Martin LessardL’apprentissage neuronal pour structurer le monde

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 publié le 27 janvier 2014 à 16 h 07

On a appris cette fin de semaine l’acquisition de DeepMind par Google, une firme spécialisée en intelligence artificielle, pour la somme  d’environ 1 demi-milliard de dollars selon Re/code et The Information.

Google confirme ainsi sa volonté de maîtriser une expertise bien précise en intelligence artificielle, le « deep learning« , l’apprentissage en profondeur.

Ce néologisme recouvre toutes les recherches avancées en réseaux neuronaux artificiels qui permettent aux algorithmes d’autoapprendre en se créant des niveaux d’abstraction conceptuels de haut niveau.

En clair, ce nouveau champ des sciences informatiques cherche à bâtir des machines capables de traiter les données de la même façon que le ferait notre cerveau.

DeepMind n’est pas nécessairement reconnu comme la meilleure de son domaine, mais elle est forte de plusieurs dizaines de chercheurs de haut calibre. Et Google en a aussi profité pour retirer le tapis sous les pieds de Facebook qui tentait d’acquérir l’entreprise en démarrage britannique.

Virage majeur

Google, Facebook, Microsoft, Yahoo, IBM et tous les géants de la techno semblent se lancer dans une course pour acquérir une expertise en apprentissage en profondeur.

Notre environnement, du point de vue des algorithmes informatiques, est un gigantesque magma chaotique de données non structurées.

Si, en imitant le cerveau (qui s’accommode très bien d’un « environnement de données non structurées »), la machine devient capable d’apprendre à se diriger et à interpréter notre monde, les occasions sont gigantesques.

Pour Google, qui vient d’acquérir Nest et Boston Dynamics, voilà une façon de relier les points de son plan pour « organiser les informations à l’échelle mondiale », et ce, à un niveau encore inimaginable.

L’acquisition de DeepMind n’est qu’un signe que la course est enclenchée dans cette ruée vers le « cerveau électronique » (si une telle expression peut avoir un sens).

Source: wikipedia

En ce moment, le géant chinois Baidu possède son propre laboratoire de recherche consacré à l’apprentissage en profondeur. Microsoft cherche à recruter des chercheurs en « informatique biologique » (biological computation) ayant une expertise en immunologie et en neuroscience. Au Japon, des chercheurs sont en train de construire des robots qui utilisent des réseaux de neurones artificiels. L’Europe souhaite recréer un cerveau humain à l’intérieur d’un supercalculateur. Obama a aussi lancé le grand chantier de cartographie du cerveau.

Un des groupes les plus avancés dans le domaine, le programme de recherche sur le calcul neuronal et la perception adaptative, créé en 2004, relève de l’Institut canadien de recherche avancée (ICRA). Il regroupe les plus éminents penseurs du monde dans le domaine.

Ses membres sont convaincus que, quelque part dans notre cerveau, se cache le secret de l’incroyable pouvoir d’interprétation de nos neurones, capables de créer un modèle cohérent du monde.

Ça me rappelle la course à la bombe atomique où le premier qui trouve la bonne formule domine le monde.

Éthique informatique

Signe des temps, Google a annoncé la création d’un comité éthique.

L’acquisition de Nest et de Boston Dynamics avait suscité une telle inquiétude quant au dérapage potentiel d’une firme pouvant recouper autant d’information sur nous, que cette fois-ci, avec DeepMind, Google veut rassurer le public en affirmant que les algorithmes ne seront pas utilisés à mauvais escient.

« Don’t be evil », ne fais pas le mal, telle est sa devise. La tentation est plus forte que jamais.

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