Catherine MathysCe qui a tué Aaron Swartz

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 publié le 21 avril 2015 à 13 h 32

Dans le monde moderne, il semble que le sacrifice de soi pour le bien commun soit le bien triste leitmotiv de ceux qui tentent de faire changer les choses. Vous connaissez mon intérêt pour Edward Snowden, aujourd’hui forcé à l’exil pour avoir voulu mettre au jour un vaste système de surveillance électronique. Aujourd’hui, je vous parle d’un autre défenseur de l’accès à l’information au triste sort, Aaron Swartz, mort en janvier 2013.

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Je ne vous ferai pas la liste de tout ce qu’il a accompli. Pour ça, il y a Wikipédia. Vous y lirez qu’il a mis sur pied un site précurseur de Wikipédia, The Info, à l’âge de 12 ans, qu’il a participé à la mise sur pied des flux RSS, à 13 ans, des licenses Creative Commons, à 15 ans, et du site d’actualité Reddit, avant ses 20 ans. Tout ça est déjà bien impressionnant, étant donné qu’il n’avait que 26  ans le jour où il s’est enlevé la vie.

Mais ce n’est pas cela qui est le plus important. Ce qui compte, vous pourrez le voir dans le documentaire Internet’s Own Boy, The story of Aaron Swartz de Brian Knappenberger. Le film a été lancé l’an dernier, mais il est diffusé ces jours-ci sur la chaîne Planète +.

Pour un monde meilleur

Le film commence par une citation de Henry David Thoreau, qui résume bien la mission que s’était donnée Aaron Swartz :

Certaines lois sont injustes.

Devons-nous nous contenter d’y obéir?

Devons-nous tenter de les modifier tout en continuant à y obéir?

Ou devons-nous les transgresser sans attendre?

C’est là toute la puissance du message d’Aaron Swartz. Ne pas se contenter de l’ordre établi, surtout quand il est question d’accès à l’information. Des acteurs importants du web comme Tim Berners-Lee, Lawrence Lessig, Gabriella Coleman, Cory Doctorow, Carl Malamud et de nombreux autres nous livrent les détails de leur rencontre avec un être hors de l’ordinaire qui voulait juste créer un monde meilleur, grâce au web.

Le film nous raconte Aaron Swartz de l’intérieur avec des entrevues avec ses frères, ses parents, ses compagnes. Pour Swartz, il avait toujours quelque chose que la programmation pouvait régler, nous raconte sa famille. On apprend donc à connaître le garçon, puis le jeune homme à travers des images d’archives personnelles très touchantes. Dès son plus jeune âge, il aimait acquérir une habileté pour ensuite la transmettre aux autres.

Le choc de deux cultures

Passionné d’informatique, il voyait le web comme un formidable outil démocratique à condition d’être entendu. En effet, selon lui, maintenant que tout le monde a accès à son propre médium, le noeud de la guerre se situe davantage autour du contrôle de l’accès aux gens. C’est bien de pouvoir diffuser son propre message, mais s’il n’est jamais lu, il ne servira à rien.

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Swartz avait des aspirations politiques qui lui faisaient préférer la lutte pour le bien commun aux profits engendrés par ses idées. Il a d’ailleurs très tôt délaissé la culture des entreprises en démarrage pour se concentrer sur l’éveil des consciences. Vers la fin de sa vie, ses actions lui auront porté préjudice. Il risquait 35 ans de prison et 1 million de dollars d’amende pour avoir tenté de rendre publics des documents appartenant au MIT, mais qu’il jugeait comme faisant partie du patrimoine scientifique mondial. C’est le choc culturel entre la culture du web et le système de justice traditionnel qui a tué Aaron Swartz. Ce documentaire est un film captivant. À voir absolument.

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