Billets publiés le 27 mars 2014

candy crush

Après quelques mois d’attente, le studio de jeu vidéo King est finalement entré à la bourse de New York hier. Si son titre n’a pas connu l’explosion espérée par la compagnie, la journée a quand même permis au studio britannique d’atteindre une valeur de plus de 6 milliards $ US. Pas mal, pour une compagnie qui n’a qu’un seul véritable succès entre les mains, le jeu gratuit Candy Crush Saga. Comment un jeu peut-il valoir autant? Grâce à une maîtrise exceptionnelle des différents concepts des jeux occasionnels et « free-to-play » (gratuits à jouer).

Candy Crush est un petit jeu mobile, qui demande d’aligner des bonbons de la même couleur afin que ceux-ci explosent et qu’ils soient remplacés par d’autres. Pour compléter un niveau – le jeu en offre 545 en tout – il faut parfois faire disparaître tous les bonbons en un temps donné, faire disparaître des fruits (mélangés parmi les bonbons) en un certain nombre de coups, etc.

Le fonctionnement est simple, et s’inspire de Bejeweled, un jeu occasionnel lancé par le studio PopCap en 2001 (et qui était lui-même inspiré de Shariki, un jeu DOS de 1994). Par jeu occasionnel, on entend notamment un jeu simple, généralement joué par le grand public plutôt que par les joueurs traditionnellement associés à l’univers des jeux vidéo.

Candy Crush peut être téléchargé gratuitement sur un appareil Android ou iOS, ou encore être joué à partir d’un navigateur web sur Facebook. Le jeu est gratuit, mais il est possible – quoique pas nécessaire – de débourser de l’argent pour débloquer certaines parties ou pour avancer plus rapidement.

Alors que certains jeux peinent à rentabiliser leur développement avec une stratégie similaire, Candy Crush est une véritable vache à lait pour King. Le jeu a notamment permis à la compagnie d’amasser 493 millions $ pendant les trois derniers trimestres de 2013, et 78 % des 1,9 milliard $ de revenus de King pendant 2013 y sont attribuables.

C’est énorme

Il s’agit du jeu le plus populaire sur Facebook, et du jeu le plus rentable sur Android et iOS. En tout, 93 millions de personnes y jouent plus de 1 milliard de fois par jour, selon la compagnie. Ce sont des jeunes et des moins jeunes, qui ont quelques minutes à investir dans un jeu en rentrant à la maison ou pendant la pause du dîner.

Il est toujours ardu de déterminer la recette d’un succès, mais voici quelques-uns des éléments qui font de Candy Crush Saga un jeu aussi populaire (et payant).

Un jeu amusant
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C’est la base de tout jeu mobile populaire. Pour les amateurs de Candy Crush, il s’agit avant tout d’un jeu amusant et divertissant.

Le titre compte de nombreux détracteurs, qui accusent les joueurs de Candy Crush de tomber dans le panneau de King et de ses achats intégrés. Mais une chose est certaine : si Candy Crush n’était pas amusant, les joueurs n’y joueraient pas. Tout simplement.

Pour une raison difficile à expliquer, on retire un certain plaisir à rassembler des bonbons de la même couleur pour les faire exploser. La mécanique a beau ne pas être originale, cela ne change absolument rien pour le grand public qui n’a généralement jamais entendu parler de Bejeweled et encore moins de Shariki.

La musique de Candy Crush, qui rappelle celle d’une fête foraine, touche aussi la cible. Celle-ci est accrocheuse, mais loin d’être agressante, et elle donne une bonne ambiance au jeu.

Un jeu rapide
Comme la plupart des jeux occasionnels mobiles populaires, il suffit de quelques secondes ou de quelques minutes pour jouer une partie de Candy Crush. On est instantanément dans l’action et aucun rappel sur ce qui s’était passé auparavant n’est nécessaire.

La formule convient particulièrement bien aux jeux mobiles, qui peuvent être lancés entre deux stations de métro, ou en attendant son enfant. Notons que de nombreux jeux pour PC, qui ont connu du succès auprès du grand public, étaient tout aussi rapides, comme Démineur par exemple. Il s’agit donc là d’une caractéristique qui est plus liée aux jeux occasionnels en général, qu’aux jeux mobiles.

Un jeu facile et difficile à la fois
Autre élément essentiel pour qu’un jeu du genre soit populaire, celui-ci se doit d’être facile à comprendre, tout en offrant un bon défi pour le joueur.

C’était le cas d’Angry Birds, qui peut être expliqué en quelques secondes seulement, mais qui peut parfois être enrageant. C’est la même chose avec Candy Crush, auquel tout le monde peut jouer, mais dont certains niveaux doivent être recommencés de nombreuses fois avant d’être complétés.

Le joueur ne se décourage donc pas dès les premiers instants, mais il peut quand même conserver son intérêt pour le jeu pendant plusieurs mois.

Un jeu qui se propage automatiquement
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En plus de s’inspirer de Bejeweled et d’Angry Birds, Candy Crush emprunte aussi quelques éléments à FarmVille, le jeu de Zynga qui a pris Facebook d’assaut il y a quelques années.

Candy Crush offre ainsi plusieurs éléments propres aux jeux sociaux. Il est possible de se comparer à ses amis Facebook après chaque niveau, de voir où ses amis sont rendus et de leur demander de l’aide sur Facebook pour débloquer des niveaux.

Ce dernier aspect, qui force les non-joueurs à recevoir des alertes Facebook pour aider leurs amis à Candy Crush, est probablement le plus désagréable du jeu. Mais il s’agit malheureusement d’une façon efficace de propager une application.

Des achats intégrés variés
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Les éléments présentés jusqu’ici expliquent la popularité de Candy Crush, mais pas forcément sa valeur.

Les concepteurs de Candy Crush ont en fait intégré plusieurs façons de dépenser de l’argent dans le jeu, ce qui leur permet de rejoindre différents types d’acheteurs potentiels et d’empiler les millions.

Par exemple, le joueur ne compte que cinq vies lorsqu’il démarre le jeu. Ces vies sont renouvelées automatiquement après 30 minutes, mais il est aussi possible de payer pour avoir accès à des nouvelles vies plus rapidement (ne pas compléter un niveau en respectant le temps ou le nombre de coups demandés coûte une vie, et il faut au moins une vie pour lancer un niveau).

Il est aussi possible de payer pour obtenir des avantages qui aident à compléter une partie difficile, et aussi pour avoir accès à de nouveaux niveaux.

Dans tous les cas, il est aussi possible de ne pas dépenser pour terminer le jeu. Au lieu de payer pour accéder à un nouveau groupe de niveau, on peut par exemple les obtenir grâce à des interactions sur Facebook. Et au lieu d’acheter un avantage, il est possible de s’entêter et de recommencer un niveau des dizaines de fois avant de réussir à le compléter.

Cette accessibilité contribue à ne pas se mettre à dos une bonne partie des joueurs qui refusent de payer, tout en donnant l’impression aux acheteurs occasionnels d’avoir battu les créateurs du jeu en débloquant un volet gratuitement.

Pas suffisant pour faire exploser la bourse

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Même si Candy Crush est l’un des jeux mobiles les plus rentables à ce jour, l’entrée en bourse de King hier n’a pas été à la hauteur des attentes de la compagnie, qui a mis 22,5 millions d’actions en vente à 22,50 $ US.

La valeur de l’action a rapidement chuté, pour atteindre les 19 $ US mercredi soir. On est loin de succès de Twitter l’année dernière, mais l’entrée de bourse de King permet quand même d’évaluer la compagnie à plus de 6 milliards $ US.

Il faut dire que la dégringolade du studio Zynga, qui avait été introduit en bourse à 10 $ à la fin de 2011 et qui s’échange désormais sous les 5 $, est loin d’être rassurante pour les investisseurs potentiels de King. Plusieurs parallèles peuvent en effet être faits entre ces deux compagnies, qui tirent principalement leurs revenus d’un seul jeu à succès.

Car déduire une recette d’un jeu une fois qu’il est populaire, c’est une chose. Mais en créer un second (un troisième et un quatrième…) de toutes pièces, même avec une recette sous la main, est beaucoup plus compliqué.