Martin LessardLudification de la censure en Chine

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 publié le 30 mai 2012 à 11 h 57

Les lecteurs de Triplex connaissent bien le terme ludification (gamification). En gros « c’est l’utilisation des mécanismes de jeu pour encourager la participation à différentes activités qui n’ont habituellement rien à voir avec les jeux », comme l’écrivait Gina en mars dernier. Pensez aux points Air Miles ou aux badges de Foursquare.

Eh bien, imaginez-vous, le « Twitter » des Chinois (Sina Weibo, 300 millions d’utilisateurs) chercherait à imposer un système de points d’inaptitude à ses utilisateurs pris à « répandre des rumeurs », « à porter atteinte à l’ordre public » ou à « révéler des secrets de la nation ». (Source The Next Web et Le Monde)

Le système de points de Sina Weibo sera comme un jeu où chaque « infraction » fera perdre des points.

  • Le joueur commence avec 80 points.
  • S’il baisse en dessous de 60, il reçoit une alerte.
  • Le compte est supprimé à 0 point.
  • Si la « rumeur » est retweetée 100 fois ou moins, on perd 2 points (au-dessus de 1000 fois, 10 points).
  • Si on publie plus que 5 messages « tendancieux » (selon cette liste), le compte est gelé pendant 48 heures.
  • L’utilisateur gagne des points s’il s’identifie avec sa carte d’identité (10 points) ou lie son compte avec son numéro de cellulaire (10 autres points).

(Sources Le Monde et Wall Street Journal)

On sait que le gouvernement central chinois a maille à partir avec les réseaux sociaux, où on commente l’actualité politique interne, comme l’affaire entourant la chute du membre du Comité central du PCC, Bo Xilai et l’évasion surprise du dissident aveugle Chen Guangcheng).

Les autorités chinoises cherchent à étouffer la propagation sur les réseaux sociaux de plaintes d’abus de pouvoir des fonctionnaires corrompus et autres scandales qui éclatent enfin au grand jour.

Texte grenade: «rumeurs en ligne"

Avec ce système de points (« crédit Weibo »), on pousse les utilisateurs à s’autocensurer. Évidemment, à chacun sa définition de ce qui peut « endommager l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la nation ».

L’histoire ne dit pas si des mots-clics comme #ggi, #manifencours, #casseroles et #loi78 (ou leurs équivalents chinois) compteraient comme une « rumeur » qui « dérange l’ordre public ou détruit la stabilité sociale »…

(source image : China Media Project)

Réseaux sociaux, Société