légales. Fini les simples courriels d’excuses…

Cette course qui ouvre l’ère post-surveillance

Ce que les Européens ont déclenché, c’est une course à la qualité de la protection des données privées.

Par exemple, la Cour européenne interdit le transfert des données personnelles des citoyens européens vers les serveurs américains. Les États-Unis, selon les nouvelles normes, ne possèdent pas les mesures de protection adéquates.

Nous pouvons nous attendre à voir en retour des acteurs américains faire pression pour hausser le niveau de confidentialité des données personnelles sur leur territoire, au grand dam du gouvernement et de son programme de surveillance massif.

Voilà une occasion pour tous les pays de déclasser les Américains tout-puissants ailleurs sur la toile.

Ce que nous verrons alors en 2016, et j’abonde ici dans le sens de Forrester, c’est la montée de solutions et de pratiques de protection des données personnelles plus sérieuses et sécuritaires.

Des chefs de file se positionneront comme des incontournables sur l’échiquier mondial. Mais ce ne sera pas sans l’imposition de mesures législatives fortes de la part des institutions des pays qui abritent ces entreprises.

S’il y a encore des gens éclairés à la tête des États et qui ne jouent pas l’attentisme face à la déferlante numérique, ils comprendront que légiférer rapidement pour la protection des données sur leur territoire est une décision payante pour adapter leur économie au 21e siècle.

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