Billets publiés le 6 janvier 2014

Martin LessardQui possédera « l’intelligence » du futur?

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 publié le 6 janvier 2014 à 11 h 58

C’est un exercice annuel auquel beaucoup de firmes se plient depuis quelques années : prévoir les technologies qui changeront nos vies dans un avenir plus ou moins proche. Cette année, c’est IBM qui a attiré mon attention, mais pour des raisons différentes qu’à l’habitude.

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« Everything will learn »

« À l’avenir, tout ce qui nous entoure sera capable d’apprendre », traduisait ce matin Le Devoir. Je vous laisse le plaisir de découvrir ce que les chercheurs d’IBM proposent comme innovations à partir de cet aphorisme de geek.

Le détail qui m’intéresse ici, c’est la prémisse : « Ces innovations commencent à émerger grâce à l’infonuagique, aux données volumineuses et aux technologies d’apprentissage. »

Ne sous-estimons pas la puissance combinée de ces trois technologies réunies.

Nos appareils deviendront plus « intelligents » (mauvaise traduction de smart), car ils pourront compter sur un accès à une puissance de calcul incroyable dans le nuage, effectué sur des masses de données pharaoniques, à partir d’algorithmes autoapprenants.

Qu’importe ce qu’IBM prédit comme innovations qui « changeront nos vies dans cinq ans », la vraie révélation pour moi, c’est qu’IBM se place en position de force sur un territoire qui est nouveau : posséder la puissance de calcul, l’espace de stockage et les algorithmes pour virtuellement contrôler « l’intelligence du futur ».

Reprenons les trois promesses de ces technologies

1- Avec le déploiement de la haute vitesse et de l’accès ubiquitaire, l’intelligence n’a plus à être « embarquée » sur l’appareil. Un assistant numérique qui répond à vos questions, comme Siri sur l’iOs aujourd’hui (ou dans votre voiture demain, avec le Siri Eye Free) ne sera « intelligent » que grâce au nuage.

2- La captation des données et des métadonnées, que le triste scandale de surveillance de la NSA a révélée au grand public, n’est techniquement plus un défi. Croisées, ces données rendent visibles des relations autrefois obscures ou impossibles à établir. De Google Flu à Watson en sarrau blanc, les données traitées en très grande quantité ne peuvent se faire qu’en un point centralisé.

3- Les algorithmes autoapprenants (qui sont les petits-enfants de l’intelligence artificielle) sont encore dans leur prime enfance (comme ce robot qui « apprend » à marcher). Ils évolueront pour, peut-être, rendre véridique ce que Wired prédisait : la fin de la théorie et l’émergence de la corrélation pour créer de nouveaux modèles scientifiques.

Ces trois vecteurs d’innovation, clés du futur

En possédant ces trois vecteurs d’innovation, IBM nous fait miroiter de nouveaux bidules qui « changeront nos vies ». Oui, et ils auront raison (mais probablement pas dans cinq ans), car ces appareils du futur, avec un supplément d’intelligence, seront effectivement des améliorations pour nous, simples mortels.

Mais ce que IBM passe sous silence, c’est que la compagnie sera celle qui traite, engrange et distribuera cette intelligence. Elle accédera au stade de divinité omnisciente.

Imaginez tout ce que cet Internet des objets, ces villes intelligentes, ces connexions en temps réel vont créer comme connaissance du monde. Tout ça passera par IBM!

Cela reste à démontrer, bien sûr. Mais si IBM (ou n’importe quelle compagnie de cette envergure) permet de « livrer de l’intelligence », c’est un énorme pouvoir que nous lui laissons entre les mains.

De telles compagnies seront aux commandes de la société de demain. Avec un accès privilégié à l’information qui se génère en temps réel devant elles, elles auront un pouvoir qui est infiniment plus important que tout ce que les empires depuis le début de l’humanité ont eu.