Martin LessardDes centres de données d’Internet dans le Grand Nord québécois?

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 publié le 19 avril 2012 à 18 h 28

Les centres de données utilisent de l’énergie, beaucoup d’énergie. On l’a vu hier, dans mon billet sur l’empreinte écologique de l’infonuagique, que les données qu’on s’envoie par Facebook, Instagram ou Twitter ne sont pas tout à fait virtuelles. Il faut des serveurs pour les traiter et les stocker.

Une grande partie de toute cette énergie consommée sert à refroidir ces serveurs. D’où l’intérêt à bâtir de tels centres dans des endroits nordiques, pour faire baisser la facture.

C’est ce que Facebook a annoncé l’automne dernier, en implantant un centre de données à Lulea, une ville suédoise à 100 kilomètres du cercle polaire. Qu’attend-on pour ouvrir le Plan Nord du gouvernement québécois aux centres de données étrangers? Quelques éléments manquent encore au tableau.

(cc) Travis Goodspeed

Facteurs de succès

Le nord du Québec possède de nombreux avantages : le froid, le vent, l’eau, les barrages hydro-électriques. De quoi attirer les regards. Mais il y a aussi quelques embûches. Les voici :

Manque de connexions redondantes. Hydro-Québec fait courir de la fibre optique sur ses réseaux de transports, mais dans le monde du temps réel où les données sont devenues critiques, il faut plus qu’une ligne. Il faut de nombreuses lignes de plusieurs sources différentes (ce qu’on appelle « redondance ») pour pallier d’éventuels bris.

Distance. Contrairement à ce que l’on pense, sur Internet, « la distance a de l’importance ». La baie James n’est pas la porte à côté. Les serveurs étant loin des centres urbains (où se trouve le gros des consommateurs Internet), un effet de latence nuirait aux applications demandant des réponses en temps réels. Par contre, ce ne serait pas un problème pour des centres de stockages (photos, vidéos en ligne), comme je l’écrivais hier.

Coût. Faire monter la main d’oeuvre dans le Grand Nord n’est pas une mince tâche, en logistique et en coût. Cet aspect financier n’est pas négligeable.

Une volonté gouvernementale. Hydro-Québec est en mesure de déployer de la fibre optique noire (fibre qui n’est pas alimentée) partout sur son réseau. Non seulement le Québec est en mesure d’alimenter par courant porteur en ligne (Internet passant par le filage électrique) toutes les maisons sur le réseau électrique – et du coup offrir Internet à tous ses citoyens –, mais il pourrait devenir une plaque tournante (data hub) sur l’infrastructure mondiale d’Internet. Évidemment, outre certains défis technologiques et plusieurs ajustements, il faut une volonté politique de voir loin.

(cc) NASA

Un potentiel de développement?

Actuellement, des pays nordiques, comme le Danemark, la Suède et la Norvège, commencent à attirer toute l’attention en montrant comment ils sont en très bonne position pour accueillir l’or numérique du 21e siècle.

Une étude du DatacenterDynamic estime que la demande énergétique mondiale des centres de données augmenterait de près de 20 % entre septembre 2011 et septembre 2012. Toute économie d’énergie devient donc vitale pour cette industrie. S’installer dans des régions nordiques est une solution écologique, surtout si la source d’énergie est renouvelable…

Plus d’information :

Lire : Nordics launch a united cold front on data centres et Data center energy consumption will increase. Are you (not) surprised? L’augmentation des centres de données, une tendance mondiale qui ne se dément pas.

Lire: Le Nord du Québec, propice aux centres de données?, un excellent article de Jean-François Ferland dans Direction informatique.

Lire: Le Plan Nord du gouvernement québécois.

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