Billets publiés en mars 2013

Martin LessardLe réseau des bonnes nouvelles

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 publié le 28 mars 2013 à 10 h 19

« Un chien mord un homme, c’est un fait divers. Un homme mord un chien, c’est un scoop. »

On sait que les médias aiment cet adage pour illustrer comment capter l’attention.

Mais sur les médias sociaux, il semble que ça ne fonctionne pas tout à fait comme ça. À l’annonce d’une terrible nouvelle, celle qui provoque de la tristesse, il semble que nous soyons moins enclins à la faire suivre à nos amis et collègues en ligne.

Le cerveau humain serait plus prédisposé à faire suivre une bonne nouvelle.

Les bonnes nouvelles circulent mieux

Un chercheur a observé pendant six mois ce qui avait été le plus publié par le New York Times et ce que les lecteurs avaient ensuite le plus fait suivre.

Il lui est apparu que plus un article est positif, plus on est susceptible de le faire suivre. À l’inverse, plus l’article provoque de la tristesse, moins on est susceptible de le faire. Les articles scientifiques génèrent selon le chercheur une émotion positive et une admiration telles qu’ils suscitent le plus d’échanges.

Dit autrement, dans les réseaux sociaux, les bonnes nouvelles se répandent plus vite que les mauvaises.

Ça ne veut pas dire que l’article ne génère pas de la colère ou de l’anxiété : ce qui compte, c’est de ne pas provoquer de tristesse. Dans ce cas, ne comptez pas sur le lecteur pour qu’il le recommande à ses amis.

Le chercheur estime que c’est en partie parce qu’on ne souhaite pas passer pour un oiseau de malheur dans son réseau… et en partie par souci de ménager la sensibilité de nos pairs.

Nos neurones altruistes

Des neuroscientifiques ont poussé l’expérience jusqu’à, dans un premier temps, scanner le cerveau de gens au moment où ils entendent parler de certains faits nouveaux. Dans un deuxième temps, ils ont noté quelles informations ont été communiquées à d’autres personnes.

Si l’information entendue mobilise les zones du cerveau associées à la cognition sociale, là où réside notre souci pour les autres, alors là les chances que cette même information soit diffusée avec enthousiasme augmentent.

Si les informations nous ont simplement excités personnellement (les zones du cerveau associées à la gratification), ce n’est pas suffisant.

Pour qu’il y ait un effet de contagion, les zones associées à la cognition sociale doivent être activées. L’information qui circule peut alors vraiment devenir virale. L’autre personne est aussi touchée et a le goût de la faire suivre.

On voit là une explication scientifique des mises à jour de statuts Facebook qui tournent toujours autour de bonnes nouvelles. Plus que l’extinction annoncée des ours polaires, les petits chatons qui sautent dans des boîtes ont le support de nos neurones.

Bonne nouvelle va loin

Je ne crois pas qu’on ait attendu Internet pour commencer à partager les bonnes nouvelles autour de nous.

Justement, il y a deux millénaires, une des trois grandes religions du Livre s’est aussi bâtie sur la circulation d’une bonne nouvelle : la résurrection de Jésus, selon les chrétiens.

Qui sait, cette nouvelle s’est peut-être justement répandue selon les mêmes mécanismes neurologiques.

En tout cas, elle nous a donné une fête qui s’exprime au pays sous la forme d’un long congé cette fin de semaine.

Pour Triplex, ce sera l’occasion de faire une petite pause demain et lundi.

Joyeuses Pâques et à mardi.

En novembre dernier, j’ai fait la critique de la Wii U, la console nouvelle génération de Nintendo, ici même sur Triplex. J’étais enthousiaste au sujet de l’innovation promise (l’écran tactile intégré à la manette de la console) et de l’intention de la compagnie de vouloir reconquérir le cœur des joueurs traditionnels. Par contre, certaines lacunes me laissaient perplexe. D’abord, le nombre de jeux exclusifs tirant réellement profit de la combinaison du téléviseur et de l’écran tactile était minime. Ensuite, la version blanche (moins dispendieuse que l’autre) n’offre que 8 Go d’espace de stockage, ce qui est nettement insuffisant pour quiconque veut se procurer des jeux téléchargeables.

De plus, le temps de chargement des diverses sections du menu était incroyablement lent, au point de dissuader les curieux de tester les différents paramètres de la console. Qu’à cela ne tienne, Nintendo a entendu les critiques sur la lenteur de son interface et proposera bientôt une mise à jour afin de régler la situation. Le fabricant nippon a d’ailleurs publié une vidéo sur sa chaîne YouTube afin de donner un aperçu de l’amélioration à laquelle les propriétaires de Wii U auront droit en avril.

Dans la vidéo, on compare le fonctionnement de la Wii U avant et après la mise à jour. Quitter le jeu New Super Mario Bros. U afin d’accéder au menu principal ne prendra que 8 secondes au lieu de 20. Il va de soi que j’accueille à bras ouverts cette mise à jour, mais je dois admettre que je trouve le délai encore trop long.

À l’ère des tablettes, où accéder au menu d’applications est immédiat, il m’apparaît difficile de tenir pour acquise la tolérance des utilisateurs à l’égard d’une telle lenteur. Avec la PlayStation 4, qui permettra entre autres à ses propriétaires de jouer à un jeu avant même que celui-ci ne soit téléchargé au complet, Sony semble avoir tenu compte de l’impatience du joueur moderne.

Je dois admettre qu’en fan de jeux rétro, je suis nostalgique de l’époque où l’on pouvait simplement insérer une cassette dans la console, démarrer celle-ci et jouer instantanément. En espérant que Nintendo réduira davantage les délais de la navigation de l’interface de la Wii U dans de nouvelles mises à jour. Nous sommes tout de même en 2013.

Nadia SeraioccoLes dirigeants d’entreprise et le Web social

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 publié le 26 mars 2013 à 10 h 50

Depuis quelques années déjà, on présente des chiffres qui confirment que les hauts dirigeants d’entreprise ont compris l’importance d’une stratégie pour le web et les médias sociaux. Certains en concluent un peu trop vite que ceux-ci utilisent les réseaux et que tous les autres devraient en faire autant. En 2012, selon l’agence Weber Shandwick, qui s’intéresse à la question, 18 % des hauts dirigeants avaient des comptes sur les réseaux sociaux. C’est bien peu, mais cela ne signifie pas qu’ils ne soient pas engagés autrement auprès de leur clientèle.

Être présent sans être soi-même sur les réseaux

Dans la première version de Socializing your CEO, réalisée en 2010, Weber Shandwick concluait que les dirigeants des plus grandes entreprises s’engageaient peu sur les réseaux, ratant ainsi une belle occasion de solidifier leurs relations avec la clientèle. Comme la perception qu’on a d’un phénomène change avec l’usage, cette étude, plutôt que de voir si les dirigeants géraient eux-mêmes leur compte (un pas souvent difficile à franchir), les analystes ont mesuré l’interaction sociale, notamment la présence sur le site de l’entreprise, et la collaboration aux médias de l’entreprise (vidéos, photos, blogue, etc.).

Dans ce contexte, le fait que le pourcentage de dirigeants d’entreprise qui ont des comptes personnels sur les réseaux est plutôt stable (16 % en 2010 et 18 % en 2012) prend une tout autre signification : leur réputation demeure importante pour le succès de l’entreprise, mais le contact social peut s’effectuer autrement. Or, les dirigeants collaborent plus au contenu du site, et leur taux d’engagement est passé de 32 % à 50 % en 2012. Ils ont aussi compris qu’il était important de se prêter au jeu des nouvelles formes de communication : en 2012, quelque 40 % (c’est plus que le double du taux de 2010) d’entre eux ont accepté de figurer dans des vidéos destinées aux médias sociaux.

Extrait de l’infographie : bit.ly/socializingyourCEO2013

Comment s’y prendre pour convaincre son patron?

En fait, la première chose à comprendre pour un dirigeant d’entreprise, c’est que, même s’il n’y prend pas part, la conversation à propos de son entreprise continuera d’évoluer. C’est un fait qui a toujours été mis de l’avant, mais les meilleurs dirigeants d’entreprise mettent un certain temps à prendre le train du social. Or, dans une infographie résumant son document de recherche, Weber Shandwick l’illustre bien : on trouve le plus haut taux d’engagement dans le groupe de ceux qui sont en poste depuis plus de trois ans. Lorsque, dans son rapport, la firme dit qu’il est plus important d’avoir quelques comptes bien animés qu’une dizaines de présences inertes, je suis tout à fait d’accord. L’idée étant de donner un visage et une présence à la direction d’une entreprise, si un dirigeant a un compte Twitter lié à celui de l’entreprise, même si ses messages sont rares, il aura des abonnés.

La veille et l’observation font partie d’une présence efficace

Lorsque moins de 20 % des dirigeants ont un compte sur les réseaux sociaux, cela indique possiblement qu’ils auront rarement accès à l’information en provenance des réseaux sociaux. Pourtant, l’écoute et l’observation de l’activité de ces réseaux peut être un facteur important pour un gestionnaire qui doit tous les jours prendre maintes décisions touchant ses clients. Ce n’est pas nouveau pour ceux qui cherchent à sensibiliser des dirigeants d’entreprise à l’importance d’une action concertée sur les réseaux sociaux. Toutefois, c’est cette observation soutenue qui fera que l’engagement de ces derniers sur les réseaux sociaux continuera d’augmenter.

Sources :

La page du rapport de Weber Shandwick : Socializing your CEO, 2013

La page de l’infographie résumant l’étude.

Forbes : Study : CEOs and social media are an unlikely pair

 

Martin LessardLa Presse+, changement de culture

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 publié le 25 mars 2013 à 12 h 46

Le  journal La Presse va lancer son « projet iPad », La Presse+. Le virage numérique du grand quotidien montréalais table sur le tout-en-ligne, le gratuit et le tactile.

« Ça passe ou ça casse », résumait Stéphane Baillargeon dans Le Devoir de ce matin.

Les lecteurs de Triplex le savent, car on en avait déjà discuté ici il y a deux ans, ramener toute l’info sur un écran de 10 pouces ne se résume pas à un défi de mise en page, ni de programmation.

Le défi est de rester présent à l’esprit du lecteur dans un océan de contenu disponible au bout des doigts.

De ce côté, les gens à La Presse ont montré qu’ils réussissent somme toute assez bien. Leurs chroniques et leurs nouvelles sont régulièrement reprises et citées en ligne.

Le mur de l’écran

L’autre défi qui se pose maintenant devant la mutation de La Presse repose sur la différence de culture entre le papier et l’écran tactile.

Je vous avais fait part récemment de la montée irrésistible et omniprésente des écrans comme accès au monde. La sortie prochaine de La Presse+ n’est qu’une façon de dire que le quotidien en a pris acte.

Mais, sous-jacente aux écrans, une culture de l’image vient se buter à la culture de l’écrit.

Les deux cultures ne s’opposent pas nécessairement. Mais elles ne relatent vraiment pas le monde de la même façon.

Les mots alignés linéairement appellent certaines fonctions cognitives, alors qu’une image animée en appelle d’autres. Les journalistes télé le savent très bien.

Mais ajoutez à cela tout ce qu’on sait des effets cognitifs de l’hypertexte sur la lecture profonde et vous avez une culture aux antipodes de l’écrit linéaire.

Relation non linéaire

La transformation apportée par la culture de l’écran, amorcée avec la télé et perpétuée par Internet, est quelque chose de différent en soi.

« Il faut comprendre, dit Hubert Guillaud sur le blogue Internet Actu, en citant Serge Tisseron, directeur de recherche à l’Université Nanterre-Paris Ouest, que la culture numérique introduit une révolution dans la relation au savoir, dans la relation aux apprentissages, dans le fonctionnement psychique et dans les liens et la sociabilité. »

La culture de l’écrit, poursuit Guillaud, implique une forme d’écoute à sens unique, d’un auteur vers un lecteur. La culture des écrans, c’est le contraire : plusieurs écrans ou fenêtres, plusieurs spectateurs, plusieurs créateurs, plusieurs tâches en parallèle, inachevées et provisoires.

Saturer l’attention

Les médias observeront attentivement l’expérimentation de La Presse comme une mutation du modèle d’affaires de la presse papier vers la tablette tactile.

J’aurais plutôt tendance à y voir une opération à coeur ouvert où on fait passer les journalistes d’une culture de l’écrit à une culture de l’écran.

En passant au tout numérique, il ne s’agit pas de transférer des mots du papier vers des bits (c’est déjà fait avec le site web). Nous assistons en fait à un transfert d’un journalisme qui s’adresse à une intelligence séquentielle vers une narration multiple qui doit saturer l’attention.

Un peu comme le fait le jeu vidéo, une émission de télévision ou une navigation à vue sur le web.

Ce n’est plus simplement une migration de contenu vers une application gratuite.

Laurent LaSalleWe Are Hunted deviendra Twitter Music

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 publié le 22 mars 2013 à 15 h 11

Depuis quelques semaines, les rumeurs de l’arrivée imminente d’un service musical vont bon train chez Twitter. Baptisé Twitter Music, une application mobile offrant des recommandations musicales basées sur vos relations Twitter, devrait voir le jour avant le mois d’avril (et ce n’est pas un canular). Le compte officiel consacré aux nouvelles musicales du monde entier, Twitter Music, aura bientôt 2,4 millions d’abonnés. Il a été mis en ligne le 14 septembre 2011.

Cette rumeur s’inscrit d’ailleurs dans une tendance observée dans plusieurs services web, dont le principal concurrent de Twitter, Facebook. En effet, le populaire réseau social a présenté au début du mois la refonte de son fil d’actualité en y ajoutant divers filtres, dont un pour la musique. De son côté, Google serait également sous le point de lancer un service musical (payant, cette fois-ci) par le biais du populaire portail vidéo YouTube. À noter qu’une grande majorité d’internautes a déjà le réflexe de chercher des chansons sur YouTube lorsque le besoin de les écouter sur-le-champ se fait sentir.

Et c’est sans mentionner les divers sites spécialisés dont SoundCloud, Spotify, Myspace (avec sa refonte centrée sur les artistes musicaux), Rdio et Grooveshark.

We Are Hunted : hors ligne depuis des semaines

Certains d’entre vous se souviendront que j’ai écrit à propos de We Are Hunted en novembre 2010. Très visuel, le service australien collige les chansons les plus populaires provenant de diverses sources : blogues spécialisés, réseaux sociaux, etc. Résultat? Le palmarès des 99 chansons les plus populaires du moment, présenté telle une mosaïque de tuiles uniformes de façon hiérarchique.

Peut-être devrait-on écrire au passé quand vient le moment de décrire We Are Hunted, puisque le service est hors ligne depuis plusieurs semaines? Difficile de ne pas faire de rapprochement avec la rumeur mentionnée en introduction de cet article, puisque Twitter s’est porté acquéreur de We Are Hunted l’an dernier (les détails de cette transaction restent inconnus).

Contrairement à Vine, une application de partage vidéo lancée par Twitter en janvier dernier, l’application sur laquelle travaillerait l’équipe de We Are Hunted ne conserverait pas le nom, ni l’image de marque du site musical rosé. Le design de Twitter Music sera donc conforme à celui de la plateforme de micromessagerie.

Stephen Phillips, fondateur de We Are Hunted, semble d’ailleurs être en train de tester l’application en question. Du moins, si on en croit ses plus récentes publications :

Selon une source anonyme ayant discuté avec le CNET, l’application sera divisée en trois sections. « Suggested » proposera des chansons inspirées par vos contacts Twitter (les artistes auxquels vous ou vos contacts êtes abonnés). « Popular » devrait utiliser le même algorithme du service We Are Hunted, qui consiste, comme son nom l’indique, à présenter les chansons les plus populaires du moment. « Emerging » quant à elle sera la section réservée aux artistes de la relève. Visuellement, l’application conservera la même grille que We Are Hunted. Si vous avez la chance d’utiliser l’application Music Hunter (également développée par l’équipe australienne), tout porte à croire que l’expérience de Twitter Music sera similaire.

Pour la suite du monde

Avec autant de concurrence, il ne sera pas facile pour Twitter de tirer son épingle du jeu. Son application se classera-t-elle parmi les services amusants sporadiques ou va-t-elle se tailler une place comme outil incontournable pour mélomanes avertis? Est-ce que la parfaite intégration d’un service musical à Twitter sera suffisante pour voir Twitter Music prendre son envol?