Catherine MathysOù s’informe la génération Y?

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 publié le 5 février 2015 à 15 h 22

Beaucoup de Québécois ont découvert Elizabeth Plank en écoutant Tout le monde en parle le 25 janvier dernier. Il s’agit de la rédactrice en chef du site Mic.com qui s’est distinguée en se retrouvant sur la liste des personnalités 30 under 30 de Forbes. C’était aussi l’occasion de découvrir un des médias qui s’adressent à la génération Y. Mic.com a le vent dans les voiles. En avril 2014, le site d’information doublait ses effectifs pour atteindre 40 employés. Âge moyen de ses lecteurs : 29 ans.

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Un secteur en pleine expansion

Mic.com est un exemple, mais il y en a bien d’autres, et j’oserais même dire de plus en plus. Par exemple, les sites d’information Vox, BuzzFeed et Vice visent tous le même public : les jeunes nés entre 1980 et l’an 2000. Ces derniers représentent 78 millions d’Américains et environ 7 millions de Canadiens sur le marché du travail.

Aux États-Unis seulement, on estime que cette génération dépensera 200 milliards de dollars annuellement à compter de 2017. Ceci expliquant cela, on voit donc des millions de dollars investis dans toutes sortes d’entreprises médiatiques qui cherchent l’attention de cette clientèle. En septembre dernier, Vice Media a bénéficié d’investissements de 500 millions de dollars, un mois plus tôt, BuzzFeed recevait un montant de 50 millions de plus pour bonifier l’offre et la qualité de l’information proposée.

Le cas de Fusion

Un de ces médias que l’on voit émerger est Fusion, le fruit d’une association entre ABC et Univision. D’abord offert en chaîne télé depuis un peu plus d’un an, Fusion a lancé son site de nouvelles mardi dernier. Auparavant, le site web était simplement un complément à la chaîne télé. Maintenant, les deux veulent devenir des entités complémentaires. Au départ, Fusion visait les jeunes hispanophones, mais a rapidement décidé d’agrandir son auditoire pour inclure l’ensemble de la génération Y.

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Le site qu’on nous propose maintenant a été entièrement repensé avec de grosses pointures journalistiques pour asseoir la crédibilité du site. Sa rédactrice en chef, Jane Spencer, est une des membres fondatrices du site The Daily Beast.

Fusion propose six sections. La section nouvelle est dirigée par l’ex-directeur de NBCNews.com. Celle qui s’intitule Real Future s’intéresse aux technologies et est pilotée par Alexis Madrigal qui a fait sa marque avec les magazines The Atlantic et Wired. La section Justice se penchera sur des sujets ayant trait à l’activisme et aux politiques publiques, Pop and Culture portera sur la culture populaire, la section Sex and Life parlera de bien-être et Voices offrira une espèce de chronique d’opinion.

Un laboratoire d’innovation

La chaîne télé et le nouveau site communiquent entre eux et ont des contenus communs, mais leurs équipes sont séparées. Ils ont été pensés un peu comme des laboratoires d’innovation pour leurs cocréateurs ABC et Univision. L’idée est de tenter de circonscrire les champs d’intérêt de cette génération diversifiée et branchée. L’accent sera donc mis sur le développement de cet auditoire à travers des thématiques et des technologies adaptées à ses besoins.

Dans une entrevue accordée au magazine The Atlantic, Jane Spencer, la rédactrice en chef, affirme qu’elle voit Fusion comme une organisation de presse d’un nouveau genre. En visant la génération des 18-30 ans, ce média se penche davantage sur des sujets qui la préoccupent, comme la justice sociale ou la diversité culturelle. Ce sont les valeurs communes à cette génération qui guident les choix des reportages.

Un exemple de reportage nouveau genre

Quel genre de reportages retrouve-t-on sur le site de Fusion? Spencer cite l’exemple d’un article qui paraîtra cette semaine dans lequel la journaliste Anna Holmes aborde le sujet du harcèlement de rue à Mexico, mais d’une manière assez originale. Elle a travaillé avec l’artiste Tatyana Fazlalizadeh, entre autres, qui était la créatrice de l’œuvre d’art public Stop Telling Women to Smile à propos du même sujet, mais à Brooklyn cette fois-ci. Le résultat final est un genre de mélange entre journalisme, art public et activisme.

Bien sûr, fort de son association avec sa chaîne télé, le site mise beaucoup sur le contenu vidéo, mais, là aussi, il expérimente. Par exemple, on y retrouve des commentaires vidéo comme cet éditorial animé sur les préjugés raciaux de la police.

Fusion produit aussi beaucoup de très courtes vidéos qui peuvent être diffusées sur les médias sociaux. Le site a créé une série vidéo pour Instagram qui explore la façon dont notre monde changera d’ici 100 ans. Sa production vidéo passe également beaucoup par Vine pour expliquer les nouvelles en six secondes. Tout un contrat, mais ça marche!

Un territoire à explorer

Les millenials, comme on les appelle en langue anglaise, visitent davantage les plateformes comme Vine ou Instagram que les sites web. Fusion fait donc le pari de faire des échanges de contenu entre son site et les divers médias sociaux. YouTube fait d’ailleurs partie des médias sur lesquels le site concentre ses efforts. Il reste beaucoup de pain sur la planche pour ce média naissant, mais les premiers essais sont prometteurs.

 

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