Martin LessardVos « J’aime » vous trahissent

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 publié le 15 mars 2013 à 12 h 44

Ce que vous « aimez » sur Facebook en révèle plus sur vous que vous ne le pensiez. Si vous avez encore des doutes, ils seront vraiment réduits à néant quand vous aurez lu ce billet.

En début de semaine, l’Université de Cambridge a présenté une nouvelle étude, intitulée « Private traits and attributes are predictable from digital records of human behavior ».

Les chercheurs y détaillent comment, à force de cliquer « j’aime », le système est en mesure de prédire, par recoupement avec d’autres personnes, vos traits de personnalité.

Par traits de personnalité, on entend entre autres l’orientation sexuelle, l’appartenance ethnique, religieuse ou politique, l’intelligence (QI), le degré de bonheur, l’âge et le genre. Et même la consommation de drogues ou de cigarettes.

Les chercheurs ont analysé un ensemble de données provenant de plus de 58 000 utilisateurs américains de Facebook, qui ont ouvertement dévoilé leur « j’aime », montré leur profil démographique et passé des tests psychométriques.

Les modèles statistiques développés ensuite par les chercheurs permettent de prédire avec une forte probabilité la plupart des traits.

Dans le graphique ci-dessous, plus le chiffre s’approche de 1, plus la prédiction est précise :

Il y a bien sûr des pages qui annoncent clairement vos couleurs. Si vous « aimez » la page d’Obama, il y a peu de doute que vous soyez un républicain.

Mais qui aurait cru qu’aimer à la fois Curly fries et Wicked The Musical caractériserait les homosexuels intelligents et qu’aimer Sephora et Being Confused After Waking Up From Naps prédispose le système à vous classer parmi les hétérosexuels moins intelligents?

Nous sommes dans la continuité de ce que j’écrivais mardi: la technologie nous permet de plus en plus de lire un réel que nous ne percevons pas.

Il suffit tout au plus d’une trentaine de « j’aime » environ pour que les prédictions commencent déjà à être statistiquement intéressantes.

Dans le graphique ci-dessous, la précision augmente (axe des y) avec le nombre de « j’aime » (axe des x), mais après à peine une cinquantaine de « j’aime », la quantité influence de moins en moins la précision de la prédiction :

Cette étude démontre à quel point un bon modèle statistique peut réussir, avec peu de données numériques, à estimer, automatiquement et avec une certaine précision, les traits de personnalité des gens avec un niveau comparable aux résultats d’un test de personnalité. Et ce, avec des données accessibles à tous.

Les auteurs du rapport concluent que les enjeux entourant l’accès à de telles informations ne sont plus futiles. Il suffit au final de bien peu de données pour arriver à cerner une personne, bien au-delà ce qu’elle imagine. Et ces données, en apparence innocentes, non privées, sont colligées à un seul même endroit.

Les chercheurs craignent que les gens deviennent plus frileux et qu’ils refusent graduellement l’usage des outils en ligne.

Les plateformes numériques, si elles veulent maintenir la confiance de leurs membres, doivent être très transparentes avec ce qu’elles font avec leurs informations. Elles devraient leur donner l’entier contrôle sur ce qui est enregistré, affiché, recoupé et interprété.

Pour continuer dans le même sens que le point développé dans mon dernier billet cette semaine, tout un pan de la réalité se déplie et s’offre à nous d’une autre façon avec la technologie. Mais cette fois-ci, c’est comme si tous avaient subitement accès à tout l’inconscient dans notre tête.

On se réveille un jour, plus nu qu’on le souhaite… et plus prévisible qu’on le pense.

Source

Étude: Private traits and attributes are predictable from digital records of human behavior
sur le site Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America

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