Martin LessardLe grand bond du 21e siècle

Par

 publié le 23 septembre 2014 à 12 h 07

« Si la société industrielle a surtout produit des objets, la société de la connaissance va surtout générer de nouvelles relations entre les acteurs sociaux. »

Michel Cartier, professeur québécois à la retraite et observateur du numérique depuis plusieurs décennies, nous offre dans la nouvelle version de son site web, 21siecle.com, ses plus récentes réflexions à propos de la révolution numérique en cours.

Ces réflexions, il les a approfondies avec Jon Husband, une figure importante sur Internet, à qui on doit le concept de « wirearchy« , un nouveau rapport social basé sur l’information, le savoir, la confiance et la crédibilité.

logo_21esiecle

Tous deux y décrivent beaucoup de changements en cours, de la nouvelle écriture à la ville intelligente, en passant par le type de réorganisation sociale induit par le numérique.

Il se met en place, disent-ils, un « nouveau mode de circulation de l’information et un nouveau contexte culturel » — lire, sur Triplex, mon billet, Une littératie pour l’Internet des objets?).

Ce qui émerge, ce sont de nouvelles façons de gouverner la société (« Il n’y a pas de ville intelligente si, à la base, il n’y a pas de participation citoyenne intelligente » — lire, sur Triplex, mon billet, Demain la ville intelligente).

Cartier_01_4bonds_fixe

Le numérique a vraiment quitté le « monde virtuel » pour venir métamorphoser le « vrai monde ».

Cette dichotomie entre ces deux « mondes » fait maintenant sourire, tant ce sont les deux faces de la même pièce. Nous ne pourrons plus faire l’impasse sur le potentiel disruptif que le numérique induit à tous les niveaux de la société.

Michel Cartier a d’ailleurs présenté récemment son point de vue dans une conférence où se trouvait le premier ministre du Québec, et au sortir de laquelle ce dernier s’est empressé de reconnaître enfin le besoin de se doter d’un plan numérique.

Comprendre pour mieux anticiper

Michel Cartier et Jon Husband suggèrent que nous avons de la difficulté à anticiper ce que deviendra la société numérique, car nous en avons une vision erronée.

À la base, ils voient principalement trois erreurs.

  • La première erreur concerne notre compréhension d’Internet. Ce n’est pas qu’un grand réseau physique. C’est aussi une culture qui change la façon dont on acquiert nos connaissances et dont nous établissons nos relations sociales.
  • La deuxième erreur est de penser qu’un iPhone ou qu’un Android n’est qu’un téléphone. « À peine 20 % des activités de cet appareil sont d’ordre téléphonique, contre 80 % qui sont d’ordre informatique. »
  • La troisième erreur est la façon dont on laisse l’information devenir une marchandise assujettie aux lois des promoteurs des marchés.

« Comment pouvons-nous faire des choix judicieux en tant que citoyens quand le web nous inonde, d’un côté, d’information plus ou moins validée et, de l’autre, de commentaires hétéroclites de toutes sortes, de rumeurs et de publicités dans un contexte d’immédiateté? »

Ce que Cartier et Husband s’efforcent de nous faire comprendre, c’est que l’information est le matériau principal qu’utilisent les citoyens pour développer leur société. Lorsqu’elles sont contextualisées, les données communiquées deviennent des informations, puis des connaissances et, quelquefois, l’objet de consensus – lire mon billet sur Triplex, OpenGouv : gouvernement ouvert en direct).

« Des opinions créent des solidarités, donc une énergie avec laquelle les différents acteurs politiques, économiques et sociaux peuvent élaborer leur plan de société, sorte de contrat social. »

Ne pas avoir de plan numérique, c’est se lancer tête baissée dans le noir et espérer ne pas heurter un poteau.

Vers une société de la connaissance

Cartier_001-1024x689

La société industrielle, qui était caractérisée par ses clivages économiques, se métamorphose, selon les deux auteurs, en une société de la connaissance qui sera caractérisée par des clivages beaucoup plus culturels.

Comme nous basculons d’une ère industrielle vers une société de la connaissance, écrivent-ils, nous vivons une rupture, mais les gens refusent d’en parler, ce qui crée des tensions.

« Ces colères se multiplient via les réseaux sociaux. Engoncées dans leur pensée industrielle, les élites politiques et économiques sont incapables de trouver des solutions aux crises postindustrielles qui émergent. »

Cartier et Husband anticipent des changements radicaux. Si nous y faisons face correctement —  ils n’apportent pas de réponse aux questions, ce sera à nous de les trouver —, on devrait pouvoir changer le cours du 21e siècle.

Les deux auteurs souhaitent que leur site web, 21siecle.com, soit le début d’une prise de conscience.

Futur