Billets publiés le 29 janvier 2014

Publicité ciblée selon vos goûts? Source : Cloudzilla sur Wikipedia Commons

Publicité ciblée selon vos goûts? Source : Cloudzilla sur Wikipedia Commons

Que des services gratuits, comme les réseaux sociaux, tentent de faire du profit en monnayant les goûts et les habitudes des abonnées est déjà choquant. Mais quand le même type de présomption touche un fournisseur de services payants et, qui plus est, la compagnie réputée Bell Canada, les utilisateurs, comme les autorités, sourcillent.

Des données confidentielles revendues à des fins de marketing

Le lundi 27 janvier, le Public Interest Advocacy Centre (PIAC) et l’Association des consommateurs du Canada ont demandé au CRTC de remettre en cause les nouvelles conditions de Bell Canada quant à la vie privée de ses membres. Selon ces deux entités, Bell utiliserait des données confidentielles de ses abonnés payants, afin de les revendre à des fins de marketing. La demande envoyée au CRTC critique vivement ce passage du fournisseur en télécommunication à celui d’annonceur publicitaire.

Cibler les publicités selon les goûts des utilisateurs

L’ajout à ces termes, actif depuis le 16 novembre, stipule que Bell utilisera des informations pour, entre autres, la personnalisation des publicités et des offres de partenaires « plus pertinentes ». Ils mentionnent que cette mesure permettra « une meilleure détection et prévention de la fraude ». Si la compagnie assure qu’aucune information privée ne sera divulguée, le type de données que recueillera Bell demeure inquiétant : navigation en ligne ou sur un appareil mobile, habitudes d’appel et même le contenu télévisuel consommé par l’utilisateur. En somme, l’utilisation à partir de chacun des services offerts (télé, téléphonie ou connexions Internet) serait potentiellement analysée à des fins de publicité.

Bell offre la possibilité de refuser les publicités personnalisées à partir de la page de gestion de préférences. Mais le document de PIAC souligne qu’il y a de fortes chances que cela ne change rien en ce qui concerne la collecte de données. Selon l’organisme, peu importe que l’utilisateur soit abonné par défaut ou par option d’inclusion ou d’exclusion (donc délibérément hors du système), le fournisseur continuera d’accumuler les données. Il n’y aurait donc pas de choix réel pour la vie privée, seulement celui de recevoir des publicités personnalisées ou non.

Des millions de Canadiens touchés

Dans tous les cas, Bell demeure en mesure d’obtenir des données massives (big data) importantes sur sa clientèle et ses habitudes de consommation. Or, comme permet de le voir l’application de la PIAC et de l’Association des consommateurs canadiens, cette compagnie avait au troisième trimestre 2013 environ 7,8 millions d’abonnés sans fil, 5,3 millions d’abonnés téléphoniques, 2,2 millions d’abonnés Internet et 2,2 millions d’abonnés à ses services télé. Cette masse d’abonnés payants serait potentiellement une source de revenus supplémentaires pour Bell et ses partenaires d’affaires.

La question de la vie privée… encore

Cette controverse s’ajoute à toutes les autres qui touchent la vie privée des citoyens dans le contexte des fournisseurs de services canadiens. En novembre 2013, le CRTC annonçait la création d’une unité d’enquête sur les frais d’itinérance, ce qui peut indiquer que cet organisme est de plus en plus enclin (peut-être sous la pression du gouvernement fédéral) à agir contre des mesures de ces compagnies considérées abusives. Ces dernières, tout comme les pirates informatiques, profitent du manque de balises légales et repoussent les limites. Mais l’information propulsée par le courroux de la population finit toujours par circuler.

Par ailleurs, la demande de la PIAC et de l’ACC survient au moment où des compagnies américaines et le gouvernement américain se sont entendus, afin que certains faits concernant les ordonnances des tribunaux touchant à l’espionnage puissent être divulgués à la population.

À ce propos, le Commissariat de protection à la vie privée du Canada a émis un rapport, le 28 janvier 2014, intitulé, Mesures de vérification et de contrôle : renforcer la protection de la vie privée et la supervision des activités du secteur canadien du  renseignement à l’ère de la cybersurveillance.