Billets publiés en novembre 2012

Le logo de @Speak2Tweet

Hier, certains auront remarqué le mot-clic #syriablackout, créé en référence à la coupure complète des services d’Internet et de téléphone sur le territoire de la Syrie au cours de la journée du 29 novembre. Pendant le printemps arabe, Twitter s’était révélé l’outil de mobilisation par excellence pour les citoyens pris dans une crise et pour ceux qui souhaitaient les appuyer de l’extérieur. Dans ce contexte, ce black-out ne peut rien augurer de bon. De toute évidence, on espère que le moins possible d’information s’échappera du pays…

Une résistance par la communication

L’an dernier, une pareille coupure avait été tentée en Égypte, mais sans grand succès. En Syrie, les ONG sur le terrain ont mis en place des systèmes de communication d’urgence pour permettre aux Syriens de communiquer. Mais pour l’instant, ces initiatives ne sont pas suffisantes.

Speak2Tweet Google Twitter entrent en scène

La liberté passe peut-être par Internet, et Google, le géant du domaine, a repris la formule qu’il avait mise à la disposition des Égyptiens l’an dernier, soit le service de message Twitter téléphonique. Mais comme on pouvait le lire sur le compte Twitter du service :

@speak2tweet available to help more people communicate if they have working phone connection goo.gl/bLn0F #SyriaBlackout

Il faut donc tout de même un service téléphonique fonctionnel pour utiliser le service. Sur Google+ (attention, ce lien fonctionnera si vous avez un compte Google+), on trouvait le message suivant :

« A little less than two years ago, when Internet access was cut off in Egypt, we worked with Twitter to launch Speak2Tweet, giving the ability for anyone to tweet using just a voice connection.  

In the last day, Internet access has been completely cut off in Syria. Unfortunately we are hearing reports that mobile phones and landlines aren’t working properly either. But those who might be lucky enough to have a voice connection can still use Speak2Tweet by simply leaving a voicemail on one of these international phone numbers (…) »

Les hébergeurs américains

Certains sites officiels du gouvernement syrien, dont celui de l’agence de presse officielle SANA, étaient toujours en ligne hier et pouvaient donc en toute quiétude diffuser sans être contredits par les citoyens. La raison en est que ces sites sont hébergés aux États-Unis – souvent à l’insu du fournisseur principal qui a sous-contracté ses services par le biais d’une autre compagnie, qui elle, hébergeait un ou plusieurs sites syriens –, ce qui contrevient aux ordres du président Obama. Une fois avisées, ces compagnies ont toutes assuré aux médias et aux organismes gouvernementaux qu’elles fermeraient lesdits sites dans les heures suivantes.

Cette histoire sera à suivre grâce aux médias sociaux avec les mots-clics #syria #syrie et #syriablackout.

Autres sources

De Laurent LaSalle : L’ONU pourrait bientôt contrôler Internet

Sur Numerama : Google et Twitter relancent Speak2Tweet pour assister les Syriens

Dans le New York Times : Official Syrian web wites hosted in U.S.

Martin LessardPerceptions des médias sociaux au Québec

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 publié le 29 novembre 2012 à 15 h 39

Les médias sociaux prennent indéniablement de plus en plus de place dans la vie des gens. Une étude, sortie hier, donne un instantané ce que les habitants du Québec pensent des médias sociaux.

74 % des Québécois consultent les médias sociaux chaque semaine.
32 % des Québécois les utilisent tous les jours pour informer les autres de leurs activités. (49 % chez les 18-29).

Pour 70 % des internautes québécois, Facebook est le média social le plus consulté.

Des médias sociaux, mauvais pour les rapports humains?

Est-ce que les médias sociaux modifient profondément les rapports entre les gens? La perception penche clairement en défaveur des médias sociaux.

30 % des Québécois pensent les médias sociaux modifient les rapports de façon positive.
47 % pensent, à l’inverse, qu’ils modifient négativement les rapports humains.

D’ailleurs, plus les répondants sont âgés, plus ils estiment que les médias sociaux modifient négativement les rapports entre les gens.

78 % des Québécois considèrent que les médias sociaux créent une fausse impression de contact humain, et près de la moitié (48 %) estiment qu’ils accentuent le fossé entre les générations.

Plus on est vieux, plus on pense ainsi. Plus on est jeune, plus on pense le contraire.

Certaines régions, comme la Côte-Nord, sont plus enclines à penser de cette façon.

Est-ce que les médias sociaux aident à lutter contre la solitude?

Le Québec semble plus divisé sur cette question : 51 % des répondants disent oui.

Certaines municipalités, surtout éloignées des grands centres, pensent davantage que les médias sociaux aident à lutter contre la solitude.

Dire et non-dire

Grosso modo, le Québec ne semble pas avoir une très haute estime des médias sociaux. À la question « Est-ce que les médias sociaux créent une fausse impression de contact humain? », 78 % ont répondu que c’était effectivement une fausse impression de contact humain.

À la question « Au cours de la dernière année, est-ce que les médias sociaux vous ont mobilisé sur un enjeu social ou politique? », seulement 25 % des personnes sondées disent oui. Ce taux monte à 42 % à Montréal.

Là, je suis vraiment étonné.

Au pays du « Je me souviens », qui a connu son printemps érable, mouvement particulièrement actif sur les réseaux sociaux, je me demande si nous ne sommes pas en face d’un cas où le sondé est amnésique ou n’ose pas dire ce qu’il pense.

En fait, soit il n’utilise pas les médias sociaux pour se renseigner du tout (et alors son réseau social était sur une autre planète quand les « carrés rouges » ont divisé la nation) soit il ne se « mobilise » à rien du tout, de toute façon — même pas pour échanger des commentaires acrimonieux en ligne sur la question des droits de scolarité.

Que celui qui n’a eu aucune opinion sur la grève étudiante me « tweete » la première pierre.

Intitulé Découvrez le vrai visage du Québec, ce rapport montre-t-il le vrai état d’esprit des Québécois envers les médias sociaux? Pour la question concernant les enjeux sociaux ou politiques, je me le demande. Ne serait-ce pas plutôt le reflet d’une apathie déjà présente au départ dans l’esprit des Québécois et que les médias sociaux ne font que répercuter?

Qu’en pensez-vous? Est-ce que vous vous reconnaissez dans ces statistiques?

Le rapport complet est disponible ici.

Laurent LaSalleL’ONU pourrait bientôt contrôler Internet

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 publié le 29 novembre 2012 à 9 h 18

D’abord conçu à l’usage exclusif de l’armée américaine, Internet s’est accidentellement développé au fil des années pour devenir l’incontournable réseau qu’il est aujourd’hui. Alors que de plus en plus de foyers s’y connectaient au milieu des années 90, les plus puissantes compagnies au monde voulaient se porter acquéreur du réseau.

Pour en savoir plus sur les fondements d’Internet

Mais qui contrôle Internet? La structure du réseau est telle qu’on ne peut montrer du doigt une institution en particulier. Dans le but noble de vouloir le protéger, l’Organisation des Nations unies serait sur le point d’en prendre le contrôle, ou du moins d’essayer.

Les États-Unis vont-ils la laisser faire?

Remettre un Stradivarius à un gorille

Plusieurs membres de l’ONU ont à maintes reprises signalé leur mécontentement devant la nature ouverte et libre d’Internet, qu’ils perçoivent comme chaotique, voire dangereux. Le réseau passe au-delà des frontières, ignore les nations et les gouvernements, et se retrouve essentiellement immunisé à la censure. Selon le Washington Post, des pays, dont la Chine, la Russie, l’Iran et des pays arabes, exercent des pressions pour accorder le pouvoir de réglementer Internet à une agence régie par l’ONU.

L’agence en question, fondée en 1865, était autrefois connue sous le nom d’Union internationale du télégraphe. Vous avez bien compris, on souhaite demander à une institution aux racines analogues de prendre le contrôle du grand réseau numérique. C’est sous la désignation moderne d’Union internationale des télécommunications qu’elle se charge aujourd’hui, comme son nom l’indique, de réglementer les télécommunications mondiales. À noter que sa plus récente action remonte à 1988, avant qu’Internet ne prenne véritablement son envol populaire.

Permettre à des bureaucrates de restructurer Internet à leur façon serait comme de remettre un Stradivarius à un gorille. Je l’admets, j’ai volé cette comparaison au Washington Post. L’image est simplement trop forte et appropriée pour ne pas être répétée ici.

Tout recommencer?

Internet est constitué de près de 40 000 sous-réseaux connectés à 425 000 routes globales. Le système fonctionne, il est économe et change le quotidien de millions d’utilisateurs.

Le web est aussi devenu un carré de sable à l’innovation. Sa nature ouverte et libre signifie que vous n’avez pas à demander la permission à quiconque avant de lancer votre site web ou mettre en ligne vos créations.

L’idée de laisser le contrôle d’Internet à l’ONU serait un cauchemar. Espérons seulement qu’il ne devienne pas réalité.

Nadia SeraioccoTemps des Fêtes : collectes de fonds et dons en ligne

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 publié le 27 novembre 2012 à 16 h 49

Ça y est, les décorations de Noël et la musique de circonstance sont là pour les prochaines semaines. Le temps de Fêtes est une occasion de sensibiliser encore plus le grand public aux campagnes et collectes de fonds pour les plus démunis. Les organismes à but non lucratif commencent à voir l’avantage à mobiliser les éventuels donateurs là où ils se trouvent en nombre, soit le web et les réseaux sociaux…

Facebook et le secteur des OBNL

Le logo de la page Non-Profits on Facebook

Un peu plus tôt cette année, Facebook a ouvert la voie aux organismes spécialisés en dons d’organes. La chose avait alors surpris, mais comme je le dis souvent, le but de la compagnie est bel et bien de faire en sorte que le plus grand nombre de nos activités et transactions puissent être accomplies à partir du réseau. Déjà, la page Facebook vouée aux organismes à but non lucratif compte plus de 900 000 abonnés. En octobre dernier, Facebook annonçait son intention de développer plus encore ce secteur et proposait à ses utilisateurs d’innover par l’engagement et l’inspiration.

Quelques outils pour faire une collecte de fonds

Chipin le petit widget pour faire un don rapidement.

On parle beaucoup, dans les articles sur le sujet, de Fundly, de JustGiving, de Causes et de Fundrazr, des sites avec applications pour réseaux sociaux, dont l’incontournable Facebook, qui permet de créer un évènement de collecte de fonds, de publier sur un réseau et de voir les causes endossées par ses contacts. Fundly précise dans ses conditions d’utilisation qu’il faut un compte dans une institution bancaire américaine. Justgiving est installée à Londres et s’adresse principalement au marché britannique. Elle révèle beaucoup de ses statistiques sur son site (ici un article de son blogue avec statistiques). En 2011, le site a contribué à amasser plus de 40 millions de fonds destinés à des organismes caritatifs. Quant à Fundrazr, la compagnie est canadienne, c’est donc l’option de choix pour ceux qui veulent se lancer dans une collecte de fonds. Attention, rien n’est gratuit, et tous ces services prélèvent des frais de gestion qui peuvent varier selon les sommes levées et ces frais peuvent s’ajouter à ceux du paiement par carte ou par service de paiement en ligne, comme PayPal (cet article de Socialbrite compare les frais de quelques services). Des entrepreneurs québécois ont aussi lancé un service de collecte de fonds appelé Fundo dont les frais de gestion s’appliqueront seulement si la campagne est réussie. Pour les petites initiatives, certains utiliseront Chipin, qui s’ajoute à presque tous les blogues et qui ne prélève pas de frais (autres que ceux des services de paiement), mais les dons se font uniquement en dollars américains, il faut donc en aviser les utilisateurs. Pour intégrer à sa campagne le don sans fil ou par message texte, on peut s’adresser à la Fondation des dons sans fil du Canada.

Donner en toute sécurité

La plupart des organismes de charité, qu’ils utilisent une application Facebook où qu’ils se servent du réseau pour vous inciter à faire un don sur leur site d’entreprise, acceptent les cartes de crédit ou PayPal. Ce service de paiement en ligne a pour avantage (outre le fait qu’il s’affiche comme la solution rapide la plus sécuritaire) qu’une fois qu’on a créé un compte et entré les renseignements pertinents (numéro de carte, etc.), en un clic, on peut faire un achat ou faire un don à un organisme caritatif. Par ailleurs, la Croix-Rouge, Vision mondiale et Canadadon.org offrent ce mode de paiement.

Faire un don pour autrui ou offrir une carte cadeau charitable

Un petit don dans le bas de Noël? Source : SRC

Canadadon.org regroupe tous les organismes de charité dûment enregistrés au Canada. En cette période de l’année, l’organisme offre des cartes cadeaux. L’idée est bien évidemment de permettre à la personne à qui on fait ledit cadeau d’offrir son don à l’organisme de son choix. En faisant une recherche avec l’outil du site, il est facile de trouver un organisme culturel ou de bienfaisance près de chez soi à qui on aimerait donner. Un cadeau déductible d’impôts en plus…

Sources complémentaires

L’histoire du jardin avant de Drummondville sur le blogue de Causes.

Quelques idées pour des dons festifs par Justgiving

Martin LessardUn plan numérique pour la troisième vague

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 publié le 26 novembre 2012 à 16 h 26

L’informatique est la troisième grande révolution que l’humanité a connue, après l’agriculture et l’industrialisation. On reprend ici la segmentation de l’histoire de l’humanité récente telle que résumée par Alvin et Heidi Toffler dans La 3e vague et Le choc du futur dans les années 70.

On remarque que les commerçants ont réussi à transformer l’essentiel de cette vague sous forme marchande.

Doit-on absolument résumer les nouvelles technologies au Black Friday (où les foules avides de rabais se ruent sur les équipements informatiques) et à la chaîne de magasins d’électronique Future Shop (que l’on peut voir comme un détournement de Future Shock, du titre anglais du livre des Toffler)?

Le numérique est bien plus que le simple écoulement de marchandises informatiques.

Il y a un ministère pour l’agriculture et un pour l’industrie, mais est-ce que le numérique a sa place dans les hautes sphères gouvernementales?

Affronter la vague numérique sans avoir de plan

Une conférence de presse, qui a été tenue la semaine dernière à Montréal, a ramené la question à l’heure du jour.

Des personnalités technophiles et branchées sur les effets des nouvelles technologies s’étonnent qu’un gouvernement en 2012 ne possède pas un « plan numérique ». Cette remarque était adressée au gouvernement québécois, mais elle peut l’être aussi à tous les paliers gouvernementaux et pour toutes les nations.

Johanne Lapierre, du blogue Sur le web, vous donne un bon résumé des demandes pour un plan numérique québécois lors de la conférence. Je laisse aux Québécois le soin de se faire leur propre opinion sur le sujet et de participer à la conversation. On aura l’occasion de s’en reparler.

La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont amorcé leur plan numérique. L’Europe, comme un tout, s’est dotée aussi d’une stratégie numérique. Des villes comme New York ne sont pas en reste. Même le sénat canadien possède un rapport sur la question.

La question est débattue aux quatre coins de la planète et trouver la bonne réponse n’est pas une mince tâche.

Si la dynamique a changé, qui doit s’adapter?

Les nations qui ne négocient pas bien leur entrée dans le numérique se verront colonisées par les forces en présence demain.

Ne prenons que deux exemples :

1- Où les tablettes que vos concitoyens vont acheter en masse durant le temps des fêtes ont-elles été conçues?

2- Qui prend son pourcentage quand les créateurs de chez vous déposent livres, films, applications sur une plateforme numérique?

En d’autres termes, essayez de voir, pour votre coin de pays, qui possède les leviers de cette nouvelle économie.

« Il suffit de se rappeler le sort de la Chine au 19e siècle. Cette nation, jusqu’alors de loin la plus riche et la plus puissante, refusa l’industrialisation : elle devint bientôt une proie pour les pays industrialisés », rappelle l’économiste français Michel Volle, qui propose aussi, de son côté, des pistes pour faire entrer la France dans le 21e siècle.

Un plan aux multiples axes

Un plan numérique peut être axé sur l’économique : Michelle Blanc, consultante en stratégie web, cite d’une étude du Boston Consulting Group qui annonce une manne de $ 4,2 milliards simplement pour l’économie numérique. (Source)

Mais un plan numérique ne doit pas viser juste l’économie.

Mario Asselin, conseiller stratégique, suggère de regarder du côté de l’éducation, où l’on ne forme pas assez les jeunes à vivre adéquatement dans le numérique : « L’école doit cesser d’ériger des murs et donner plutôt toute la place aux fenêtres. » (source)

Monique Savoie, fondatrice de la Société des arts et technologies, ajoute qu’il faut « reconnaître que les problèmes complexes d’aujourd’hui ne peuvent plus être résolus par des acteurs ou des groupes d’acteurs isolés ». (source)

On pourrait ajouter le « gouvernement comme plateforme collaborative » (réinventer la relation avec le citoyen), la « défense du bien commun » (protéger la neutralité du réseau), « l’adoption du logiciel libre » (gain en interopérabilité), « le passage à une société des connaissances » (éduquer de façon continue et permanente), « la cocréation » (favoriser l’approche ascendante, bottom-up), etc.

« Dans tous les aspects de notre vie collective et individuelle, le futur est numérique », ajoute le philosophe Hervé Fischer.

Ce n’est plus un plan qu’il faut, mais bien une révolution.

Justement.