Billets publiés le 4 novembre 2015

C’est la blague que nos descendants vont raconter lorsqu’ils voudront parler de leurs lointains et imbéciles ancêtres du début du 21e siècle :

« Pourquoi ont-ils perdu le contrôle de la planète? Parce qu’ils n’ont pas lu les conditions d’utilisation! »

Je ne les ai pas lues

Les conditions d’utilisation sont ces interminables et illisibles textes légaux qu’on accepte sans lire avant d’utiliser les applications sur notre ordinateur ou notre téléphone.

Celles d’iTunes en particulier font l’objet de moquerie tant elles sont rédigées et formulées pour n’être comprises que par un avocat ceinture noire 12e dan.

Un bédéiste a récemment publié sur Tumblr les 49 planches qui forment la première bande dessinée basée intégralement sur les conditions d’utilisation d’iTunes.

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Le texte légal se trouve dans les phylactères. Il n’y manque pas un mot.

Référence à Crumb

Chaque page rend hommage à un dessinateur de BD. Le dessin ci-dessus est une référence à Crumb tandis que celui ci-dessous rappelle Hergé.

Référence à Hergé

On remarque un personnage récurrent : celui avec le col roulé et des lunettes rondes. On reconnaît feu Steve Jobs, grand patron d’Apple.

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Vous remarquerez que d’une case à l’autre, du début à la fin, ce personnage soliloque sans jamais laisser de place au dialogue. Regardez ci-dessous comment « Steve Jobs » soûle « Garfield »…

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Cette pratique visant à nous forcer à lire des conditions illisibles est bien à l’image de ce marché de dupe.

Conditions d’utilisation du téléphone

L’accès au numérique n’est pas un luxe pour les gens oisifs, mais de plus en plus une nécessité pour fonctionner en société, avais-je conclu dans un récent billet. Le numérique s’insère dans tous les aspects de nos vies.

Jadis, les clauses légales dictaient l’usage d’un logiciel dans un contexte précis et isolé (par exemple, pour un traitement de texte). Aujourd’hui, l’étendue des applications dans la sphère sociale dépasse largement le cadre de la transaction marchande. Ces clauses légales touchent le citoyen dans sa présence même au sein de l’espace public.

Prenons un exemple. Une application sur mon téléphone, offerte par mon fournisseur de services de télécommunications, me permet de téléphoner à partir du réseau wifi sans passer par son réseau cellulaire.

Eh bien, avant de l’utiliser, j’ai dû accepter les conditions d’utilisation qui débordaient largement le cadre du service. Je leur ai donné à perpétuité mes droits sur le « contenu généré par l’utilisateur ».

Allez savoir ce que peut bien être du « contenu généré par l’utilisateur », étant donné qu’une conversation téléphonique privée n’en fait pas partie. Ce paragraphe est évidemment de trop. Fallait-il que je refuse tout en bloc? Ce monologue légal ne laisse pas de place à la discussion.

On parle simplement ici de téléphoner. Ces conditions ne sont pas imposées pour utiliser le même service sur leur réseau cellulaire. Mais si je passe par le wifi, c’est une autre histoire.

Le fait d’accepter ou de refuser ces conditions d’utilisation a aujourd’hui une tout autre portée. Un refus signifierait se couper du monde numérique, et donc du monde en général.

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Sources : Tous les dessins sont de R. Sikoryak et proviennent de son Tumblr. La collection complète peut être téléchargée.