Billets publiés le 26 novembre 2012

Martin LessardUn plan numérique pour la troisième vague

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 publié le 26 novembre 2012 à 16 h 26

L’informatique est la troisième grande révolution que l’humanité a connue, après l’agriculture et l’industrialisation. On reprend ici la segmentation de l’histoire de l’humanité récente telle que résumée par Alvin et Heidi Toffler dans La 3e vague et Le choc du futur dans les années 70.

On remarque que les commerçants ont réussi à transformer l’essentiel de cette vague sous forme marchande.

Doit-on absolument résumer les nouvelles technologies au Black Friday (où les foules avides de rabais se ruent sur les équipements informatiques) et à la chaîne de magasins d’électronique Future Shop (que l’on peut voir comme un détournement de Future Shock, du titre anglais du livre des Toffler)?

Le numérique est bien plus que le simple écoulement de marchandises informatiques.

Il y a un ministère pour l’agriculture et un pour l’industrie, mais est-ce que le numérique a sa place dans les hautes sphères gouvernementales?

Affronter la vague numérique sans avoir de plan

Une conférence de presse, qui a été tenue la semaine dernière à Montréal, a ramené la question à l’heure du jour.

Des personnalités technophiles et branchées sur les effets des nouvelles technologies s’étonnent qu’un gouvernement en 2012 ne possède pas un « plan numérique ». Cette remarque était adressée au gouvernement québécois, mais elle peut l’être aussi à tous les paliers gouvernementaux et pour toutes les nations.

Johanne Lapierre, du blogue Sur le web, vous donne un bon résumé des demandes pour un plan numérique québécois lors de la conférence. Je laisse aux Québécois le soin de se faire leur propre opinion sur le sujet et de participer à la conversation. On aura l’occasion de s’en reparler.

La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont amorcé leur plan numérique. L’Europe, comme un tout, s’est dotée aussi d’une stratégie numérique. Des villes comme New York ne sont pas en reste. Même le sénat canadien possède un rapport sur la question.

La question est débattue aux quatre coins de la planète et trouver la bonne réponse n’est pas une mince tâche.

Si la dynamique a changé, qui doit s’adapter?

Les nations qui ne négocient pas bien leur entrée dans le numérique se verront colonisées par les forces en présence demain.

Ne prenons que deux exemples :

1- Où les tablettes que vos concitoyens vont acheter en masse durant le temps des fêtes ont-elles été conçues?

2- Qui prend son pourcentage quand les créateurs de chez vous déposent livres, films, applications sur une plateforme numérique?

En d’autres termes, essayez de voir, pour votre coin de pays, qui possède les leviers de cette nouvelle économie.

« Il suffit de se rappeler le sort de la Chine au 19e siècle. Cette nation, jusqu’alors de loin la plus riche et la plus puissante, refusa l’industrialisation : elle devint bientôt une proie pour les pays industrialisés », rappelle l’économiste français Michel Volle, qui propose aussi, de son côté, des pistes pour faire entrer la France dans le 21e siècle.

Un plan aux multiples axes

Un plan numérique peut être axé sur l’économique : Michelle Blanc, consultante en stratégie web, cite d’une étude du Boston Consulting Group qui annonce une manne de $ 4,2 milliards simplement pour l’économie numérique. (Source)

Mais un plan numérique ne doit pas viser juste l’économie.

Mario Asselin, conseiller stratégique, suggère de regarder du côté de l’éducation, où l’on ne forme pas assez les jeunes à vivre adéquatement dans le numérique : « L’école doit cesser d’ériger des murs et donner plutôt toute la place aux fenêtres. » (source)

Monique Savoie, fondatrice de la Société des arts et technologies, ajoute qu’il faut « reconnaître que les problèmes complexes d’aujourd’hui ne peuvent plus être résolus par des acteurs ou des groupes d’acteurs isolés ». (source)

On pourrait ajouter le « gouvernement comme plateforme collaborative » (réinventer la relation avec le citoyen), la « défense du bien commun » (protéger la neutralité du réseau), « l’adoption du logiciel libre » (gain en interopérabilité), « le passage à une société des connaissances » (éduquer de façon continue et permanente), « la cocréation » (favoriser l’approche ascendante, bottom-up), etc.

« Dans tous les aspects de notre vie collective et individuelle, le futur est numérique », ajoute le philosophe Hervé Fischer.

Ce n’est plus un plan qu’il faut, mais bien une révolution.

Justement.

L’arrivée de nouveaux chefs de file tels que Apple et Google ces dernières années est venue bouleverser le marché de la téléphonie mobile, que les géants de l’époque tenaient pour acquis depuis beaucoup trop longtemps. Devant la menace étrangère, Microsoft a restructuré sa stratégie mobile et a introduit le Windows Phone sur le marché. BlackBerry a tenté d’en faire autant avec beaucoup moins de succès (nous sommes toujours en attente de BlackBerry 10).

De son côté, Nokia s’est rallié à Microsoft et a laissé tomber sa participation au développement de MeeGo, un nouveau système d’exploitation mobile basé sur Linux, libre et différent d’Android. À la suite de ce rejet, les membres de l’équipe de développement du Nokia N9, le téléphone spécifiquement conçu pour cet OS, ont quitté l’entreprise pour fonder leur propre compagnie, Jolla.

La mission derrière cette nouvelle initiative? Poursuivre le travail inachevé. Le projet est alors rebaptisé Sailfish.

Successeur spirituel

Cette semaine, Jolla a enfin dévoilé au monde entier ce à quoi ressemblera Sailfish par le biais d’une vidéo YouTube. Le système d’exploitation se présente sous une interface léchée et minimaliste, qui peut soit laisser présager que son développement est réfléchi et avancé, soit faire douter sur l’avancement réel de l’OS.

Visuellement, son design semble avoir été conçu par un étudiant. Ce n’est pas que c’est laid, mais l’aspect visuel manque manifestement de finition.

Par contre, en ce qui a trait à l’interface même, l’équipe n’a pas eu peur de tout remettre en question plutôt que de vulgairement imiter ce qu’offre la concurrence. Par exemple : on accède aux applications principales en glissant vers le bas la partie supérieure en accueil; les fonctions de base et alertes sont affichées sur le côté de la page; certaines fonctions des applications qui tournent en arrière-plan sont accessibles à même le menu des tuiles, etc.

Antti Saarnio, cofondateur de Jolla visiblement emballé par le produit, a déclaré que Sailfish « permettra une véritable personnalisation de l’interface par l’utilisateur, libérant celui-ci de la contrainte d’ouvrir et de fermer sans arrêt les applications, rendant ainsi l’utilisation du téléphone plus efficace ».

Le lancement du système d’exploitation est prévu au milieu de 2013. Sailfish serait alors disponible pour être installé sur une variété de téléphones intelligents, de la même façon qu’Android, l’OS chouchou de Google. Jolla a d’ailleurs conclu des ententes avec plusieurs partenaires, notamment DNA en Finlande et D.Phone, le plus important distributeur de cellulaires en Chine.

Nouvel OS, nouvel « écosystème »

Alors que la guerre des systèmes d’exploitation du côté informatique s’est résorbée au début des années 2000, celle de l’industrie de la téléphonie mobile semble voir naître un nouvel OS par année. Dans le contexte actuel où un téléphone intelligent héberge des dizaines, parfois même des centaines d’applications, l’idée d’instaurer un autre « écosystème » est la pire qui soit.

Avec les propositions d’Apple, de Google, de Microsoft et de BlackBerry, peut-on réellement envisager qu’une cinquième option puisse être viable?

Jolla mise beaucoup sur l’Europe, l’Afrique du Nord et la Chine, les marchés les plus dynamiques dans le secteur des téléphones intelligents, selon la compagnie. Une stratégie plutôt intéressante.