Laurent LaSalleDes maux illisibles : un webdocumentaire sur l’analphabétisme

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 publié le 14 novembre 2012 à 11 h 50

Depuis la montée en popularité de YouTube, la toile déborde de productions vidéo, si bien que personne ne semble se demander si l’image vidéo est véritablement essentielle à la transmission du message. Le webdocumentaire, aujourd’hui un genre bien établi couvrant une diversité de sujets, tire profit d’une cinématographie de plus en plus sophistiquée.

L’Office national du film du Canada, de par sa vocation même, est loin d’être étranger à la vidéo. Les archives de l’agence culturelle fédérale comptent plus de 100 ans d’histoire, sans compter que par le biais de son application mobile, l’ONF permet à quiconque de consulter plus de 2000 documentaires, et ce, gratuitement.

Pourtant, quand est venu le temps de sensibiliser la population sur l’analphabétisme par le biais d’un webdocumentaire réalisé en collaboration avec Le Devoir, l’ONF a choisi d’esquiver la vidéo et de favoriser une approche différente : un collage photo sur une entrevue audio.

Des analphabètes parmi nous

Bien que l’école soit obligatoire depuis 1962, près de 1,3 million de Québécois de 16 ans et plus éprouvent de graves difficultés à lire et écrire. Chez les jeunes de 16 à 25 ans, un peu plus du tiers est analphabète. Au Québec, le taux de décrochage oscille entre 20 et 30 % depuis 20 ans.

Les personnes qui éprouvent de graves difficultés à lire et écrire constituent 45 % de la population active.

Au Québec, les emplois qui exigent un niveau de connaissances élevé ont augmenté de 78 %, alors que ceux qui demandent moins d’éducation ont diminué de 38 %.

Comment intégrer les personnes analphabètes dans une économie de plus en plus spécialisée, où le savoir est un atout essentiel?

— Tiré du webdocumentaire Des maux illisibles

Des maux illisibles raconte le quotidien de trois personnes analphabètes : Mathieu, un ébéniste de 18 ans qui a quitté l’école à 16 ans avec un français de niveau 2e année primaire; Sylvie, une femme de 52 ans à la recherche de travail qui n’est pas en mesure de remplir un formulaire de demande d’emploi; Diane, une femme de 42 ans ayant de graves problèmes de santé qui ne comprend pas les explications de son médecin.

Chaque portrait propose son angle distinct : l’éducation, l’emploi et la santé. Le tout porte à réfléchir sur les conséquences socio-économiques d’une société dont une portion de la relève est considérablement pénalisée.

Un amalgame de photojournalisme et de radio

Tel que mentionné ci-dessus, le webdocumentaire propose trois portraits correspondant à trois milieux distincts : à l’école, au travail, chez le médecin. Une fois votre sélection complétée, on vous pose une question en lien avec votre sélection avant de vous projeter l’entrevue. Car si aucune vidéo n’accompagne la capsule audio, un diaporama (dont certains clichés sont dignes du photojournalisme) alimente le côté visuel de l’expérience web.

D’ailleurs, cette expérience est interactive : on y présente par moment des mots dans le désordre afin de nous plonger dans le regard d’un analphabète, où le curseur de la souris devient l’outil pour décoder le charivari environnant.

Les images qu’on nous présente sont impeccables et viennent rehausser la qualité des entrevues riches en émotions. Non seulement de la vidéo aurait été superflue, mais elle aurait eu pour effet de distraire l’utilisateur des propos tenus par le sujet interviewé. Toute l’information pertinente se trouve dans ces photos qui laissent place à l’imagination quant au déroulement des événements racontés.

Un tour de force réalisé par cette équipe qui fait la preuve que parfois, la simplicité est un gage de qualité.

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