Martin LessardPoutine 2.0

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 publié le 1 février 2013 à 16 h 57

Aujourd’hui commence la Semaine de la poutine à Montréal. Jusqu’au 7 février, une trentaine de restaurants de la ville vont tenter de réinventer la poutine pour le plus grand plaisir de tous (oui, oui, avouez-le). Poutine végé, poutine sauce hollandaise, poutine jarret d’agneau

Ma préférée est la poutine 2.0.

Vous ne le savez peut-être pas, mais chaque minute, il y a bien quelqu’un quelque part sur la planète Twitter qui parle de poutine. C’est environ une soixantaine de tweets à l’heure.

Bien sûr, certains citent en fait Vladimir Poutine, le dirigeant de la Russie, mais je ne me fais pas d’illusions, ils ne sont pas légion.

Ce que vous ne savez probablement pas non plus, c’est que les mots « poutine » et « Montréal » sont tweetés ensemble toutes les 10 ou 15 minutes.

Oui, le Québec est reconnu pour sa poutine, et les touristes de passage à Montréal aiment essayer ce mets local et le clament haut et fort sur les médias sociaux. Et les résidents de Montréal aussi!

Montréal Poutine

Alain Agostini est le propriétaire de Montréal Poutine, un petit resto rue Saint-Paul dans le Vieux-Montréal. II est bien placé pour savoir que ces deux mots-clés sont beaucoup retweetés. Depuis 2010, il s’est mis aux réseaux sociaux, et son commerce est devenu un incontournable, sur place et sur le web!

Alain Agostini, propriétaire de Montréal Poutine

Tout à commencé quand il a écouté Michelle Blanc à l’émission Tout le monde en parle (extrait vidéo à 9:45) : « C’était comme une claque dans la face. » Il a réalisé à ce moment que quelque chose avait changé définitivement dans le monde du commerce quand Michelle a expliqué ce qui s’en venait avec les médias sociaux.

Timidement, il s’est ouvert un compte sur Twitter. C’était exactement il y a trois ans, en 2010.

« Je me suis assis avec mon petit cellulaire, et avec mon compte @montrealpoutine, j’ai commencé à tweeter pour apprendre. »

L’Igloofest, le week-end techno, battait son plein dans le Vieux-Port, à proximité. Comme Alain voyait bien qu’un énorme écran affichait des tweets envoyés par les participants en transe, il a décidé d’envoyer son premier message invitant les gens à venir se rassasier avec une poutine.

L’odeur d’une poutine en ligne

La poutine n’a pas besoin de filtre Instagram pour circuler en ligne

Si les gens disent qu’ils ont faim sur les réseaux sociaux, il est normal de leur répondre qu’une table les attend juste à côté. Les médias sociaux permettent ce lien direct entre les restaurateurs et leur clientèle sans passer par les régies publicitaires des grands médias.

« Tous les jours, je voyais passer au moins une photo de ma poutine publiée par un client. Et l’été, c’est toujours débile! Je crois que cet été, ça va être l’enfer. C’est exponentiel! »

Alain aime aller en salle directement quand il voit que la photo a été envoyée sur place tout récemment. Il dit bonjour à ces clients enthousiastes qui sont en fait de véritables ambassadeurs auprès de leur réseau personnel.

Une pancarte qui se retrouve souvent sur Instagram ou Twitter

Il a réduit quasi complètement ses dépenses publicitaires traditionnelles, voyant qu’elles ne lui en donnaient pas assez pour son argent. Il préfère faire des concours en ligne ou s’occuper de son #poutinearmy, un mot-clic qu’il a créé pour garder un lien avec les amateurs de poutine.

« Même pas un an après avoir commencé à publier sur les médias sociaux, la Gazette faisait un article sur moi en première page de son cahier Affaires. Wow! Ça c’est du retour sur l’investissement! Tu ne peux pas faire mieux que ça. »

« Faire répondre le quartier »

Oh, Alain ne révolutionne pas les médias sociaux. Non. Il les utilise simplement comme il le faut. Avec les autres commerces du Vieux-Montréal, ils s’échangent des « retweets », car si des gens se rendent à tel bar ou à tel magasin dans le coin, c’est bon pour la vie de quartier et, finalement, pour les ventes.

Avec le conseil de développement du quartier, Alain voit ça comme une évidence : lentement, tous les commerçants se mettront aux médias sociaux. Ce qu’il veut, c’est que « le quartier réponde », que le quartier lui-même soit capable de répondre aux questions posées en ligne. Il y a des gens qui viennent de loin pour visiter le Vieux-Montréal. Qui de mieux pour les accueillir que ceux qui y sont installés?

On interroge souvent son cellulaire pour avoir une information sur son environnement immédiat. Quand c’est « tout le quartier qui répond » et non pas une page web, l’expérience touristique vient tout à coup de changer de catégorie…

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