Billets publiés le 4 mars 2014

facebook_twitter_logo_combo1Ah, le clivage des générations sur les réseaux! On présume que les jeunes ne croient plus à la vie privée, qu’ils feraient n’importe quoi pour un peu de popularité, quitte à verser dans un narcissisme dont la plus simple expression est l’autoportrait à toutes les sauces. Sur cette lancée du narcissisme induit par les réseaux, quatre chercheurs américains de Caroline du Nord publiaient récemment dans le magazine Computers in human behavior les résultats d’une étude comparant l’expression du narcissisme chez les étudiants et chez les adultes sur Twitter et Facebook.

Abonnés de Twitter c. amis de Facebook

Pourquoi comparer ainsi ces deux réseaux populaires? Les chercheurs ont montré que le lexique utilisé sur les deux réseaux implique des rapports différents. Ce point a donc fait donc partie de leurs prémisses : être suivi sur Twitter n’implique pas une relation réciproque, tandis que sur Facebook « être amis » requiert une demande d’amitié et donc une acceptation bidirectionnelle de ce lien. Cette interprétation imposait un mode de relation qui a modelé leur hypothèse de départ et les questions qu’ils ont posées aux quelque 500 étudiants de 18 à 29 ans qui se sont prêtés à l’étude. Pour comparer le comportement des étudiants à celui des adultes, les chercheurs ont soumis le même questionnaire à un échantillon d’adultes de 18 à 75 ans hors du milieu universitaire.

Plus de narcissisme sur Twitter que sur Facebook?

Publier des mises à jour fréquentes, se réjouir d’être suivi par un grand nombre d’abonnés, vérifier sa popularité à travers les palmarès ou les Twopchart, sentir parfois leur admiration au détour d’une révélation lue par des milliers de gazouilleurs. tout cela avait l’apparence d’un bon indicateur de narcissisme pour les chercheurs. D’autre part, le concept plus fermé de Facebook, les rapports de proximité auxquels mènent les interactions, les a amenés à avancer l’hypothèse que ce média était moins axé sur des rapports de narcissisme.

Les chercheurs voulaient donc vérifier si une utilisation constante de Twitter révélait un plus grand narcissisme que l’utilisation de Facebook. Le questionnaire administré aux deux groupes portait sur les raisons pour lesquelles un utilisateur fait une mise à jour, sur l’importance qu’il accorde au nombre d’abonnés ou d’amis, sur l’accent qu’il met sur un profil attirant ainsi que sur la façon dont il réagit aux manifestions d’admiration de la part d’amis ou d’abonnés.

Raisons-SNS

Illustration des variables et des questions de l’étude.

Et si la distinction entre jeunes et moins jeunes se jouait sur Facebook?

Dans les deux groupes, les participants qui n’avaient pas de compte sur l’un ou l’autre des réseaux étaient d’emblée éliminés. On s’est donc retrouvé avec des utilisateurs actifs des deux réseaux, âgés de 18 à 75 ans. Après avoir cumulé les réponses des étudiants, on a conclu que des mises à jour fréquentes des réseaux sociaux, tant sur Twitter que sur Facebook, pouvaient être un bon indicateur de narcissisme chez l’utilisateur, tout comme l’importance accordée à créer un profil pouvant attirer beaucoup d’abonnés. Sans grande surprise, le désir de susciter l’admiration tant sur Twitter que sur Facebook serait aussi un marqueur de narcissisme. Toutefois chez les étudiants, le désir d’être suivi sur Twitter s’est révélé un indicateur de narcissisme plus signifiant que le fait de mettre à jour son statut fréquemment sur Facebook.

Et c’est là que les deux groupes se distinguent l’un de l’autre. Pour les utilisateurs appartenant à la génération X ou plus vieux, qui n’ont pas grandi avec Facebook, mettre à jour un statut ou rendre un profil attirant n’est pas naturel. Dans ce cas, une grande activité sur Facebook est plus signifiante que pour les jeunes étudiants et se rattache avec plus de certitude à un comportement narcissique.

Contrairement à ce que les chercheurs avaient avancé dans leurs hypothèses, au final, Facebook est un terrain plus propice au narcissisme que Twitter. Et de la même manière, les distinctions entre les deux réseaux peuvent être interprétées sous un autre jour : sur Facebook, l’utilisateur narcissique aura beau jeu de solliciter tous ceux qu’il veut avoir comme « amis » pour nourrir son ego, alors que sur Twitter, c’est en partageant des contenus et des réflexions intéressantes qu’un utilisateur gagnera plus d’abonnés.

Pour télécharger l’étude parue dans Computers in human behavior : Twitter versus Facebook : Exploring the role of narcissism in the motives and usage of different social media platforms