Martin LessardLes métiers du futur dans la mire des machines

Par

 publié le 8 avril 2014 à 13 h 10

« Dans 20 ans, la demande en ressources humaines pour plusieurs corps de métier sera substantiellement réduite. Je ne crois pas que tous ont intégré ça dans leur schème de pensée », disait Bill Gates récemment, selon l’article paru dans le New York Times sur l’effet des algorithmes sur le marché du travail (Hey, robot : Which cat is cuter?).

robot

Ça m’a fait penser à une étude qui remonte à la fin de 2013, « Le futur de l’emploi : quel degré d’automatisation sont susceptibles d’atteindre les professions » (PDF anglais original, article en français), étude qui, à ma grande surprise, a fait peu de bruit.

La moitié (47 %) des 702 emplois analysés risquent d’être remplacés par l’automatisation! Cette automatisation ne toucherait pas seulement des métiers manuels. Certaines compétences cognitives que l’on croyait réservées aux humains seront concurrencées tôt ou tard par la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

La technologie numérique excelle dans tout ce qui est routinier et qui demande de suivre des règles. On peut tenir pour acquis que, si une tâche peut être automatisée (et en vaut la peine), elle le sera.

Graphique Source THE FUTURE OF EMPLOYMENT (p.37)

Je ne garantirais pas à 100 % que ces professions vont disparaître, mais si j’étais un jeune qui s’oriente vers une de ces carrières, je me questionnerais sérieusement sur les raisons qui ont poussé les chercheurs à prédire une baisse dans 10 ou 20 ans!

Robotique, algorithme et votre 4%

chanceautomatisation Source The Atlantic

Si on s’accorde pour dire que la puissance brute des ordinateurs augmente grosso modo tous les deux ans, les défis informatiques d’aujourd’hui seront divisés par 1000 en deux décennies.

C’est une estimation approximative, évidemment. Donnons un exemple : si un hypothétique algorithme fait le 16e du travail d’une personne aujourd’hui, il fera le travail de 2 personnes dans 10 ans et de 64 personnes dans 20 ans. Voyez.

graphiqueexponentiel

Déjà, l’idée même qu’une voiture puisse se conduire seule dans un centre-ville (avec tout ce que cela implique comme gestion du mouvement et des obstacles) était impensable il y a une décennie et sera une réalité dans 10 ans. Avis aux chauffeurs et aux autres machinistes.

De plus, les algorithmes de grandes données toucheront, à long terme, même des emplois aux tâches cognitives non routinières. Avec l’amélioration de leur dextérité et de leurs senseurs, des robots mettent déjà leur nez dans les diagnostics et les interventions chirurgicales. Les écoles font déjà des expériences avec des MOOCS qui remplacent des heures d’enseignement dispensées par des professeurs. Les agents immobiliers et les détaillants font face à une désintermédiarisation causée par des services en réseaux, qui mettent en relation des acheteurs et des vendeurs.

Les comptables ne seront pas remplacés par des robots, mais si on peut utiliser les chaînes de blocs de transaction (keychain block) des cryptomonnaies (Voir le billet sur Triplex) comme un grand livre comptable partagé, on voit que la menace peut venir de partout.

Tous ne perdront pas leurs emplois, mais les perspectives de croissance en seront grandement limitées.

Changements, possibilités d’emploi et CV

Si j’étais un gouvernement qui s’intéresse aux « vraies affaires », je me mettrais à la tâche tout de suite. Une augmentation exponentielle de la puissance des ordinateurs, comme on l’a vu plus haut, demande une réaction très en amont pour voir venir les coups.

À court terme, je m’assurerais à tout le moins que les écoles ne forment pas une main-d’oeuvre à faible valeur ajoutée dans cette société de demain. Un jeune de 20 ans qui entre aujourd’hui dans un métier « potentiellement automatisable » devra peut-être se replacer à 40 ans.

La notion de ce qui est une « faible valeur ajoutée » dépend grandement des avancées technologiques, mais on peut résumer ainsi : il ne fait pas bon se tenir sur le chemin des robots, surtout si on a un emploi qui ne demande pas qu’on fasse appel au jugement.

Orienter sa carrière vers autre chose que de la manipulation d’objets, de chiffres ou de mots, soit un travail de routine, et se diriger plutôt vers des emplois qui demandent de l’intelligence, de la réflexion et de l’analyse me semble être une bonne façon de voir l’avenir.

Ne paniquons pas trop vite non plus. Les avancées technologies offrent aussi, comme toujours, de nouvelles occasions d’emploi. Mais, à la vitesse où les changements peuvent se faire, commencer par l’éducation, pour nos dirigeants, est la meilleure façon de profiter de ces occasions et de prévenir les coups.

Futur