Martin LessardCalico : voir la mort comme une erreur 404

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 publié le 19 septembre 2013 à 13 h 27

« [L]a grande tentation qui travaille l’époque serait-elle d’en finir avec l’humain, de le transcender, de passer à autre chose? Inventer une autre histoire, ouvrir un autre temps, écrire une autre aventure – sans corps, sans mort, sans limite? »

Je cite Monique Atlan et Roger Pol Droit, dans Humain (p. 523) car je crois qu’ils résument assez bien les sous-entendus de Google dans Calico selon moi : l’homme est une information comme une autre. Or, la mission de Google est d’« organiser les informations à l’échelle mondiale ».

Google ne veut plus d’erreur 404.

La mort est un bogue

Google a annoncé hier qu’il lançait Calico, une nouvelle entreprise dont la mission sera de combattre les effets du vieillissement et des maladies en fin de vie.

À une autre époque, une telle nouvelle en aurait fait sourciller plus d’un. Aurait-on pris au sérieux un titan commercial, disons Ford, qui se serait lancé dans le domaine médical, disons l’industrie pharmaceutique?

Alors quand le Time annonce que Google veut en finir avec la mort, on devrait être aussi étonné, non? On est très loin de leur domaine, non?

Non. L’humain et sa santé ne sont que des informations comme les autres.

Pourquoi Google et non Exxon Mobil ou General Electric

Est-ce que Google peut trouver une solution à la réduction de notre mobilité, de notre agilité mentale, de l’apparition des maladies, de la mort, même? Tous ces inconvénients seront dans la mire de Calico.

Larry Page, le patron de Google, sur sa page Google+, dit très peu sur ce que Calico fera vraiment.

Compte tenu de l’immense fortune en liquide que possède Google (54 milliards de dollars), il n’est pas étonnant qu’il finance des projets innovateurs dans d’autres secteurs. Son laboratoire, Google X, regorge de projets : la voiture automate et les lunettes dites intelligentes, sujets que Triplex a déjà abordés.

Mais c’est le premier saut sérieux dans le domaine de la médecine.

Larry Page a dit être atteint d’une maladie qui paralyse lentement ses cordes vocales. Sergey Brin, l’autre cofondateur de Google, possède une mutation génétique responsable de la maladie de Parkinson. Il y a donc une motivation très personnelle.

Le spectre de Steve Jobs se profile à l’horizon pour eux. Jobs, malgré toute sa richesse et sa puissance, est parti au faîte de sa gloire. On comprend pourquoi Page et Brin souhaitent consacrer les ressources de Google à repousser cette échéance.

Mais ce n’est pas la seule raison…

Le big data pour prolonger la vie

Google a bien vu que la médecine, plus que jamais, devient un sous-domaine de la science de l’information. On y récolte et on y analyse de grandes quantités de données auprès des patients pour en retirer des connaissances qui serviront aux suivants.

Or, Google est un des champions des grandes bases de données et de la façon d’en tirer des connaissances.

Le big data, les lecteurs de Triplex le savent, peut générer une source de connaissance incroyable. Bien maîtrisé, il permet de faire corréler des données entre elles de façon à faire émerger des faits.

Avant, capter, conserver et analyser des données entraînait des frais énormes. Mais aujourd’hui capter des données vitales n’est plus un défi et a même fait naître tout le mouvement du Quantified self.

Le défi est dans l’interprétation et l’émergence de corrélations significatives et applicables scientifiquement.

Pour repousser la mort, cliquez ici

On peut supposer que Calico se lancera probablement dans la capture, le stockage et l’analyse de données médicales pour en tirer une compréhension qui aidera la médecine.

IBM fait un travail similaire avec Watson, son superordinateur qui a battu les humains à Jeopardy! et qui s’est reconverti en docteur qui diagnostique les cancers. La puissance brute de calcul permet de faire des liens plus vite que nous, les humains.

Est-ce suffisant pour que le big data puisse repousser la mort? Si la mort est vue comme l’usure de notre corps, alors Calico et son big data, ainsi que toutes les autres avancées de la science, peuvent donner espoir aux tenants du transhumanisme.

Mon intuition est que Calico s’adressera, à terme, à la horde du mouvement du Quantified self, pas nécessairement aux institutions hospitalières. Actuellement, personne n’agrège ni n’analyse collectivement et à grande échelle toutes les « mesures personnelles » capturées par ces senseurs qui vont devenir de véritables laboratoires miniatures dans un futur proche.

L’idée que quelqu’un puisse me contacter 2 jours avant que je n’aie une crise cardiaque me parait séduisante…

Futur, Société, Tendance