Nadia SeraioccoLa manifestation des étudiants nus : une journaliste de The Gazette humilie les participants

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 publié le 4 mai 2012 à 12 h 10

Hier soir, lors de la manifestation nue des étudiants à Montréal (#manifnue sur Twitter), quelques centaines d’entre eux et leurs sympathisants ont eu la bravoure de prendre d’assaut les rues en petite tenue. Les slogans avaient de quoi faire sourire, par exemple : « On se les gèle pour le gel », « En sous-vêtements pour un gouvernement transparent! » ou « Nous sommes à un poil de la solution ». Même les policiers avaient le visage plus épanoui qu’à l’habitude. Il faut dire qu’on ne s’attendait pas à une grande violence de la part de nos « tout nus ». Si quelques incidents ont eu lieu, les gestes les plus remarquables ont été posés par la journaliste Anne Sutherland, déléguée sur place par The Gazette, qui a eu la bonne idée de critiquer l’apparence physique des manifestants. Pas en privé ou à l’oreille d’un ami, mais sur Twitter. En toute discrétion, quoi. Les réponses ne se sont pas fait attendre.

Dès qu’elle a commencé à publier des photos des manifestants avec des commentaires marquant son dédain – comme « Ewww » devant la photo d’un homme au dos velu ou encore « Celle-ci ne posera pas pour Playboy » (traduction de l’auteure) pour commenter les rondeurs d’une jeune femme –, des commentateurs outrés se sont empressés de lui répondre. Les plus gentils lui ont fait remarquer qu’elle n’était pas à un concours de beauté, d’autres n’ont pas hésité à lui dire de se montrer nue, elle aussi, qu’on puisse juger de cette perfection qui lui permettait d’être si critique. Le Conseil de presse du Québec a recueilli quelques commentaires de Mme Sutherland et les réponses qui ont suivi grâce à Storify.

Réputation en ligne 101 et les lendemains qui déchantent

Ce matin, la performance d’Anne Sutherland faisait l’objet de plusieurs billets, dont un sur le blogue de Dominic Arpin et un autre sur la publication web citoyenne Le Globe. Julien Acosta en faisait une nouvelle dans la section Actualités du site du Conseil de presse. Un des manifestants, après s’être reconnu dans les photos légendées de Sutherland, a ouvert une page Facebook pour exiger des excuses de la part de la journaliste. Sur la page Facebook d’Anorexie et boulimie Québec (ANEB), un organisme qui, dois-je le préciser, lutte contre les problèmes d’images corporelles, on publiait la compilation des propos de Sutherland effectuée par le Conseil de presse.

Ce matin, vous ne trouverez plus le compte d’Anne Sutherland sur Twitter (mais son compte Yfrog est toujours en ligne). Sentant que ses commentaires avaient soulevé une grogne qui allait croissante, elle l’a fermé à la hâte. Twitter existe depuis plus de cinq ans, et cette journaliste n’est pas la première à découvrir que même si vous écrivez « mes opinions n’engagent que moi », votre nom est associé à celui de votre employeur, et cela encore plus si vous travaillez pour un grand média. Le journaliste américain Nir Rosen et, plus près de nous, Jorge Contreras et Maxime Roberge ont appris cette leçon à la dure, perdant, dans le premier cas du prestige, dans le second un client et dans le dernier son emploi.

Autres sources et points de vue sur le web :

La galerie de photo La Presse : Manifestation « toute nue » à Montréal

Sur le blogue de Cécile Gladel : S’attaquer aux résidences privées des personnalités publiques?

L’article d’Anne Sutherland sur la manifesation : Montreal students stage a nearly-nude protest

Un aperçu de l’ambiance sur le compte YouTube de AvivaCam (David LaHaye) :

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