Catherine MathysFrance : la fin de l’obsolescence programmée?

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 publié le 19 août 2015 à 15 h 30

En France, la loi sur la transition énergétique est entrée en vigueur hier. Les parlementaires en ont profité pour y inclure la sanction de la pratique de l’obsolescence programmée, qui consiste à offrir des produits à la durée de vie limitée. En fait, elle vise essentiellement à encourager le rachat de produits neufs plutôt que la réparation de produits défectueux. L’objectif de cette nouvelle loi est donc de limiter les déchets électroniques et de faire baisser la facture pour le consommateur.

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Comment contrer l’obsolescence programmée? Le gouvernement forcera les entreprises à indiquer la durée de vie de leurs produits à leurs consommateurs. Désormais, les contrevenants encourent jusqu’à deux ans d’emprisonnement et une amende de 300 000 euros. Cette dernière peut même monter à 5 % du chiffre d’affaires annuel.

La nouvelle loi force aussi les entreprises à informer leur clientèle du laps de temps pendant lequel les pièces de rechange seront en vente, sinon elles risqueront de devoir payer une amende pouvant atteindre 15 000 euros.

Et ça ne s’arrêtera pas là. Une autre mesure, dont l’entrée en vigueur est prévue l’année prochaine, obligera les manufacturiers à réparer gratuitement l’objet ou l’appareil dans les deux premières années suivant l’achat.

Les différentes techniques d’obsolescence

Si l’obsolescence programmée est toujours d’actualité, elle revêt diverses formes, expliquées ci-dessous par Le Figaro. Voici quelques-unes des principales catégories.

  • Le défaut fonctionnel

Dans ce cas, le fabricant fait en sorte que si une seule et unique pièce de l’appareil tombe en panne, l’ensemble de l’appareil cesse de fonctionner et doit être remplacé. Le meilleur exemple est sûrement celui d’Apple et de ses premiers iPod.

  • L’incompatibilité

Ici, le but est de rendre inutile un produit par le fait qu’il n’est plus compatible avec des versions ultérieures d’une application ou d’un logiciel. On se trouve donc obligés de racheter un appareil plus performant pour pouvoir continuer à utiliser le logiciel. Par exemple, l’application de La Presse n’est pas compatible avec l’iPad de première génération.

  • L’obsolescence indirecte

Il s’agit d’une méthode qui consiste à rendre les produits obsolètes alors qu’ils sont parfaitement fonctionnels. C’est souvent le cas des chargeurs de téléphone cellulaire. La sortie du iPhone 5 avait fait grand bruit à ce sujet-là. Son chargeur était incompatible avec tous ses prédécesseurs, les iPad et les iPod.

  • La péremption

C’est la technique qu’on retrouve souvent dans le secteur alimentaire où certaines entreprises indiquent des dates plus courtes que la durée de vie réelle de l’aliment.

L’obsolescence programmée existe depuis longtemps

N’allez pas croire que l’obsolescence programmée est un phénomène récent. Cet article du Guardian mentionne que le cartel Phoebus, dans les années 20, avait eu l’idée de créer des ampoules qui briseraient après 1000 heures plutôt que les 1500 ou 2000 heures des précédentes.

Dans le film The Man in the White Suit, produit en 1951, on présentait l’inventeur d’une fibre textile antitache qui ne s’use jamais. Il est vite devenu la cible du courroux des entreprises et des employés de l’industrie textile qui craignaient la fin de leur industrie avec ce produit supposément parfait.

Bref, le sujet est dans l’air depuis fort longtemps bien qu’il se soit vraisemblablement intensifié dans les 30 dernières années.

Une loi difficile à appliquer

Reste à voir comment cette nouvelle loi sera applicable. Cet article de L’Express en fait foi.

« Démontrer qu’un professionnel a réellement fait en sorte que son produit tombe en panne à une date précise sera très compliqué. Hormis avec des preuves internes à l’entreprise, on ne peut pas. Ce n’est pas la mesure qui nous semble la plus importante pour favoriser la durabilité des produits. »

L’autre limite de cette loi consiste à déterminer la durée de vie théorique d’un produit.

« La plupart des marques n’ont pas assez de pouvoir de captation de clientèle pour se permettre d’écourter volontairement la durée de vie de leur produit. Si vous achetez une machine à laver et qu’elle tombe en panne au bout de deux ans, vous n’achèterez tout simplement plus cette marque. Le plus gros risque pour les entreprises, c’est, ça, que les consommateurs aillent voir ailleurs. »

Certains, comme le mentionne L’Express, préfèrent parler d’obsolescence organisée, plutôt que d’obsolescence programmée. On nous pousse à changer de produit, mais ça ne vient pas toujours du produit lui-même. Le consommateur a, lui aussi, des questions à se poser sur sa propre façon de consommer.

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