Martin LessardAffrontement en éducation : tableau blanc contre tablette tactile

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 publié le 23 août 2013 à 17 h 03

« Des jeunes me disent qu’ils ont des télés bien plus grandes à la maison que le TBI en classe. » TBI? Tableau interactif intelligent!

Voilà relancé le débat, juste avant la rentrée scolaire, sur ces fameux tableaux électroniques (en fait, un ordinateur avec rétroprojecteur, auquel on a, malheureusement, apposé la mauvaise traduction de smart en anglais).

Photo: Zhao

Dans un article du Devoir cette semaine, Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation de l’Université de Montréal, constatait que « le TBI n’est pas utilisé à la hauteur de son potentiel ».

Dans le cas du Québec, les écoles primaires et secondaires ont été massivement, et dans l’urgence, équipées de ces tableaux interactifs en 2011.

Urgence? Oui, dans certains États américains, en Australie et au Royaume-Uni, les TBI sont présents depuis longtemps.

Le TBI semble permettre une meilleure présentation magistrale de contenu théorique et même augmenter la motivation des élèves et des enseignants, rapportait M. Karsenti au cours d’un colloque international l’an passé.

Mais cette motivation s’émousse avec le temps et surtout, paradoxalement, le TBI favorise un enseignement magistral, alors que toutes les technologies émergentes permettent justement de s’en émanciper.

Amplifier ce qu’on est

Dans un colloque sur l’avenir de l’éducation qui a eu lieu cette semaine au Lower Canada College, j’ai eu le privilège de présenter la conférence d’ouverture, sur les effets du numérique, devant un parterre de professeurs allumés et curieux des technologies émergentes en éducation.

J’y expliquais que « le numérique amplifie qui on est » (procrastineur ou bûcheur, passionné ou curieux, autonome ou suiveur), mais qu’il n’est pas en soi un moteur unique de l’apprentissage. La technologie a toujours été et ne sera jamais qu’un outil.

Ron Canuel, président et directeur général de l’Association canadienne d’éducation, dans sa présentation au même colloque, a rappelé que notre structure d’enseignement date d’une autre époque. Comment peut-elle alors être adaptée à la réalité d’aujourd’hui?

Il ressent une immense résistance à la technologie dans le monde de l’éducation.

Pourtant, a souligné M. Canuel, la technologie fait partie intégrante de la médecine, et personne dans ce milieu ne voudrait revenir en arrière. Pourquoi n’a-t-on pas le courage de cette évolution en éducation?

Peut-être, en fait, parce qu’il faut changer la façon d’enseigner l’enseignement, innover dans nos façons de faire apprendre?

L’éducation peut-elle changer?

Les tableaux interactifs sont peut-être une solution, mais pas la seule. Je cite une conclusion de François Guité, professeur bien au fait des applications des nouvelles technologies en éducation : « Il faudrait découper le tableau interactif en petites tablettes interactives, que l’on distribuerait aux élèves afin qu’ils puissent les utiliser à leur guise. »

Autrement dit, échanger le TBI du professeur contre des tablettes pour les élèves.

Cette expérimentation a déjà commencé dans certaines écoles, notamment avec l’introduction de l’iPad au secondaire. Cette approche est à l’opposé de celle du TBI.

Le TBI chercher à amplifier l’apport du professeur. La tablette cherche à amplifier celui des étudiants. Les deux modifient différemment la façon d’instruire, et un débat est inévitable pour savoir lequel est le meilleur.

Mais ce n’est pas la bonne question. Encore et toujours, c’est l’approche pédagogique qui est ici la clé. La technologie n’est qu’un adjuvant.

La vraie question est celle-ci : quelle pédagogie est la meilleure pour pousser davantage les résultats scolaires vers le haut, pour continuer à accrocher les élèves, pour bonifier l’éducation?

Plus que jamais, la technologie permet l’innovation de tous les côtés. Pour ça, il faut avoir du courage, pour reprendre le mot de M. Canuel : le courage d’innover en pédagogie avec l’intégration de la technologie dans la salle de classe. « Pas de courage, pas de changement. »

Écoutez l’interview de M. Karsenti sur les TBI à ICI Radio-Canada Première.

Lisez l’interview de M. Canuel en 2012 sur l’innovation en éducation.

Relisez mon billet « Décalage entre l’école et la société numérique?«  sur Triplex.

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