Martin Lessard« Faire de la politique autrement »

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 publié le 23 juillet 2012 à 13 h 45

Pour un politicien, être présent sur les médias sociaux, ça représente des risques, « mais on pense qu’il y a plus d’avantages que de risques [à] discuter en direct avec la population », ajoute M. Legault, chef de la Coalition avenir Québec (CAQ). (Source Radio-Canada)

Côté risque, il en sait quelque chose. Il vient de retirer à un de ses candidats le droit de se présenter dans une circonscription.

Ce candidat avait traité les indépendantistes de racistes sur son compte Twitter.

Voir des politiciens prendre l’habitude de gazouiller deviendra probablement plus commun. Mais commencer ainsi est assez inhabituel :

« […] j’ai travaille ches Desjardins et pour la premiere fois de ma vie je me sentais NOIR = racisme des separatistes [sic] » (Source Le Devoir)

C’est ce qu’on appelle faillir aux examens d’entrée.

Avec le temps, ce genre de bourdes diminuera. Et c’est tant mieux. Car tweeter est une façon pour les politiciens de faire entendre leur voix, par delà les journalistes, à leurs électeurs.

Évidemment, toute bourde est immédiatement exposée sur la place publique. Normal, c’est là, sans intermédiaire, qu’elle a été déposée.

Est-ce pour autant une raison pour ne pas embarquer dans l’aventure?

Politique autrement?

Simon Jodoin, jeudi dernier dans le Voir, écrivait que cette fameuse « politique autrement » lui donnait « la vague impression que de simplement la brandir, c’[était] déjà un peu faire de la politique comme tout le monde. » À la dérision, il ajoutait qu’« être branché en temps réel [était] devenu synonyme d’ouverture au dialogue et d’audace. »

Si on prend le terme politique dans son sens d’action, on peut se demander comment les gazouillis peuvent nous rapprocher de l’action.

Mais gazouiller est devenu une extension de l’agora, ce lieu de rassemblement et d’échanges. Or les échanges sont un point de départ de la politique. On ne peut le nier.

Y a-t-il dialogue pour autant? Tout dépend du sens qu’on donne au mot « dialogue ».

Si on a en tête un dialogue entre Bernard Pivot et Umberto Eco à Bouillon de culture, il y en aura quelques-uns qui seront déçus dans la salle.

Il faut accepter simplement que ce soit un échange, bref, la plupart du temps, entre deux personnes, un politicien et un citoyen. C’est déjà ça de gagné.

Mais on ne peut pas facilement y exprimer et développer « en temps réel » une pensée en profondeur.

Normalement, si ça commence sur Twitter, ça doit se poursuivre ailleurs (un forum, un blogue, une interview) si on veut approfondir.

Et ça, c’est déjà plus qu’une poignée de main échangée à la va-vite juste avant un discours.

Mais on est loin d’être en présence d’une élection 2.0. C’est encore une affaire de « média 2.0 ».

On verra ce que ça donnera, en espérant que ça ne tourne pas au « salissage 2.0 »…

Réseaux sociaux, Société