Martin LessardLa revanche de la télé sur Internet, ou bien l’inverse?

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 publié le 28 septembre 2012 à 15 h 17

Il n’y a plus de doute possible, pour ceux qui en auraient encore, la télévision a bien réussi son arrimage avec les médias sociaux avec ce qu’il est convenu d’appeler le « second écran ».

Nadia nous rappelait cet été que plus de la moitié des adultes qui possèdent un téléphone mobile l’utilisent en écoutant la télé. Ils l’utilisent soit pour se distraire pendant les pauses publicitaires, soit pour vérifier les informations qui circulent à la télévision, ou encore pour commenter l’émission en direct.

Gina avait déjà expliqué, ici et ici sur Triplex, le phénomène de la « télévision sociale », expression consacrée pour décrire plus précisément les échanges sur les réseaux entourant la diffusion d’une émission. Elle citait le fondateur de Seevibes, Laurent Maisonnave, installé à Montréal, qui disait que « c’est la revanche de la télé sur Internet. »

Pour mesurer l’audience dans les médias sociaux, c’est Seevibes qui bat la mesure dans l’industrie de la télévision canadienne. La firme affiche le palmarès (francophone, anglophone, à la grandeur du pays) des émissions qui obtiennent le plus haut niveau d’interactions de la part des téléspectateurs sur les réseaux sociaux. Voyons voir.

Classement Seevibes

Le classement de Seevibes donne l’indice de popularité des émissions tel qu’exprimé sur les réseaux sociaux.

Voyons une partie du palmarès de la semaine du 16 au 22 septembre que Laurent Maisonnave m’a fait parvenir, à ma demande, pour le marché francophone au Québec et qui est normalement donné à ses clients seulement :

On voit dans le tableau ci-dessus que la télé de Radio-Canada, globalement, vient en tête. Par contre, en ce qui concerne les émissions individuelles, c’est plutôt V et TVA qui dominent, comme on le voit dans le tableau ci-dessous :

On constate que ce ne sont pas nécessairement les émissions auxquelles on pourrait s’attendre. Les habitudes d’écoute passive ne concordent pas nécessairement avec les habitudes des internautes télévores. La « télévision sociale » a un public distinct de la télévision traditionnelle.

Côté câblodiffuseur

Les trois premiers canaux du palmarès câblo de Seevibes sont Musique Plus, RDS et Casa, et suivent ensuite, dans l’ordre, ARTV, RDI et TV5.

D’une émission à l’autre, le second écran passe soit par Facebook, soit par Twitter dans des proportions très variées. Par exemple, dans le tableau suivant, les deux premières émissions du palmarès hebdomadaire sur le câble québécois francophone ont soit une interaction quasi exclusive sur Twitter, soit presque entièrement sur Facebook.

Laurent Maisonnave explique ces grandes différences par le type de stratégies des diffuseurs.

Radio-Canada privilégierait en général Twitter, et TVA, Facebook. Mais le type d’émission influence aussi le canal par lequel les téléspectateurs s’interpellent. Une émission en direct ou une téléréalité semble mieux se porter sur Twitter. Facebook, dit-il, se prête mieux, à l’inverse, à des conversations asynchrones.

On peut comprendre. Gazouiller 140 caractères permet de ne pas perdre le fil de l’émission, alors qu’un long commentaire sur Facebook peut demander plus de concentration et certains peuvent souhaiter le faire après l’émission.

Une symbiose se développe entre certaines émissions télé et les internautes. Les interactions de ces derniers sont probablement la meilleure publicité qu’une émission puisse avoir.

Les possibilités du second écran

Laurent Maisonnave est un homme occupé. C’est lui qui va animer dans deux semaines le Social TV Boot Camp au Mipcom à Cannes, la Mecque du marché de la télévision (et où le Canada est le pays à l’honneur cette année). Seevibes et son concurrent américain Bluefin Labs font partie des références mondiales dans le domaine de la mesure d’audience télévisuelle sur les médias sociaux.

Cette « télévision sociale » semble prendre de l’ampleur, car il est bien sûr question de gros sous ici. La manne publicitaire qui se tourne de plus en plus vers Internet fait mal aux télédiffuseurs. En montrant ainsi que ces internautes sont aussi devant les écrans de télé, ils peuvent espérer retenir les annonceurs.

Ceux qui sont intéressés par ce domaine peuvent inscrire dans leur agenda au 28 novembre prochain l’événement Le 2e écran en télévision – la nouvelle interactivité, organisé par le Groupe Évolumédia de Gilbert Ouellette à la Grande Bibliothèque de Montréal où conférenciers, présentateurs et panélistes du Québec (dont Laurent Maisonnave), du Canada, des États-Unis et de l’Europe seront présents pour parler de la monétisation des contenus, des médias sociaux et des possibilités du second écran.

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