Martin LessardClair 2015, épicentre d’une nouvelle pédagogie

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 publié le 11 février 2015 à 15 h 04

Chaque année, un colloque se tient dans le petit village de Clair, au Nouveau-Brunswick, au coeur des monts Notre-Dame, près d’Edmundston.

On peut dire que Clair est la Mecque des technopédagogues francophones au pays. Entre 250 et 300 personnes s’y sont réunis à la fin du mois de janvier dernier pour échanger sur les façons d’utiliser efficacement la technologie en classe.

J’ai eu la chance de m’y rendre.

clair2015

Un laboratoire au centre de l’école

À l’école Clair, il y a un « labo créatif » qui permet aux jeunes du primaire d’apprendre au moyen des nouvelles technologies : imprimante 3D, radio étudiante, studio d’enregistrement, lunettes de réalité virtuelle…

Lors de ma visite, de jeunes élèves expliquaient aux plus vieux comment ils se servaient de leurs outils et ce qu’ils allaient en faire.

Labo

L’un d’eux fabriquait de toutes pièces une lampe de poche avec l’imprimante 3D, d’autres m’annonçaient qu’ils étaient en train de bâtir dans Minecraft une version de leur école qu’ils allaient transférer dans l’Oculus Rift pour qu’on puisse visiter leur école de façon immersive.

C’est bien, mais les résultats des élèves s’améliorent-ils avec tout ça? C’est la question que j’ai posée au directeur Roberto Gauvin, au coeur et à la source de ce programme.

roberto

« Tout ce qui est mesuré n’est peut-être pas important, et tout ce qui est important n’est peut-être pas mesurable », m’a-t-il répondu, citant Albert Einstein.

Les élèves de Clair viennent de milieux défavorisés et plusieurs des élèves éprouvent de grandes difficultés d’apprentissage.

Et pourtant, le pourcentage des élèves ayant réussi l’examen provincial de français de 5e année en 2014 à cette école était similaire à celui des autres écoles de la province (75 %). Et en mathématiques (3e année), ce taux était même supérieur. Mais le travail d’ajustement doit être constant, rappelle M. Gauvin.

« Lorsque l’élève vit des situations authentiques, les apprentissages collent davantage. L’utilisation d’outils technologiques peut aussi renforcer ce concept – plusieurs activités s’y apprêtent. Malgré les résultats positifs de cette évaluation provinciale, l’amélioration a toujours sa place », peut-on lire dans leur bulletin.

Mais l’essentiel est ailleurs. J’y ai vu des élèves heureux, transformés, épanouis par ce que l’école leur offrait. Ils aimaient être à l’école!

Cet indice de bonheur n’est pas mesuré. Dommage.

Un monopole à partager

À mon avis, l’école devrait, en tout temps, être un lieu où les enfants ont le goût d’apprendre. Malheureusement, on ne peut pas dire que c’est toujours le cas pour tous les élèves.

Dans le passé, lorsque le contenu était (relativement) plus rare, l’école était une oasis dans un désert de connaissances.

occ2

Aujourd’hui, l’information est partout. L’accès aux connaissances n’est plus limité. Le problème est plutôt de savoir comment filtrer l’information et sélectionner le bon contenu. À ce jeu, l’école n’est pas dépassée.

Mais on voit bien qu’elle n’a plus le monopole de l’éducation. Je crois que l’usage de la technologie est une voie possible pour « voir l’éducation autrement » (thème de Clair cette année).

Nous verrons dans mon prochain billet certains avantages et risques qui y sont associés.

La technologie représente toujours des défis pour les écoles

Hier, on a accepté (non sans hauts cris) la calculatrice à l’école. Qui s’en offense encore aujourd’hui?

Devrait-on maintenant accepter le correcteur orthographique en classe? Il est déjà le complément naturel de tous les rédacteurs et penseurs sérieux. Pourquoi en priver les jeunes?

Et qu’en est-il de demain? Que fera-t-on avec les modules Watson qu’on nous proposera dans notre cellulaire? On aura peut-être accès à un outil capable de trouver notre réponse à notre place (voir mon précédent billet : Watson à notre service — ou serait-ce l’inverse?).

Dans le monde de demain, il semble qu’il ne sera pas suffisant de connaître la réponse à une question. Il faudra aussi apprendre à poser correctement des questions à nos outils pour obtenir des réponses.

Cette compétence sera impossible à acquérir si on ne familiarise pas nos enfants avec la technologie en classe.

Apprendre à apprendre, c’est ce que l’école a toujours essayé d’enseigner. Et c’est ce qu’elle doit faire plus que jamais.

Le monde change tellement vite… Ainsi, ceux qui apprennent à « prendre en main leur apprentissage », comme les jeunes à Clair, auront une longueur d’avance demain.

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