Billets publiés le 16 février 2015

Martin LessardMais que vient faire Apple dans votre voiture?

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 publié le 16 février 2015 à 16 h 23

Depuis quelques jours, la rumeur court. Wall Street Journal affirme que plusieurs centaines d’employés d’Apple sont secrètement en train de développer une voiture électrique maison.

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Apple tente-t-elle de faire une entrée dans le domaine automobile comme elle a réussi à le faire dans le domaine de la téléphonie?

Un pied dans la voiture

Déjà, l’an passé, des rumeurs laissaient entendre qu’Apple cherchait à acheter Tesla, le fabricant de voitures électriques.

Apple avait aussi présenté son CarPlay, une interface iOS pour la voiture.

Cela semble démontrer un vif intérêt de l’entreprise pour le domaine automobile.

Apple est l’une des dernières firmes informatiques capables de gérer de front le marché du logiciel (software) et du matériel (hardware). On peut penser qu’elle serait capable de fabriquer sa propre voiture.

L’expérience d’Apple lui a toujours démontré que contrôler à la fois la quincaillerie et le programme permet d’offrir un produit de meilleure qualité.

Toutefois, construire une automobile demande une expertise qui est loin d’être facile à acquérir, sans compter la très grande difficulté de pénétrer le marché.

L’acquisition d’une compagnie comme Tesla aurait été pratique. Pourquoi Apple semble-t-elle vouloir continuer à faire cavalier seul?

Parce qu’elle voit l’occasion de prendre le contrôle de l’écosystème de la voiture.

Des écosystèmes à connecter

Avec la montée inéluctable de « l’Internet des objets », la voiture peut être considérée comme un 3e écosystème connecté.

  • Le premier écosystème, naturellement, est la maison. C’est la domotique ou, pour reprendre le langage d’aujourd’hui, la maison dite intelligente (smart home). C’est la promesse de voir un ensemble coordonné d’appareils ménagers gérer pour nous notre domicile.
  • Le deuxième écosystème, tout aussi naturel, même si l’on ne le percevait pas comme tel jusqu’à tout récemment, est notre personne. Avec notre mobile et les inévitables montres, lunettes, vêtements connectés que l’on nous promet, un véritable écosystème d’objets et de messages nous entoure.
  • Le troisième écosystème est celui de l’automobile. C’est celui qu’Apple tente de prendre d’assaut.

Un quatrième écosystème émergent, embryonnaire, est celui de la ville dite intelligente, mais, dans ce cas, il y a encore beaucoup de chemin à faire.

L’enjeu de la voiture connectée

applecar

Encore aujourd’hui, après la vente d’un nouveau véhicule, les constructeurs ont très peu de contacts avec les consommateurs.

Un système d’entretien de la voiture permet de faire un certain suivi, mais essentiellement la relation leur échappe au profit des garagistes.

« L’Internet des objets » est en train de changer tout cela. La voiture connectée transforme le véhicule lui-même en plaque tournante de tout un écosystème de services connectés potentiels.

Du point de vue du constructeur, c’est le début d’une réelle relation client  — et la source de revenus supplémentaires au cours de la vie du véhicule.

L’ancêtre de ce type de service est OnStar. Aujourd’hui, c’est le point d’accès 4G/LTE.

Une voiture qui est connectée est un écosystème qui s’ignore.

L’interface de conduite

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À mon avis, c’est à ce niveau qu’Apple veut jouer : devenir la plaque tournante de l’écosystème de la voiture.

Toutefois, je ne crois pas que ce soit en développant elle-même sa voiture qu’elle va réussir, mais plutôt en imposant ses logiciels.

Parmi les trois écosystèmes connectés que j’ai nommés, celui centré sur le mobile est celui qui a le plus grand taux de pénétration.

Si l’on considère que l’écosystème de la voiture est une extension de notre écosystème mobile, comme je le crois, alors la maîtrise de l’automobile passe par la maîtrise de l’écosystème du mobile. Dans ce cas, Apple est bien placée. CarPlay donne déjà un avant-goût de son savoir-faire.

Toutefois, il s’agit là principalement de télécommunications (messagerie textuelle et vocale), de navigation (GPS) et de gestion d’information (interface d’accès aux fichiers texte, audio et vidéo).

Apple offrira-t-elle une interface de contrôle de la voiture?

C’est surtout avec la voiture autonome que l’interface de contrôle prend tout son sens.

Apple a gagné sa réputation (et sa horde d’admirateurs inconditionnels) en proposant des « interfaces centrées utilisateur ».

Il me semble que la mécanique entourant ces voitures autonomes qui vont circuler un jour dans nos rues sera très normalisée.

Les marques de voitures pourront innover du côté des performances mécaniques, mais, pour le commun des mortels, la voiture autonome ne représentera probablement plus un symbole de statut social.

L’interface et la qualité du service seront peut-être les éléments par lesquels Apple saura se démarquer, car l’entreprise semble détenir une longueur d’avance en ces domaines.  De plus, celle-ci a engagé récemment beaucoup de personnel provenant de l’industrie automobile.

Reste à voir comment les constructeurs automobiles vont réagir.