Nadia SeraioccoEmilio Vavarella : quand les erreurs de Google deviennent de l’art

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 publié le 3 janvier 2014 à 14 h 00

Google trilogy, ou Trilogie Google, est une oeuvre d’Emilio Vavarella inspirée par le rapport entre les humains, la technologie, le pouvoir et les erreurs inévitables de cette rencontre. Vavarella s’est appliqué à répertorier les images de Google Street View dont la captation a connu quelques ratés. Est-ce que la machine a créé des oeuvres ou est-ce que l’art est dans l’oeil de l’artiste?

La trilogie des erreurs, ou des perceptions revisitées

Dans le premier volet, intitulé Report a problem (« Signalez un problème »), l’artiste a réuni 100 photos numériques qui montrent des paysages tantôt recolorés par les effets du numérique, tantôt déformés par une erreur poétique. On pourrait croire que ces effets sont planifiés et conçus dans un but artistique, mais il n’en est rien.

Reportaproblem

Dans le volet Michele’s story, Vavarella raconte en un panoptique de 100 images le parcours d’un homme paralysé et souffrant de pertes de mémoire après un accident. Grâce aux images d’accidents tirées de Google street view, l’artiste recrée un fragment à la fois de ce qui pourrait être l’histoire de Michele. Il explore donc ici le rapport à la mémoire, ainsi que les archives numériques qui se constituent souvent à l’insu des personnes sur les photos captées.

Michele-Story-print

Le dernier volet, The driver and the cameras, analyse la subjectivité derrière la caméra, soit le conducteur qui patrouille les rues pour capter les différentes photos qui serviront à Google street view. La série compte 11 impressions sur des plaques en aluminium de forme ronde. Emilio Vavarella explique que pour la mise en ligne, Google exige que les visages des personnes photographiées soient recouverts d’un flou pour éviter qu’on puisse les identifier. Les photographes-patrouilleurs, eux, apparaissent parfois par erreur dans une photo, montrant ainsi l’envers du décor et faisant ressortir l’action humaine qui sous-tend le processus de documentation de Google.

Drivers

Au final, le travail de Vavarella fait réfléchir sur l’esthétique de l’erreur, mais aussi sur l’action humaine dans un contexte de contrôle social, alors que nos faits et gestes sont de plus en plus captés et archivés numériquement par ces caméras présentes un peu partout dans l’espace urbain.

Photographie, Société