Billets publiés le 26 février 2015

Catherine MathysSe priver de Facebook pour le carême

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 publié le 26 février 2015 à 15 h 46

Dans la tradition chrétienne, le carême est une période de jeûne et de privation qu’il faut observer durant 40 jours, du mercredi des Cendres jusqu’à Pâques. Quand j’étais jeune, il s’agissait essentiellement de se priver de viande le vendredi. Or, dans les dernières années, un nouveau genre d’abstinence a fait son apparition, le sevrage technologique.

 Une tendance populaire

Selon le International Business Times, le tiers des chrétiens aux États-Unis se sont privés de technologie en 2014 à l’occasion du carême. Le sondage cité mentionne que ceux qui abandonnent les technologies pendant cette période de 40 jours se privent des réseaux sociaux (16 %), des téléphones intelligents (13 %), de la télévision (11 %), des jeux vidéo (10 %) et, dans une moindre mesure, d’Internet (9 %). Cette nouvelle pratique serait populaire aussi bien chez les jeunes (37 % des 18-35 ans) que chez les baby-boomers (39 %) pratiquants.

Ne vous étonnez donc pas si vous voyez ce genre d’images sur les profils de vos amis Facebook. Ils vivent un carême 2.0.

careme

Chaque année, le site OpenBible établit une liste des sacrifices personnels les plus suivis durant le carême. Encore une fois cette année, Twitter arrive en 3e, les réseaux sociaux, en 5e, et Facebook, en 21e position. Cela dit, le site n’applique pas une méthodologie à toute épreuve. J’en tiens pour preuve le fait que l’école arrive en tête des intentions de privation!

Le carême, version 2.0

Sur le site Salon.com, la journaliste Mary Elizabeth Williams explique que l’observation du carême est assez nouvelle dans son cercle social. Cependant, le fait de s’abstenir de publier le moindre commentaire revêt, pour elle, des allures de défi spirituel. Et ce n’est pas parce qu’elle manque de choses à dire, au contraire. Sa vie des prochaines semaines comporte, selon elle, un grand potentiel d’histoires à partager avec ses amis : une opération, un voyage, un demi-marathon.

Malgré tout, Mme Williams a besoin de retrouver un certain calme dans sa vie. Son défi? Résister à l’envie compulsive de décrire son trajet de métro ou de cliquer sur le commentaire mesquin du jour. Et surtout, elle souhaite voir cette période d’abstinence comme un baume et non un sacrifice. « Une version imparfaite d’une religion imparfaite », dit-elle pour la décrire.

Une absence temporaire

Même des membres de l’Église prennent le chemin de l’abstinence numérique. Le site directmatin.fr mentionne la démarche de l’abbé Pierre Amar.

Abbé

« Je voulais une résolution simple, dans l’esprit de celle que le pape Jean-Paul II avait un jour proposée en suggérant qu’on fasse un carême sans télévision : un jeûne cathodique! En écartant Facebook de ma vie pendant 40 jours, je ne me prive pas de quelque chose; je veux surtout vérifier si je suis libre par rapport à Facebook. Je pressens aussi que je vais économiser pas mal de temps que je pourrai utiliser pour prier, lire, aller vers les autres… Rendez-vous dans 40 jours pour un bilan! »

Des trucs pour survivre 40 jours

La blogueuse Lauren Bravo fait, elle aussi, partie des abstentionnistes temporaires. Sur son blogue Shiny Shiny, elle a, par exemple, publié une liste de conseils pour survivre à ce carême nouveau genre. En voici quelques-uns.

  • Faites-le pour les bonnes raisons

Il faut le voir comme un exercice de purification, comme pour éliminer le bruit incessant des médias sociaux, qui encombre nos idées. Et attendez-vous, dit la blogueuse, à devoir expliquer votre démarche à tout le monde. C’est pour ça qu’il faut être bien convaincu.

  •  Effacez vos applications

Ne jouez pas avec le feu, effacez toutes les tentations. Même si vous avez décidé de vous abstenir, il se peut que vous soyez si habitué à cliquer sur certains boutons que vous le fassiez machinalement. N’oubliez pas de désactiver également les notifications, sinon, l’exercice ne sera que partiel.

  • Notez les dates importantes

Ah! que Facebook est efficace pour nous rappeler les anniversaires de nos amis! Ce serait dommage d’oublier les événements importants de la vie des autres (naissances, mariages, etc.).

  • Préparez vos amis

Pour éviter les malentendus ou les déceptions, avisez vos amis que vous ne répondrez pas aux messages sur Facebook. Évitez-leur aussi de s’inquiéter inutilement de ce soudain silence radio. Et rappelez-leur votre numéro de téléphone. C’est vintage, mais toujours utile.

  • Utilisez votre temps judicieusement

Si vous ne ressentez que les désagréments du sevrage, l’exercice sera vain. Il faut remplacer toutes les heures libérées par quelque chose d’utile, d’agréable. Trouvez des idées pour vous assurer d’aller au bout des 40 jours. Vous vous souvenez des livres papier?

Quand le FOMO devient FODO

Parmi les judicieux conseils de sevrage de la blogueuse, il y a aussi et surtout l’occasion de changer le rapport avec les technologies. On peut vouloir abandonner les médias sociaux juste pour se prouver quelque chose à soi-même, mais cela peut aussi être l’occasion de régler certains défauts concernant l’utilisation qu’on en fait.

Ainsi, depuis plusieurs années, on parle de la peur qu’ont les utilisateurs des médias sociaux de manquer quelque chose (ce qu’on appelle en anglais FOMO « fear of missing out« , d’où leur compulsion à vérifier leurs comptes le plus souvent possible.

Maintenant, on parle aussi de la peur de décevoir les autres (en anglais, FODO « fear of disappointing others« ). C’est le terme servant à désigner ce pourquoi certains restent dehors à se geler les mains par -30 degrés Celsius pour répondre le plus rapidement possible à un tweet ou à un statut qui les concerne. Il ne faut surtout pas avoir l’air absent ou indifférent.

Si on n’est pas tous chrétiens, ni pratiquants, il faut avouer qu’il y a quand même du bon à remettre ses pratiques en ligne en question une fois de temps en temps. Bon carême!