Billets publiés en avril 2014

Nadia SeraioccoLa valeur des archives en cette ère numérique

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 publié le 30 avril 2014 à 11 h 51

 

Source Wikicommons, Hannes Grobe.

Source Wikicommons, Hannes Grobe.

TMZ rapportait la semaine dernière qu’un ancien producteur de Jay-Z, Chauncey Mahan, aurait comploté pour extorquer de l’argent au célèbre rappeur. Mahan avait en sa possession des bandes maîtresses enregistrées entre 1998 et 2002 que l’on croyait disparues. Mahan demandait 100 000 $ pour rendre les bandes à l’artiste.

Quelle est la valeur de l’entreposage et de la préservation des archives?

Ces bandes ont une valeur de quelque 15 millions de dollars. Or, le producteur réclamait 100 000 $ pour les frais d’entreposage. Le précieux lot a finalement été récupéré pour 75 000 $ et une enquête est ouverte afin de déterminer s’il s’agissait réellement d’une action criminelle.

Mais comme l’explique Bobby Owsinski sur le site de Forbes, la chose est plus complexe. Si on écarte la question du vol potentiel, il faut tout de même prendre en compte l’effort que demande la préservation de ces archives sonores. Ces enregistrements étaient très probablement sur des bandes analogiques, ce qui implique qu’elles devaient être entreposées dans un lieu adapté aux normes d’archivage du support analogique. Si c’est le cas, le producteur aurait tout à fait raison de vouloir se débarrasser de ces enregistrements et de réclamer une compensation pour les frais encourus.

Que faire de tous ces contenus que l’on produit?

Cette histoire n’est qu’une autre anecdote dans le débat entourant l’archivage de la culture et de la transition de l’analogique au numérique. Il s’agit d’une question très large qui a des implications autant techniques que philosophiques et éthiques. Que faire avec tous ces sons, images et textes produits? Selon YouTube, 100 heures de vidéo seraient téléversées chaque minute et compressées dans un format qui ne conserve pas la qualité intégrale d’origine. Est-ce que cela suffit? Comment choisir ce qui doit être conservé ou non?

Préserver la mémoire et les supports originaux

Ces questions, posées depuis des années et qui n’ont toujours pas de réponse, surviennent également dans un contexte où l’on sabre le budget culturel. Car couper dans la culture ne signifie pas seulement couper les fonds aux artistes : c’est également réduire le budget des organisations dont le mandat est de préserver leurs œuvres. Conserver de la pellicule de film, des bandes audio ou même des livres exige un investissement afin d’assurer des conditions d’archivage idéales. Tous n’ont pas les moyens de Jay-Z pour archiver leurs créations. Les coupures progressives ont un impact direct sur l’histoire artistique.

Lorsque ces questions sont abordées, la réponse simple est que la numérisation est la solution pour faire face au problème d’espace et de température. Ce n’est malheureusement pas le cas. Paolo Cherchi Usai, directeur du National Screen and Sound Archive in Australia, a signé un essai fascinant intitulé « The death of cinema : history, cultural memory and the digital dark age ». En conclusion, il dresse un bilan de tous les problèmes qu’implique la numérisation : perte d’authenticité, impossibilité de tout transférer faute de moyens, mais aussi le fait qu’il n’existe pas de processus ou de normes pour archiver certains contenus comme le jeu vidéo et les œuvres d’art numériques.

La découverte récente d’œuvres de Warhol créées sur un ordinateur Amiga en est un exemple. Personne n’aurait été en mesure d’ouvrir ses fichiers si aucun lecteur de disquette, une technologie considérée vétuste, n’avait été préservé.

La numérisation est une solution, mais de toute évidence ce n’est pas encore la solution à tous les problèmes.

 

amalgram 2

Les sites pour sauvegarder ses photos sont légion sur le web. Pourtant, montrer ses clichés à un groupe d’amis ou à des membres de sa famille n’est pas toujours facile, surtout lorsque ces derniers sont absents des réseaux sociaux. C’est ce que veut faciliter Amalgram, un site web québécois lancé hier en version bêta.

« Il y a environ un an et demi, après une expédition en forêt avec 12 personnes, j’ai réalisé à quel point il était difficile pour un groupe de mettre en commun ses photos », se souvient Jacques Voyer, le fondateur d’Amalgram.

« Certains réseaux sociaux permettent de le faire, mais ces fonctions sont généralement cachées et difficiles d’utilisation. Et d’autres sites comme Dropbox, eux, sont moins bien adaptés pour les photos », ajoute-t-il.

Cet entrepreneur en série qui était à la recherche d’un nouveau défi a donc pris la chose en main. Après avoir élaboré les grands principes d’Amalgram, Jacques Voyer s’est entouré de trois firmes différentes pour l’aider à réaliser son projet, dont le développement a débuté en août dernier.

« Mon but était de rendre la chose facile d’accès à tout le monde, peu importe son niveau d’habileté avec la technologie. On ne peut demander à tout le monde de créer une adresse Yahoo Mail ou Gmail pour accéder à des photos », remarque l’homme d’affaires. Lorsqu’on reçoit une invitation pour rejoindre un groupe Amalgram, il suffit donc de se créer un mot de passe pour pouvoir ensuite consulter les photos des autres et ajouter les siennes.

invitations

Autre aspect intéressant d’Amalgram, toutes les photos sont privées, et seuls les invités peuvent les consulter. Quelqu’un de moins habile ne risque pas non plus de publier les photos familiales sur son propre profil Facebook par accident.

Offert depuis quelques mois en version bêta publique, Amalgram est accessible à tous depuis hier. Le site fonctionne avec les téléphones intelligents, mais une application mobile devrait aussi voir le jour.

Amalgram offre trois principaux types de forfaits. Le forfait gratuit permet de sauvegarder 150 photos, les forfaits participants permettent d’en sauvegarder 500, 1500 ou 5000, et les forfaits experts permettent d’en sauvegarder autant, mais en conservant leur taille originale. Les prix des forfaits payants varient de 9,95 $ par année à 497,59 $ par année.

Martin LessardLes ampoules connectées

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 publié le 28 avril 2014 à 8 h 29

Dans un rapport de Pew Research sorti le mois dernier sur « la vie numérique en 2025« , les spécialistes consultés semblaient tous s’accorder pour prédire qu’Internet deviendra « comme de l’électricité« , omniprésent, ambiant et invisible.

On nomme « Internet des choses » ce réseau d’objets connectés constitué de capteurs intelligents, d’appareils de communication de toutes sortes, de mécanismes électroniques miniatures reliés à des bases de données en ligne…

À la question si cet Internet est vraiment pour demain, Bertrand Duperrin, un des spécialistes français des technologies, explique sur le site d’Atlantico que, oui, le basculement majeur semble être imminent :

Sans envisager la totalité d’objets connectés, on peut arriver à une masse critique d’objets potentiellement connectés sur les usages essentiels d’ici moins de 5 ans.(source)

L’Internet des objets entre dans nos maisons

On a longtemps promu le « frigo connecté » comme modèle de la domotique. Il m’a toujours semblé risible de choisir cet appareil ménager, car il possède un trop long cycle de vie pour être compatible avec celui effréné de l’innovation numérique. Or, un prétendant imprévu semble depuis quelque temps vouloir lui ravir cette place : l’ampoule. hueapp Philips propose déjà depuis un certain temps ses ampoules Hue, qui, grâce à un téléphone cellulaire, peuvent être contrôlées à distance, autant leur luminosité que leur coloration. Elles peuvent être programmées de façon à s’ouvrir progressivement (pour un réveil en douceur), à s’éteindre dès que vous sortez de chez vous ou à changer de couleur selon vos choix d’ambiance.

La compagnie Sengled a amorcé la vente aux États-Unis de son ampoule Pulse. Particularité : elle a un haut-parleur stéréo JVC à l’intérieur. Vous pouvez donc avoir de la lumière ET de la musique dans votre pièce. Ça se branche directement dans les douilles électriques existantes de votre maison. Elle se contrôle par Bluetooth via une application sur votre cellulaire (réglage de la luminosité et du volume du son). pulseapp

La douille comme « fournisseur de services »?

Si l’ampoule Hue de Philips ne semble qu’ajouter un artifice somme toute mineur (et avec une certaine complexité de gestion qui n’en vaut peut-être pas la chandelle), l’ampoule Pulse de Sengled montre, elle, comment on peut entrevoir le potentiel de connecter nos ampoules demain.

Pensez-y. Il y a des douilles partout dans la maison. Elles sont déjà reliées à l’électricité. Le cycle de remplacement d’une ampoule classique est relativement court. Et la miniaturisation aidant, de plus en plus de fonctionnalités pourront être ajoutées à cet objet.

Les ampoules (ou plutôt les douilles électriques) seront peut-être la porte d’entrée de toute une série d’usages qui reste à inventer. Pour l’heure, on pourra critiquer la qualité du son que pourrait offrir l’ampoule Pulse (JVC n’est pas synonyme de haut de gamme). Patience, le graphène, un nouveau nanomatériau, offre de très belles promesses du côté de la miniaturisation et de la qualité sonore dignes des meilleures chaînes stéréo.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le temps est proche où la miniaturisation permettra d’intégrer d’autres fonctions dans ces ampoules connectées.

Il y a 100 ans, l’heure dans nos chaumières s’incarnait dans une horloge grand-père. Aujourd’hui, ce n’est qu’une application parmi d’autres sur notre montre dite intelligente.

Nos lampes, nos plafonniers seront peut-être demain des mini-centres offrant divers services : flux Songza, détecteur de mouvement, thermostat, commandes SIRI, relais wifi, stockage infonuagique domestique, intercom… On rigolera peut-être de penser qu’elle ne servait hier qu’à éclairer.

histoires

Moitié nouveau média, moitié maison d’édition, la jeune entreprise montréalaise Inouï lance aujourd’hui ses premières « histoires incroyables mais vraies », que les francophones de partout dans le monde pourront lire et regarder sur leurs tablette, ordinateur, téléphone intelligent ou liseuse électronique. Portrait d’une entreprise qui a su profiter judicieusement des outils technologiques mis à la disposition des entrepreneurs en 2014.

De courtes histoires, sur toutes les plateformes
Inouï offre dès aujourd’hui cinq courtes histoires, vendues 2,99 $ l’unité. Même si les trois cofondateurs de l’entreprise sont issus du milieu journalistique, ces histoires sont bien loin des articles que l’on trouve habituellement dans les magazines.

« Ce n‘est pas un produit journalistique », estime Marc-André Sabourin, cofondateur d’Inouï et lui-même auteur de l’une des premières histoires, Le maître de l’intox. « Oui, nos histoires sont vraies, et il y a un gros travail de recherche derrière, mais on a plutôt l’impression de lire un court roman d’une quarantaine de pages », explique-t-il.

Les histoires sont présentement accessibles à partir du web, mais une application mobile iOS devrait aussi être lancée au cours des prochains jours. Il sera également possible de les acheter à partir des librairies numériques Amazon et Kobo.

« Nous voulons rejoindre les lecteurs où ils se trouvent déjà », explique le journaliste indépendant que l’on peut régulièrement lire dans L’actualité.

Multimédia, mais avec modération
Les histoires d’Inouï intègrent différents contenus multimédias, comme des cartes géographiques, des photos et des vidéos.

« Le multimédia n’est jamais imposé au lecteur, précise toutefois Marc-André Sabourin. C’est donc à lui de décider s’il veut le consulter ou non. On doit encore perfectionner l’intégration de ce contenu, mais je crois qu’on a trouvé un bon juste milieu », estime le cofondateur.

Utiliser une plateforme existante
masab

Comment une jeune entreprise composée uniquement de journalistes – Simon Coutu et Hervé Juste sont les autres cofondateurs d’Inouï – est-elle parvenue à lancer une entreprise offrant à la fois une application mobile et un site performant, permettant d’acheter et de lire les histoires sur n’importe quelle plateforme?

En profitant de Creatavist, un outil développé par l’entreprise américaine Atavist pour permettre aux éditeurs de publier leurs propres histoires multimédias.

« Notre produit, ce sont les récits. Nous vendons des histoires, pas une plateforme », explique Marc-André Sabourin. « Si nous avions eu à créer ça de toutes pièces, nous aurions perdu un temps fou que nous n’aurions pas pu investir dans nos histoires. »

« Souvent, les jeunes entreprises veulent développer leurs propres technologies, mais il y a énormément de solutions géniales qui existent déjà, qui sont moins dispendieuses et qui offrent en plus un service après-vente », ajoute-t-il.

L’adaptation de la plateforme d’Atavist n’a pas été facile pour autant, et un programmeur aurait certainement été un atout intéressant dans l’équipe, mais il est difficile à imaginer comment l’entreprise telle qu’on la connaît aurait pu être montée de toutes pièces, avoue le cofondateur.

Un bon financement socioparticipatif
L’utilisation d’une plateforme existante n’est pas le seul outil dont les trois partenaires ont profité avant de fonder Inouï. Ceux-ci ont aussi organisé l’année dernière une campagne de sociofinancement via le site Indiegogo.

« Nous avons obtenu près de 13 000 $ sur un objectif de 10 000 $ », raconte Marc-André Sabourin. Bien plus qu’un outil financier, Indiegogo était également un outil marketing, qui a permis au projet de faire parler de lui, mais aussi de mesurer l’intérêt du public.

« Avant de mettre plus d’argent dans le développement avancé de ton projet, tu peux savoir s’il y a une grosse demande ou non. Pour nous, ça s’est super bien passé, et on le referait sans hésiter », explique-t-il.

Un marché sous-évalué
histoire

Les médias n’ont pas exactement le vent dans les voiles depuis quelques années, mais Marc-André Sabourin est optimiste pour l’avenir d’Inouï.

« Le marché des livres numériques sous les 5 $ est relativement mince, alors je crois que les distributeurs voudront mettre nos produits de l’avant », précise-t-il.

« Je suis aussi convaincu que le marché de la lecture numérique est sous-estimé par les éditeurs. Et dans tous les cas, il est certainement mal desservi », estime le journaliste. Selon ce dernier, les courtes histoires d’Inouï répondent aussi aux besoins des lecteurs modernes.

Pour l’instant, Inouï offre cinq histoires, soit une originale et quatre traductions. L’entreprise compte ensuite lancer une nouvelle histoire aux deux mois, en offrant de plus en plus d’histoires originales.

apple_googleLa guerre entre Apple et Google s’est trouvée un nouveau champ de bataille : le jeu vidéo. Selon le Wall Street Journal, les deux géants promettent une visibilité préférentielle aux développeurs qui offrent un produit en exclusivité sur leur plateforme. C’est le cas, par exemple, de Hitman Go pour iOS qu’a critiqué mon collègue Maxime Johnson, mais cette pratique devient, de plus en plus, un élément stratégique incontournable.

Le lucratif marché du jeu mobile

Ce n’est pas étonnant, car les jeux sont les applications les plus lucratives. Sur les 16 milliards dépensés l’an dernier pour des applications, 70 % proviendraient de jeux. Ceux offerts gratuitement au départ avec options d’achat rapporteraient encore plus. Les enjeux sont donc importants; il est question de dominer le marché. Pourtant, ni Apple ni Google n’offrent d’argent comptant, seulement des avantages marketing et promotionnels. Ce qui, tout de même, n’est pas négligeable dans un marché saturé. L’App Store recevrait près de 2000 soumissions de jeux par mois.

La guerre des consoles

Si le phénomène est nouveau pour le mobile, ce n’est pas le cas pour le jeu vidéo en général. La guerre des consoles, surtout à partir de la concurrence entre Nintendo et Sega dans les années 80, a toujours misé sur les jeux exclusifs pour vendre des consoles. À cela ce sont ajoutés, depuis, les médias sociaux, la compatibilité pour la lecture d’autres médias, etc., mais le nerf de la guerre a toujours été lié aux jeux. Selon Erik Kain de Forbes, c’est ce qui manque pour la génération actuelle de consoles : des jeux à la fois exclusifs et incontournables.

Cette situation est en train de changer à la faveur de Sony. Depuis le mois de février, avec Outlast du développeur montréalais Red Barrels, la PS4 offre une quantité impressionnante de titres exclusifs : 11 contre 1 seul pour la Xbox One au mois d’avril. En plus d’un prix d’entrée concurrentiel (100 $ de moins), c’est une autre raison expliquant pourquoi la PS4 domine les ventes. Une console de jeux, après tout, sert à jouer.

Mais bien que la vente de consoles mobiles soit écrasée par celle des jeux mobiles, Lewis Ward, un analyste de IDC, prétend que l’exclusivité des jeux n’est pas un critère dans le choix d’un appareil mobile. Après tout, ces appareils ont d’autres utilités (écoute de musique, photographie et, bien sûr, communication) qui l’emportent sur le jeu.