Billets publiés le 19 février 2013

Au quotidien, combien de fois vous arrive-t-il de googler le nom d’une personne, d’un lieu, d’une référence qui échappe à votre culture personnelle? Si certains rédacteurs intègrent à leurs articles des liens vers des contenus complémentaires pour pallier ce manque, la pratique n’est pas répandue pour tous les contenus.

Elle n’est pas non plus appliquée aux livres numériques. C’est d’ailleurs ce qui a motivé un groupe de Montréalais à développer un algorithme afin de bonifier l’expérience de lecture de livres numériques. Le résultat deviendra Marmalades, une application web permettant la lecture de divers formats de livres numériques.

Comment ça marche?

L’application filtre le contenu du livre choisi afin de déterminer les types de contenus pertinents qu’elle souhaite rendre accessibles, par le biais de ce que l’on nomme le traitement automatique du langage naturel. Voici une idée du type d’expérience que réserve Marmalades, en prenant comme exemple le classique littéraire de Fitzgerald, The Great Gatsby.

Certes, des liseuses vous offrent la définition du dictionnaire lorsque vous cliquez sur la plupart des mots, mais dans la majorité des cas, l’information n’est pas satisfaisante.

L’avantage de Marmalades est que le contenu offert ne se limite pas à l’aspect grammatical du mot ou de la série de mots recherchés. Sans compter que les contenus peuvent évoluer avec le temps (nouveautés, mises à jour, etc.). Ici, les résultats proviennent de divers portails : Wikipédia, YouTube, Vimeo, Google Maps et même… Instagram. Je l’avoue, j’ai du mal à imaginer en quoi ce dernier peut être utile.

L’équipe derrière le produit

Un personnage qui ressort du lot lorsque l’on consulte le blogue de la jeune entreprise est certainement la mascotte Gary. L’ours aurait sombré dans l’alcool après que son ex-conjointe l’eut trompé avec un roadie de la formation Nickelback. Ouin.

Plus sérieusement, on compte parmi l’équipe Jeff Lizotte (anciennement de Bombe.TV), Matthew O’Connor, Guillaume Avarguez, Séraphin Hochart et Mathieu René. À noter que ces quatre derniers travaillent également à Avant Garde Solutions.

Marmalades prévoit de s’associer avec plusieurs auteurs et maisons d’édition afin de créer un bassin d’ambassadeurs qui croient au livre numérique. C’est notamment le cas de Sylvain Raymond, qui lancera son deuxième roman, Sara(h)bande, ce mercredi au 5295, le bar secret de l’avenue du Parc (devinez l’adresse).

L’application devrait être lancée en version bêta d’ici 6 à 8 semaines. Puisqu’il s’agit d’une application web, le service est compatible avec n’importe quel appareil mobile (ou platform agnostic). Vous pouvez inscrire votre courriel à la liste d’envoi pour être informé du moment de sa mise en ligne.

J’ai eu la chance hier soir de croiser le fer avec deux universitaires de l’Université du Québec à Montréal sur le thème « Les communications numériques : émancipation ou aliénation? » devant une salle comble de spectateurs passionnés, mais critiques.

La question du libellé, aussi universitaire qu’elle puisse être, n’en est pas moins essentielle. Les nouveaux médias nous rendent-ils libres, ou nous enchaînent-ils?

M. André Mondoux a insisté pour dire que si ces nouvelles technologies se présentent comme non idéologiques, alors ce mensonge n’est pas une condition d’émancipation pour la société.

M. Sylvain Rocheleau suggère que l’émancipation profite aux groupes qui peuvent être plus autonomes, mais qu’il y a toujours le risque du contrôle sous-jacent aux plateformes.

Dans Le Devoir de ce matin, on apprend sous la plume de Fabien Deglise que les conditions d’utilisation des plateformes sociales sont rarement lues, car trop longues. Peut-on être libre quand on n’a pas lu le contrat qu’on a signé?

#émancipation

Si l’on entend par communication numérique ces nouveaux outils de réseautage, cette montée soudaine d’une certaine sphère publique en ligne, d’une communication massive horizontale et non plus verticale, alors oui, je crois que la communication numérique favorise l’émancipation.

Mais attention. Il ne s’agit pas d’une émancipation promue comme inéluctable, comme inscrite dans le numérique, comme une certitude absolue qui résulte de l’usage du numérique.

Le numérique libère assurément de certaines contraintes structurelles, institutionnelles et environnementales.

Par exemple, on peut s’informer directement à la source, produire ses propres contenus et les diffuser sans avoir de comptes à rendre. On peut aussi se regrouper et former des communautés d’intérêts ou partager nos stratégies de vie. On interroge son environnement grâce aux téléphones dits intelligents. On peut apprendre par soi-même (voir mon billet sur les MOOC).

La liberté de communication par le numérique a disloqué les structures étanches de la communication de masse, ébranlant au passage le pouvoir de ceux qui profitaient de leur monopole de production et de diffusion. Les médias sociaux se sont arrimés aux médias de masse et jouent maintenant dans les mêmes platebandes.

Abbott Joseph Liebling, célèbre journaliste américain décédé dans les années 1960, avait lancé en boutade : « La liberté de presse est garantie… à ceux qui en possèdent une! »

Eh bien aujourd’hui, la liberté de presse est garantie à ceux qui possèdent un blogue, ou un compte Facebook, Twitter, Pinterest, Instagram…

#aliénation

Se pose alors la question : ces nouvelles plateformes instaurent-elles une nouvelle forme d’aliénation? Aliénation dans le sens d’une dépendance aux outils ou à son propre réseau socionumérique pour « exister socialement »? Qui serait capable aujourd’hui de se passer d’Internet et des plateformes sociales?

L’émancipation, le surplus de liberté que nous procurent les réseaux, génère probablement son lot de dangers, dont l’aliénation à ces plateformes commerciales et aux forces intéressées du marketing et de la publicité. Un des intervenant du panel ne s’est pas privé pour nous le rappeler.

Mais il m’apparaît que, plus que jamais, il faut profiter de l’occasion que représentent les communications numériques pour s’autoéduquer, pour s’entraider, pour devenir plus critique. C’est la condition essentielle pour vivre dans ce monde plus vaste, plus rapide, plus connecté qu’avant.

Nous devons nous éduquer à garder notre attention sur ce qui compte vraiment pour nous. Nous sommes libres effectivement de nous perdre dans une chaîne ininterrompue de vidéos de chatons sautant dans une boîte en boucle. Mais nous nous devons d’utiliser notre temps pour « augmenter notre intelligence ». Pas pour simplement prolonger notre asservissement volontaire au monde du divertissement.

Il ne tient qu’à nous de voir cette liberté comme une façon de nous émanciper, d’apprendre, d’avancer et de devenir meilleurs.