Martin LessardUn « travail augmenté », que vous le vouliez ou non

Par

 publié le 7 juillet 2015 à 14 h 41

Pour faire suite à mon billet d’hier — Le travail c’est la santé (sauf si le travail vous tue) — sur les signes de la montée de l’automatisation dans notre environnent de travail et de vie, je vous propose un billet pour bien comprendre comment les robots s’imbriqueront dans notre quotidien.

Source : wikipedia

Source : wikipedia

Ces compétences que nous garderons

C’est en lisant ce matin le compte-rendu d’Hubert Guillaud (« Travailler avec les robots ») sur son passage au salon Innorobo 2015 à Lyon, en France, la semaine dernière, qu’on remarque tout le chemin parcouru et la direction que cela prend.

« L’enjeu n’est pas de robotiser [le travail], mais de développer la collaboration. […] La coopération et la complémentarité semblent, dans l’industrie aussi, devenir une nouvelle clef de lecture de l’avenir de la robotique. »

Si les robots, dit-il, évoluaient au salon il y a cinq ans dans des espaces distincts, surtout sur les estrades, ils sont aujourd’hui davantage parmi les visiteurs. Circulant au milieu de la foule (« doucement, mais décidés »), ces robots montrent quelle place ils entendent prendre dans notre monde : ils seront « autour de nous ».

Source: Flickr

Source: Flickr

Ce bras qui ne ferait pas de mal à une mouche

Pour être parmi nous, les machines devront être plus attentives à notre présence.

C’est donc dans cette perspective qu’il faut voir la prouesse de ce bras robotisé, nommé Baxter.

Regardez la vidéo ci-dessous où l’on voit des enfants manipuler le bras en toute sécurité.

Baxter possède le souci de son environnement, souci qui aurait été utile pour sauver la vie de ce travailleur allemand écrasé par un bras robotisé la semaine dernière (voir mon précédent billet).

Sa dextérité en fera une seconde paire de mains, en quelque sorte, pour exécuter une variété de tâches manuelles et répétitives.

Et sa « douceur » fera fondre probablement les craintes de beaucoup de gens en ce qui concerne le danger des machines.

Des robots, des robots partout

Ils prendront en main les tâches répétitives, que nous serons obligés de leur laisser. Nous travaillerons avec la machine, pas contre les machines.

ll n’en faut pas plus pour faire dire à Amazon, dans un article publié aussi ce matin sur le site du MIT, que l’avenir est à la « collaboration avec la machine ».

L’article décrit ces usines où les travailleurs collaborent avec des centaines de robots (des robots Kiva) dans un entrepôt de 1 million de pieds carrés.

Source Kiva Systems

Source Kiva Systems

Des centaines de robots Kiva soulèvent les étagères (jusqu’à 450 kilos) et les apportent au travailleur, qui n’a ensuite qu’à sélectionner la bonne marchandise et la mettre dans une boîte d’expédition.

Il y a assurément des emplois qui seront touchés. Mais ce ne sont pas nécessairement les plus intéressants.

Amazon se défend de dire qu’il cherche à se débarrasser des travailleurs, qui restent très utiles dans la sélection finale.

C’est plutôt une complémentarité entre les humains et les robots. C’est l’argument de l’augmentation du travail humain (« augment job ») par la machine.

Ces tâches qui nous échapperont

Dans les faits, les robots Kiva d’Amazon ne font que du travail ne demandant pas beaucoup d’effort cognitif : aller chercher une étagère contenant un objet.

Si l’on observe la progression des technologies — et si elle se poursuit de façon exponentielle —, il arrivera inévitablement un point où la machine menacera aussi des emplois demandant un effort cognitif.

Dans un article du magazine The Atlantic de ce mois-ci, on mentionne ces recherches qui suggèrent que les patients sont plus sincères en thérapie lors d’une « discussion » avec une machine parce qu’elle n’est pas encline à  faire des remarques d’ordre moral.

Source: Psychology Today

Source : Psychology Today

Évidemment, il faudra attendre la semaine des quatre jeudis pour remplacer tous les psychologues.

Par contre, le fait de savoir qu’une portion, même très étroite, de leur expertise peut être automatisable en dit long sur les capacités de la machine aujourd’hui.

Poussés vers le haut?

À court et moyen terme, les emplois qui demandent un travail cognitif seront bousculés, mais pas remplacés.

C’est dans la portion du travail demandant la répétition ou la mémorisation (basée sur des protocoles, des procédures ou des formules) que l’on verra l’automatisation être plus agressive.

  • Le droit est une matière qui se prête très bien au traitement logique, de l’automatisation de la rédaction d’actes juridiques à la recherche de jurisprudence.
  • La comptabilité, grâce au Blockchain de bitcoins, pourra peut-être voir, un jour, ses grands livres comptables être entièrement automatisés. (Lire sur Triplex Le bitcoin « coloré » : le futur d’un marché financier 2.0?)
  • Les laboratoires de pharmaceutiques verront des robots gérer la plupart des gestes délicats, de la manipulation des produits à la gestion des stocks en passant par les processus de tests.

Il existe même une page web qui peut vous indiquer si votre propre emploi est à risque.

Les compétences vont se déplacer vers des tâches plus créatives, qui nous demandent de saisir des nuances, d’avoir de l’entregent et d’être flexibles.

Ces emplois sont plus stimulants, moins routiniers. C’est donc une chance.

La question qui en émergera concernera les gens qui ne réussiront pas à s’élever à un niveau cognitif suffisant pour répondre à ces nouveaux besoins du marché.

Et c’est une question politique, sociale et bien humaine. Pas nécessairement technologique.

Mais il ne faut pas attendre demain pour y répondre.

Robotique