Martin LessardEst-ce un jeu? Est-ce un docu? Non, c’est Fort McMoney!

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 publié le 25 novembre 2013 à 15 h 28

La culture numérique a propulsé à l’avant-plan la culture de l’écran.

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Comptez le nombre d’écrans que vous avez à la maison, du petit iPod à votre télé 3D géante, en passant par votre cellulaire et votre tablette, et vous verrez que cette culture de l’écran a conquis tous les accès à notre présent, où que nous soyons (lire Des écrans, des écrans partout! sur Triplex).

Et selon les écrans, nous ne consultons pas les mêmes contenus. Que consultez-vous sur une tablette, un écran d’ordinateur, une télévision ou écran de cinéma? Sans parler des lunettes Google.

Croyez-vous que nous écrivons encore les mêmes histoires aujourd’hui, devant une telle diversité?

Manifeste pour les nouvelles écritures

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Voyez le beau webdoc Fort McMoney, un « jeu documentaire » accessible en ligne depuis ce matin. Par la ludification d’un sujet délicat, celui des sables bitumineux, l’auteur, David Dufresne, nous fait parcourir une ville, Fort McMurray, à la rencontre de personnages et de lieux qui alimenteront votre réflexion sur l’environnement, l’industrie pétrolière et les conditions sociales qui sous-tendent tout ça.

Cette production de TOXA et de l’Office national du film du Canada, en association avec ARTE, et présentée en partenariat avec Radio-Canada, Le Monde, le Globe and Mail et Süddeutsche.de, offrira de nouveaux épisodes régulièrement au cours de l’hiver.

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La linéarité narrative traditionnelle laisse une partie de sa place dominante à une écriture qui intègre certaines décisions du spectateur dans le déroulement de l’histoire.

De là à réclamer un statut particulier pour cet art, il n’y a qu’un pas, franchi ce mois-ci dans un manifeste signé par neuf artistes numériques, dont ceux derrière Fort McMoney.

Leur « énoncé d’intention sur la production culturelle numérique et interactive québécoise » se veut un plaidoyer pour soutenir une création interactive qui n’est pas une déclinaison d’une autre forme d’expression et qui a une démarche qui lui est propre.

Dernières balises avant mutations

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La rapidité des changements technologiques et la multiplicité des contenus sont à la fois un défi et un signe de vitalité. Cela change aussi la notion d’œuvre culturelle (qui traditionnellement commence et s’arrête avec l’artiste). L’oeuvre Fort McMoney, qui repose sur le code pour nous raconter une histoire, représente un type de cette « nouvelle écriture ».

Les nouveaux usages numériques recomposent nos modes d’accès à la culture (combien de films écoutez-vous encore sur grand écran?), notre rapport à la culture, sa nature même (comment avez-vous apprécié l’interview de Gab Roy?) et la place de l’auteur (qui est l’instance narrative derrière vos soirées sur Facebook?).

Dans son rapport de 2011 sur le virage numérique des industries culturelles, la SODEC, dans une des recommandations au gouvernement, proposait de créer un « programme laboratoire qui servir[ait] de pépinière à des projets numériques innovants », un laboratoire visant à définir les nouveaux modèles de création, de promotion et de diffusion de la culture.

Fort McMoney n’est ni un jeu, ni un film, ni une série télé. C’est tout ça à la fois et plus encore. Où est ce laboratoire pour assister ce virage numérique des industries culturelles?

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Si on lit bien Milad Doueihi, professeur à l’Université Laval, dans son récent « Qu’est-ce que le numérique? », il nous rappelle que la nouvelle culture repose sur le code, « vecteur de cette nouvelle civilisation », qui rompt avec notre rapport à la culture.

Cette « nouvelle culture », qui la supporte? Qui la produit? Qui la consomme? De la réponse à ces questions, on pourra, j’imagine, savoir qui dominera dans « cette nouvelle civilisation ».

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