Billets publiés le 21 mars 2014

Pour l’industrie de la musique dans le monde, les ventes de disques représentent environ la moitié des revenus (51,4 %) et la musique numérique (la vente dématérialisée) environ le tiers (39 %), soit une progression de 4,3 % par rapport à 2012 (source).

C’est la musique dite lecture en transit (streaming), comme sur Spotify, Deezer et Songza par exemple, qui représente la plus forte croissance de la musique numérique (27 % des parts de marché) .

Le passage au format numérique entraîne donc un changement dans la consommation de musique. Pourquoi posséder une collection de chansons quand on peut accéder à tout ce qui existe en ligne?

Un long flux tranquille

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Au moment où ces statistiques étaient dévoilées dans les médias, le Toronto Star nous apprenait que l’industrie musicale récoltait plus d’argent avec des vidéos d’admirateurs qu’avec leur propre vidéo musicale officielle.

Des amateurs s’amusent à télécharger sur YouTube des vidéos qui contiennent la bande sonore ou la musique d’un artiste pour en faire une parodie, un remix, une synchro (lipsync) ou un hommage.

Or, YouTube est capable d’identifier les ayants droit quand une de leurs chansons est utilisée dans une vidéo. Au lieu de demander le retrait pour atteinte au droit d’auteur, les ayants droit peuvent demander de diffuser des publicités sur la vidéo et ainsi récolter de l’argent à chaque écoute.

C’est ce type de possibilités qui permet à Universal Music Group de dire que ce contenu généré par les amateurs est une très bonne source de revenu qui dépasse celle de la vidéo officielle.

C’est ce qui explique aussi que Pharell William ait sorti une vidéo de son tube Happy qui dure une heure! À la suite de sa propre performance dans la vidéo, c’est celle de gens ordinaires que l’on voit en synchro. Un moyen de susciter, de la part de son cercle d’admirateurs, une envie de télécharger leur propre performance.

(Si une heure ce n’est pas suffisant pour vous, une version de 24 heures provenant de partout à travers la planète se trouve ici : 24hoursofhappiness.com)

Une nouvelle chaîne de valeur se met en place dans l’industrie musicale où les admirateurs ne sont plus vus comme une menace, mais comme un élément qui crée de la valeur autour des musiques.

Les ayants droit ont donc tout intérêt à s’entendre avec YouTube pour que leur catalogue soit répertorié dans son outil de détection.

Une chaîne à haute commission

Mais, en fin de compte, ne nous faisons pas trop d’illusions pour la plupart des artistes.

Que ce soit par l’apport de la publicité dans des vidéos générées par des amateurs ou dans la lecture en transit de la musique, il ne reste généralement pas grand-chose dans les poches des artistes en fin de compte.

Car dans cette longue chaîne d’intermédiaires (Annonceurs > YouTube > ayants droit > artiste), beaucoup de commissions sont réclamées avant que l’artiste puisse voir la couleur de l’argent.

Actuellement, ce sont de grands groupes comme Universal Music qui sont les intermédiaires entre la plateforme vidéo et les artistes, mais il n’est pas impensable qu’un plan comme la stratégie culturelle numérique du Québec puisse, à terme, supporter une initiative à but non lucratif qui représenterait toutes les musiques subventionnées à l’échelle de la nation.

Un tel type d’initiative pourrait créer une base de données commune, strictement consacrée au branchement de ces nouveaux acteurs de la chaîne de valeurs (YouTube, Deezer, Songza, etc.) et à la gestion des flux.

Au final, cette position ne demande qu’une compétence en gestion mécanique des flux de contenus, de métadonnées, de catalogues, d’argent, etc., et non une compétence en gestion d’artistes.

Quand il y a automatisation, il y a réduction des intermédiaires qui n’ont pas de réelle valeur ajoutée.

On peut rêver de vouloir faire vivre tout le monde dans l’industrie de la musique, mais s’il y a bien une personne qui ne devrait pas en pâtir, c’est bien l’artiste.