Billets publiés le 8 janvier 2014

Nadia SeraioccoNouvelles satiriques : démêler le vrai du faux…

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 publié le 8 janvier 2014 à 10 h 41

Elenavetn 2013, le Québec a connu une explosion : celle des sites de nouvelles satiriques. Le Navet, l’Axe du Mad ainsi que La Pravda ont affolé le compas de nombreux consommateurs de nouvelles en ligne. Bien que le mandat de ces sites soit explicitement humoristique, plusieurs personnes sont tombées dans le panneau et ont cru aux fictions publiées. Il faut dire qu’avant le web, les sources de nouvelles étaient moins nombreuses et celles qui se rendaient jusqu’au lecteur avait le sceau d’un média connu.

Les sources du vrai et du faux…

AXE DU MADDifficile de démêler le vrai du faux? Apparemment oui, et pour s’en faire une idée, il suffit de lire au hasard quelques-uns des commentaires publiés en réponse à l’article de l’Axe du Mad, « Le gouvernement du Québec interdit les quiz télévisés considérés abrutissants ».

Si les sites québécois sont récents, d’autres qui ont acquis une grande notoriété continuent de leurrer des lecteurs. Ainsi, il se trouve encore des gens victimes de leur naïveté qui croient les « nouvelles » du fameux site The Onion, l’instigateur incontournable de la nouvelle satirique. La chose est tellement répandue que le site Literally Unbelievable rapporte plusieurs fois par jour les réactions incrédules, voire indignées sur Facebook. Au mois d’août dernier, même l’agence de presse Chine Nouvelle s’est fait piéger (pour une deuxième fois) par The Onion.

Quand la fiction défie la réalité

Parce qu’il y a risque que les lecteurs soient bernés, certains voient d’un mauvais œil la prolifération de ces sites. Les fondateurs du Navet et de l’Axe du Mad, respectivement Xavier et Julien Day, se surprennent de ces réactions. En septembre dernier, Isabelle L’Héritier, dans son article « Narguer l’actualité », leur a donné la parole, et leurs objectifs sont on ne peut plus clairs. Outre le but explicite de faire rire, cette satire souligne les incohérences et le sensationnalisme des médias. Elle agit en tant que critique, très certainement nécessaire, de la concentration des médias au Québec.

La satire journalistique avant Internet

En mai, Judith Lussier posait comme hypothèse que les Québécois n’étaient peut-être pas prêts à ce genre de site, au contraire des Américains qui y sont plus habitués. Les États-Unis ont une tradition d’actualité satirique qui remontrait à 1835. Un journaliste pour le New York Sun, Richard Adams Locke, avait publié des lettres sous le nom de Sir John Herschel, alors l’astronome le plus connu de son époque, sur la découverte de formes de vie et de civilisation sur la Lune. Ce canular, baptisé le « Great Moon Hoax », constitue, selon Sarah Burton, le premier cas rapporté de nouvelle satirique aux États-Unis. Le site qui accompagne sa thèse présente la chronologie des événements marquants de l’histoire de la nouvelle satirique américaine.

Pour Mme Burton, le rôle social de ces nouvelles est indéniable. Sa thèse se conclut ainsi : « L’indignation invoquée par la satire révèle qu’au centre de ces blagues, il y a une vérité, et que là où une nouvelle vérité est exposée, il y a discussion. »

Tout ce bien et ce mal qui vient des réseaux sociaux

Les réactions parfois violentes que génèrent les sites de fausses nouvelles ne seraient donc pas seulement le résultat de l’exploitation de la naïveté du public. Elles permettent de mettre le doigt directement sur les problèmes sociaux et sur ce qui provoque la colère de la population. Surtout que la plupart de ces sites ne cachent pas leurs intentions humoristiques. Le véritable danger vient plutôt des fausses nouvelles qui se veulent crédibles. D’autant plus que pour l’internaute qui s’abreuve rapidement sur Twitter ou Facebook, cherchant un sujet d’indignation ou de soulèvement, la fausse nouvelle frappe l’imaginaire.

Encore récemment, certains se sont fait avoir par cet article à propos d’Iron Maiden, qui aurait présenté des spectacles dans les régions du monde où ils se font le plus pirater. Comme quoi il est important de toujours vérifier les sources, quitte à faire un tour sur Hoaxbuster.

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