Billets publiés en mai 2012

Une photo plus ou moins réussie avec mot-clic #betseyjohnson et me voilà happée par une communauté mode.

Alors que nous avons presque tous un appareil photo à la main (merci à nos téléphones) et des applications qui nous permettent de jouer les artistes photographes, rendant ce médium plus accessible à tous, les sites de partage d’images ont la cote. Nous avons vu la montée en flèche de Pinterest en début d’année, l’achat récent du réseau mobile photo Instagram (c’est important de préciser que ce réseau est uniquement mobile et le premier de ce genre) par Facebook et une hausse de l’intérêt pour le réseau Tumblr chez les utilisateurs, mais aussi les entreprises. Serait-ce un nouvel âge d’or pour la photo? Pour les gens de communications et de marketing, cela ne fait pas doute.

Une tendance confirmée par ComScore

Selon les plus récents chiffres de ComScore, Instagram se retrouve en tête des « propriétés web » qui gagnent du terrain, Tumblr.com (propriété de Gannett Sites) figure parmi les 50 sites les plus fréquentés et la catégorie de sites regroupant les communautés traitant de beauté, de style de vie et de mode (des sites comme Polyvore.com et Pinterest en font partie) se classe bonne deuxième juste derrière la catégorie « Actualités » (General News).

Ces marques qui vous laissent parler d’elles…

Sans avoir vraiment expérimenté beaucoup Pinterest, certains se sont vite attaqués au côté superficiel beauté-mode-tendances du réseau et aux problèmes de droits d’auteurs que son utilisation pouvait soulever. Pourtant, au même moment, Martha Stewart, la femme d’affaires, la marque et ses différents produits (mariages, recettes, magazine, etc.) constatait que pour l’année 2011, Pinterest avait été à l’origine de plus de clics sur son site que Facebook et Twitter combinés. Point besoin de vous dire que Martha n’entreprendra pas de poursuite pour crédits photos non respectés lorsque que des « épingleurs » maladroits auront gommé la source d’une photo, car les « repin » légitimes (qui affichent donc par défaut la source) sont trop payants. Sur Instagram ou Pinterest, on trouve souvent une combinaison de photos qui proviennent des utilisateurs et des campagnes publicitaires des marques. Laisser les utilisateurs jouer avec la marque et encourager la production de matériel est aussi une bonne façon de créer une communauté autour  d’une entreprise. Plus près de nous, au Québec, Aldo a créé sa page sur Pinterest, mais n’a encore rien publié, et Simons, toujours à l’avant-garde, a créé une page Pinterest avec différents tableaux, dont ses « lookbooks » pour les marques Icône et Twik. Plusieurs entreprises ne saisissent pas encore la perche leur est tendue, car si vous faites une recherche par mots-clés sur Pinterest, des marques comme Le Château y sont déjà par le biais d’épinglage de leurs clients, tout comme Aldo et Simons.

Communiquer en partageant ses goûts

Sur Instagram, on peut identifier ses photos à l’aide de mots-clics, soit avec le dièse, comme sur Twitter. L’an dernier, j’ai publié une photo d’une paire de boucles d’oreille, et j’ai ajouté le nom de la designer, #betseyjohnson. Quelques minutes plus tard, une dizaine de fans de la marque avaient cliqué sur le petit cœur (équivalent au « j’aime » de Facebook, portant ainsi à mon attention un réseau d’admiratrices de la marque. Starbucks a aussi ses fans sur Instagram, ces derniers ont publié près de 700 000 photos, pour la plupart des images de cafés couronnés de crème fouettée. La même chose est observée sur le réseau de blogues Tumblr, où le mot-clic #starbucks relie une foule de courts billets et de photos inspirés par la marque de café. Les stratèges de la célèbre marque Alexander McQueen –, dans un univers où la marque prime, malgré le décès récent et en début de carrière de ce créateur de mode la marque qui porte son nom vit encore – ont inclus dans leur plan marketing social un blogue Tumblr, ce qui s’avère payant en terme de diffusion, puisque les photos des collections circulent sur ce réseau, sur Polyvore.com et sur Pinterest.

Payant en argent ou en visibilité?

Vous vous doutez bien que dans le cas d’une marque comme Starbucks, si on ne peut pas évaluer combien de capuccinos de plus sont vendus en raison des milliers de partages des internautes, le profit en visibilité et en adhésion à la marque suffit pour le moment. Quant à un produit de luxe comme les créations de la collection McQueen, il s’agit là aussi principalement de visibilité, car nous pouvons douter que les jeunes utilisateurs des réseaux sociaux photos aient les moyens d’acheter du prêt-à-porter dont les prix se comptent souvent en milliers de dollars. Mais avec des augmentations de trafic dans les 300 %, comme le révélait la chaîne Whole Foods au magazine Fortune, il est de mise d’espérer que tous ces clics seront un jour convertis en une augmentation des ventes. Les entreprises d’ici dans le secteur de la mode, de l’art de vivre et du tourisme commencent à inclure ces sites dans leur stratégie, c’est donc à surveiller.

Autres sources :

Des idées pour utiliser Pinterest (en anglais)

Pinterest pour diffuser un créatif (en anglais)

Instagram and product placement: is there a filter for transparency (Forbes)

Martin LessardLudification de la censure en Chine

par

 publié le 30 mai 2012 à 11 h 57

Les lecteurs de Triplex connaissent bien le terme ludification (gamification). En gros « c’est l’utilisation des mécanismes de jeu pour encourager la participation à différentes activités qui n’ont habituellement rien à voir avec les jeux », comme l’écrivait Gina en mars dernier. Pensez aux points Air Miles ou aux badges de Foursquare.

Eh bien, imaginez-vous, le « Twitter » des Chinois (Sina Weibo, 300 millions d’utilisateurs) chercherait à imposer un système de points d’inaptitude à ses utilisateurs pris à « répandre des rumeurs », « à porter atteinte à l’ordre public » ou à « révéler des secrets de la nation ». (Source The Next Web et Le Monde)

Le système de points de Sina Weibo sera comme un jeu où chaque « infraction » fera perdre des points.

  • Le joueur commence avec 80 points.
  • S’il baisse en dessous de 60, il reçoit une alerte.
  • Le compte est supprimé à 0 point.
  • Si la « rumeur » est retweetée 100 fois ou moins, on perd 2 points (au-dessus de 1000 fois, 10 points).
  • Si on publie plus que 5 messages « tendancieux » (selon cette liste), le compte est gelé pendant 48 heures.
  • L’utilisateur gagne des points s’il s’identifie avec sa carte d’identité (10 points) ou lie son compte avec son numéro de cellulaire (10 autres points).

(Sources Le Monde et Wall Street Journal)

On sait que le gouvernement central chinois a maille à partir avec les réseaux sociaux, où on commente l’actualité politique interne, comme l’affaire entourant la chute du membre du Comité central du PCC, Bo Xilai et l’évasion surprise du dissident aveugle Chen Guangcheng).

Les autorités chinoises cherchent à étouffer la propagation sur les réseaux sociaux de plaintes d’abus de pouvoir des fonctionnaires corrompus et autres scandales qui éclatent enfin au grand jour.

Texte grenade: «rumeurs en ligne"

Avec ce système de points (« crédit Weibo »), on pousse les utilisateurs à s’autocensurer. Évidemment, à chacun sa définition de ce qui peut « endommager l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la nation ».

L’histoire ne dit pas si des mots-clics comme #ggi, #manifencours, #casseroles et #loi78 (ou leurs équivalents chinois) compteraient comme une « rumeur » qui « dérange l’ordre public ou détruit la stabilité sociale »…

(source image : China Media Project)

Comme plusieurs d’entre vous, étant mordu de techno, j’ai fait la mise à jour de mon système de divertissement vidéo pour passer à la haute définition il y a quelques années. Pour l’achat de films, je préfère encore le support physique : idéalement le format Blu-ray, qui offre une résolution de 1920 × 1080 pixels (nettement supérieur à la qualité d’un DVD). Certains lecteurs se souviendront que j’ai laissé tomber mon abonnement au câble pour me tourner vers les antennes de lapin. Ce mode de diffusion gratuit propose généralement une image plus nette que les services payants de toute façon.

Donc, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme le disait Candide : cet investissement va certainement m’être bénéfique encore pour des années. On raconte à qui veut bien l’entendre que la loi de Moore s’épuise de toute façon, alors peut-on vraiment s’attendre à une nouvelle norme pour nous inciter à remplacer tout notre équipement et, par extension, notre collection vidéo?

Bien sûr que si…

UHD, un format expérimental des chaînes NHK et BBC

Imaginez une image composée de 33,18 millions de pixels. On parle ici d’une résolution de 7680 × 4320 pixels, soit 16 fois supérieure à la norme HD de 1080p. Proportionnellement, ça donne quelque chose qui ressemble à ce qui suit :

Comparaison entre l’image classique (SD), la haute définition (HD) et le nouveau format UHD

Au début du mois de mai, Panasonic dévoilait un écran plasma de 145 pouces, soit le premier téléviseur UHD. Le prototype a été développé en collaboration avec NHK, qui préfère utiliser l’appellation Super Hi-Vision pour désigner le format. Selon le diffuseur public japonais, celui-ci deviendra commun dans les foyers en 2020. Le moins qu’on peut dire, c’est que cette prédiction est plutôt optimiste.

Du côté européen, la BBC captera les Jeux olympiques d’été 2012 en utilisant la nouvelle norme à titre expérimental. Le diffuseur érigera trois écrans de 15 mètres dans la région de Londres afin de permettre aux Britanniques de regarder quelques-unes des plus importantes disciplines olympiques avec la meilleure qualité possible.

C’est d’ailleurs le principal attrait d’une telle technologie : la diffusion d’événements sportifs ou de documentaires du type de ceux produits par National Geographic ou IMAX.

Mais doit-on vraiment craindre de devoir s’équiper à nouveau d’ici huit ans?

Tout recommencer?

De nouvelles normes, l’industrie du divertissement a beaucoup d’imagination pour nous en proposer. Depuis la sortie d’Avatar en 2009, les fabricants tentent par tous les moyens de vendre la 3D à ses consommateurs. Cependant, tout le monde s’entend pour dire que cette forme de divertissement ne profite pas à tous les types de contenus.

Idem du côté musical. Alors que certains annonçaient une lutte entre Super Audio CD (SACD) et DVD Audio, des formats audio offrant une qualité sonore supérieure (et par extension, un son ambiophonique), les consommateurs se sont abstenus d’investir dans l’une ou l’autre des voies proposées.

Sans compter qu’il est toujours impossible d’obtenir un signal télévisuel en 1080p par le biais des services par câble ou satellites (on nous propose surtout un signal 720p, un format intermédiaire entre la résolution classique et la « vraie » haute définition).

Je reste donc sceptique à l’idée de voir l’ultra haute définition devenir la norme en 2020.

Il n'y a pas si longtemps, passer un appel était un geste privé fait à partir d'une cabine... Crédit : Green Lane (Own work) GFDL via Wikimedia Commons

Avec la crise étudiante au Québec, tandis que les esprits s’échauffent sur les réseaux sociaux, certains manifestent un ras-le-bol devant la masse des opinions contradictoires qui s’expriment. Sans Internet et les réseaux sociaux, vous n’auriez accès qu’à une portion infime de ces partages d’idées. Maintenant, munis de téléphones intelligents ou pas, de tablettes, d’ordinateurs portables, nous pouvons tout lire et tout partager en temps réel, jusqu’à parfois ennuyer notre entourage. Quand le sujet est d’intérêt, ça va, mais peut-on trop partager?

Des outils propices à la publication rapide

Selon le CEFRIO (Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations), au Québec, nous serions quelque 80 % à utiliser Internet de façon régulière. Nous le faisons de plus en plus partout et à tout moment. Toujours selon cet organisme de recherche, plus d’un million de Québécois accèdent au web à partir d’un téléphone, et les trois quarts d’entre eux utilisent pour ce faire un téléphone intelligent. Considérant que les 18-24 ans ont presque tous un cellulaire (80 % de cette tranche d’âge), il ne faut pas s’étonner de leur empressement à partager états d’âme et photos. Même sans téléphone ou tablette, les internautes ont souvent à leur disposition tous les outils pour partager à chaud leurs coups de cœur ou coups de gueule.

S’exprimer en un clic : se soucier ou pas de sa cyberréputation

Selon une étude réalisée en mars 2012 par Ipsos pour la firme Intel, près de 90 % des Américains croient qu’il serait préférable que les utilisateurs des réseaux sociaux formulent mieux leurs opinions pour ne pas être perçus négativement. Très certainement prévenus qu’il est plus facile de réfléchir avant d’appuyer sur la touche « entrée » que d’essayer d’effacer ensuite leurs commentaires, 85 % de ces mêmes répondants sont convaincus que ce que nous publions sur Internet nous suit indéfiniment. Ils ont raison et nous pouvons en conclure qu’ils comprennent le concept de cyberréputation. Malgré cela, plus de 50 % de ces personnes admettent qu’elles seraient gênées si tout ce qu’elles publiaient sur Internet était public.

Quand trop, c’est trop!

Peut-on trop partager? Selon ce sondage, parmi les comportements qui ennuient le plus les internautes, 60 % des répondants affirment détester les gens qui se plaignent tout le temps. Voyeurs ou pas, plus de 50 % d’entre eux n’aiment pas que leurs connaissances publient de photos choquantes ou trop indiscrètes. Une proportion à peu près similaire d’internautes est franchement mal à l’aise lorsqu’un contact publie de l’information qu’ils auraient considérée comme privée. Qui ne fait pas une ou toutes ses choses? Après avoir critiqué ces pratiques, certains admettront tout de même se plaindre aussi en ligne et publier parfois des contenus discutables…

Les pires comportements seraient liés à la mobilité

Il ne faut pas s’en étonner après toute la sensibilisation qu’on a faite à ce sujet aux États-Unis mais aussi plus près de chez nous : 77 % des répondants considèrent que la pire chose à faire est de texter au volant. Ensuite, 64 % des personnes sondées sont grandement irritées par ceux qui parlent fort au téléphone dans un lieu public. Même si vous pensez vraiment avoir la sonnerie et les alertes les plus chouettes, 55 % de vos concitoyens seront franchement ennuyés de les entendre retentir très fort.

Si ces données vous ressemblent, elles me ressemblent aussi. Encore faut-il savoir que 19 % des gens qui se sont prononcés sur ces questions ont admis mentir parfois en ligne…

Information complémentaire :

2012 state of mobile etiquette and digital sharing Intel survey (PDF)

CEFRIO : Mobilité : le téléphone intelligent en croissance au Québec (PDF)

Un article de Forbes sur cette ère de partage : Moderation in an age of information abundance & hypervisibilty

Martin LessardComment Twitter propage le printemps érable

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 publié le 25 mai 2012 à 11 h 23

Je terminais mon dernier billet en me demandant ce qui viendrait ensuite : #ggi –> #manifencours –> #loi78 –>?

#casseroles pour contester la #loi78

« Quand les casseroles se font entendre dans le très anglo NDG, on sait qu’on a une crise populaire! » Ce message, retweeté par Bruno Guglielminetti à ses 25 000 abonnés de Twitter hier soir, donne un aperçu de l’étendue de la fièvre du #printempsérable au Québec.

Le mouvement de protestation se propage à l’image des réseaux sociaux : pas vraiment de centre, une organisation sans organisation, c’est-à-dire qui fonctionne organiquement sans avoir de coordination explicite.

Les mots-clic (hashtag) sur Twitter jouent le rôle de messagers. #casseroles circule et devient un mot vedette sur Twitter, on clique, on lit, on regarde CUTV. Et on comprend que ça marche! Alors on adopte l’idée et on l’applique dans son coin de pays.

C’est comme ça qu’on peut expliquer l’extraordinaire simultanéité des mouvements du printemps érable. Par un effet de capillarité; vous savez, cette remontée d’humidité qui fait circuler l’eau du bas vers le haut (dans du tissu, les murs, toute matière poreuse…). La migration des mots-clic remonte les faisceaux numériques et l’imitation fait le reste.

Si l’idée semble bonne, alors on l’adopte, sinon elle passe son chemin.

#casseroles, cette manifestation bruyante où chacun marche dans la rue en tapant sur de véritables casseroles, est l’exemple d’une parfaite transmission par capillarité partout au Québec.

Et quand #casseroles fonctionne au Québec, il donne de la visibilité à #manifencours partout dans la twittosphère francophone. Et alors, ensuite, les médias internationaux se mettent à parler du #printempsérable

Twitter comme « un nouveau pouvoir »?

Un nouveau pouvoir, vraiment? Racontons cette histoire :

Mardi soir, Justin Ling, reporter au site de nouvelles Open File, a été arrêté par la police de Montréal, bien qu’il ait présenté sa carte de reporter. Ling s’est alors tourné vers Twitter.

« Je suis en état d’arrestation », écrit-il sur Twitter. Ce qui a déchaîné une tempête de retweets. La police de Montréal, qui sait faire une bonne veille des médias sociaux, a rapidement remarqué les messages entourant l’arrestation de M. Ling.

Un policier est venu plus tard à sa recherche. Ling a donné son identité et a été immédiatement libéré, ce qui lui a épargné une nuit au poste.

Derrière le compte @SPVM, sur Twitter il se trouve des gens qui savent peser le pour et le contre. Une crise populaire en ligne est aussi une crise à gérer.

Twitter est une foule qui sait se faire entendre.