Martin LessardUne réalité virtuelle bien réelle

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 publié le 5 octobre 2015 à 17 h 36

Contrairement à ce qui est perçu de prime abord, la réalité virtuelle ne nous isole pas nécessairement du monde.

Les casques comme l’Oculus Rift, la Playstation VR (anciennement appelé projet Morpheus) ou la HTC Vive doivent arriver sur le marché dans la prochaine année. Ils emprisonnent notre regard en nous coupant de notre entourage. D’où cette critique que les casques nous isolent.

Mais ce qu’ils nous proposent n’est pas pour autant hors de notre monde. Le qualificatif virtuel a induit malheureusement une impression de faux qui s’oppose à réalité. Une expression comme « réalité simulée » serait déjà plus adéquate.

La réalité virtuelle ne se distingue de notre monde que par le fait qu’il faut y accéder par une interface. Ce qui ne la rend pas moins vraie pour autant.

La réalité virtuelle deviendra, un jour, aussi banale que peuvent l’être le bureau ou les fichiers de notre ordinateur.

En fait, le monde du numérique dans lequel nous baignons nous a déjà fait accepter l’idée que les représentations de la réalité font aussi partie de la réalité.

Sinon, nous n’en ferions pas une crise quand notre disque dur s’efface ou quand nous perdons la connexion Internet.

L’apport de la réalité virtuelle à notre réalité

Une des promesses de la réalité virtuelle est de servir d’outil pour mieux vivre dans notre monde.

Je ne parle pas de cas comme celui de ce sympathique jeune homme qui a demandé sa dulcinée en mariage par le biais d’un casque de réalité virtuelle la semaine dernière.

L’exploration ludique des mondes virtuels est ce qu’attend la majorité des gens. On imagine bien que les jeux vidéo et le cinéma  vont s’emparer du nouveau média. D’ailleurs, la semaine dernière, on a appris que Ridley Scott était en train de développer un projet de réalité virtuelle, ce qui confirme cette intuition.

Mais la réalité virtuelle peut dépasser le strict aspect ludique. Il est possible d’utiliser l’outil pour expérimenter des choses tout à fait reliées avec notre réalité.

Au premier salon de la réalité virtuelle, qui s’est tenu à Montréal vendredi dernier, l’excitation était palpable. Il y avait une effervescence débridée qui allait dans toutes les directions à la fois.

Toute une industrie émergeant de l’ombre travaille d’arrache-pied pour bâtir les nouveaux outils et les contenus qui vont les accompagner.

Attendez-vous à ce que de nombreux autres domaines soient pris d’assaut par la réalité virtuelle :

Sport : Stanford propose une simulation en réalité virtuelle pour améliorer certaines techniques au football.

Éducation, géographie : le New York Times décrit comment un professeur enseigne la géographie grâce à des reproductions de lieux en réalité virtuelle.

Éducation, histoire : une firme propose de marcher sur la Lune avec la mission Apollo 11 en expliquant toute cette grande aventure par des reconstitutions en réalité virtuelle.

Journalisme : CNN compte diffuser bientôt, en direct et en ligne, un débat de la course présidentielle en réalité virtuelle.

Médecine thérapeutique : des tests ont démontré qu’il était possible de détourner la sensation de douleur en se concentrant sur une activité dans le monde virtuel. Testée auprès de militaires hospitalisés avec de graves brûlures, cette thérapie semble fonctionner parfois mieux que la morphine.

Psychologie comportementale : certaines phobies et l’anxiété deviennent envahissantes chez certaines personnes, les empêchant de bien fonctionner en société : agoraphobie ou peur de prendre l’avion par exemple. Avec un casque de réalité virtuelle, il est possible de contrôler exactement l’environnement pour faire vivre, à petites doses, puis de plus en en plus intensément, des expériences pour vaincre la peur.

Trouble du spectre autistique : la réalité virtuelle ne peut pas guérir l’autisme, mais elle peut améliorer certains comportements. Si un jeune autiste a des problèmes d’attention sociale (il ne fixe pas les personnes dans les yeux ou les ignore), il peut apprendre à entrer en contact avec les gens. Dans le monde virtuel, les personnages se présentant devant lui deviennent lentement transparents et disparaissent si l’enfant cesse de les regarder.

La réalité virtuelle permet d’acquérir des compétences pour affronter le vrai monde.

L’apparence d’artificialité ne durera qu’un temps

Comme pour les jeux vidéo, où les joueurs en lignes possèdent des personnages qui sont, d’ores et déjà, une facette bien réelle de leur vie, certains aspects des mondes virtuels à venir seront ressentis comme tout aussi réels.

Au sortir du salon de la réalité virtuelle à Montréal, je ne pouvais pas dire quand notre monde réel se fondrait avec le monde de la réalité virtuelle, ni à quel degré d’interpénétration cela se ferait (et je crois que personne n’est en mesure de le prédire).

Mais je peux vous dire que, pour les acteurs du domaine qui étaient sur place, ce point d’impact est imminent, même si, pour le grand public, tout ça semble bien virtuel.

Tout aussi virtuel qu’il y a 10 ou 20 ans, quand on annonçait qu’Internet, les cellulaires et Facebook feraient partie un jour de nos vies.

Réalité virtuelle