Billets publiés le 8 février 2013

Martin LessardÀ quand des MOOC en français?

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 publié le 8 février 2013 à 14 h 32

Quand Mario Asselin, célèbre blogueur québécois qui suit les avancées du numérique dans le monde scolaire, rapporte sur son blogue cette (amicale) provocation du professeur Langer de l’Université de Columbia, ça frise l’électrochoc.

« Ne bougez pas mes amis francophones, nous les anglos sommes prêts à accueillir tous les étudiants qui cherchent à s’instruire sur nos plateformes riches en contenus et propices aux apprentissages. »

Il fait référence ici au MOOC, Massive Online Open Courses, ces cours en ligne gratuits offerts en abondante quantité par des universités américaines de haut niveau.

Les lecteurs de Triplex qui sont aussi auditeurs de l’émission La sphère à la Première Chaîne sont au courant de ce récent concept de téléuniversité numérique ouverte (extrait de l’émission où j’en parle).

La téléuniversité n’est pas une nouveauté en soi. Ce qui est nouveau, c’est la possibilité de suivre gratuitement à distance des cours de grande qualité donnés par des professeurs compétents d’universités prestigieuses. Certains cours sont suivis massivement : jusqu’à 100 000 personnes!

C’est la possibilité d’être des milliers d’étudiants qui suivent le cours en même temps qui frappe l’imagination.

Voici les trois plus grandes plateformes accessibles depuis quelque temps :

EDx, qui offre des cours des universités MIT, Harvard, Berkeley

Coursera, qui offre des cours des universités Standford, Columbia

Udacity, une plateforme construite par des professeurs

Mais de plateforme similaire pour les universités francophones, nenni.

Acculturation par l’appel du savoir

Les universités francophones sont en train de rater le virage numérique, et les conséquences risquent d’être désastreuses, écrit Mario Asselin :

« [Le sujet] absent sur le radar du fameux Sommet sur l’enseignement supérieur et pas plus présent en terme de planification stratégique à l’échelle du gouvernement du Québec, les possibilités d’apprendre autrement que dans le seul lieu classe semblent ne pas préoccuper ceux qui réfléchissent actuellement à l’avenir de l’enseignement supérieur. »

Le questionnement est légitime. Personne ne peut dire où les MOOC nous amènent exactement (et la question de la rentabilité n’est pas résolue). Mais il ne faudrait pas que ça se fasse seulement en anglais.

Les universités américaines sont en train de faire de riches apprentissages sur ce nouveau mode de transmission pédagogique.

Daphne Koller, fondateur de Coursera, a dit : « I underestimated the amount of impact this would have around the world. I really didn’t envision this scale and this impact this quickly. » Oui, ça va vite dans le monde des MOOC, et les répercussions sont loin d’être négligeables pour le monde de l’éducation. Les francophones vont-ils attendre sur le bord de la route?

La puissance douce de l’éducation gratuite

Le concept de soft power (puissance douce) exprime en relations internationales l’idée d’une puissance qui s’affirme par ses contenus culturels aptes à séduire et persuader les autres cultures de sa supériorité.

Les MOOC attirent toutes ces personnes qui veulent vraiment apprendre, mais qui n’ont ni les moyens financiers, ni la possibilité de se déplacer vers un grand centre d’enseignement. Les Américains réussissent à capturer dans leur orbite ces apprenants motivés. Et ils confortent ces universités dans leur prestige mondial.

Bien sûr, les MOOC ne sont pas nécessairement la meilleure façon de tout enseigner (d’ailleurs, ce ne sont pas tous les cours d’une université qui sont en ligne). Mais ils sont bien adaptés pour le transfert de certaines connaissances (en particulier pour des cours de programmation ou d’électronique).

Les universités francophones doivent pouvoir réussir, d’une manière ou d’une autre, à entrer dans la danse pour ajouter des contenus de haut niveau en ligne. Les cours traditionnels en classe ne vont pas disparaître. Mais il est temps de se rendre compte qu’en ligne, on peut aussi apprendre différemment, et peut-être mieux.