Martin LessardLe traqueur de filles par géolocalisation

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 publié le 2 avril 2012 à 12 h 18

Les dérives possibles de la diffusion de sa vie privée sur les réseaux sociaux ne sont pas vraiment connues de tous. Voilà pourquoi cette histoire révélée par le site Cult of Mac la semaine dernière donnera probablement la chair de poule à certains et, surtout, à certaines.

L’application s’appelle, de façon explicite, Girls Around Me. Et son slogan n’est pas moins explicite : « In the mood for love, or just after a one-night stand? Girls Around Me puts you in control! » Pour toujours ou pour une nuit, vous êtes prêt pour la chasse, pourrait-on traduire.

Les filles dans votre radar

L’application permet de repérer les filles dans un certain périmètre autour de soi à partir des entrées géolocalisées dans Facebook et Foursquare. Dans les faits, l’application repère aussi les garçons et les lieux populaires. Mais le nom de l’application ne laisse que peu de doute sur son usage réel.

Girls Around Me ne scanne pas notre propre réseau à la recherche de nos amies, elle scanne tout le réseau de Facebook et Foursquare à la recherche de filles qui diffuse leur position par GPS dans le périmètre et les affichent sur votre radar. Que vous les connaissiez ou non.

Pour que l’application puisse trouver une fille, il faut qu’elle ait paramétré son compte de façon à ce qu’une partie suffisante de son profil soit accessible : c’est-à-dire son nom, sa photo, son sexe et le lieu où elle s’est géolocalisée la dernière fois.

Toutes ces filles se retrouvent sur le radar de la personne qui a scanné le périmètre avec Girls Around Me. La chasse peut commencer…

L’homme invisible

Le problème avec cette application, c’est qu’elle profite d’une faiblesse bien connue d’une certaine population qui ne connaît pas bien les conséquences d’une mauvaise gestion des paramètres de sa vie privée sur les réseaux sociaux.

Certaines personnes pensent à tort qu’elles n’ont rien à cacher et qu’afficher son âge, son sexe et sa photo dans Facebook est anodin, croyant que, « dans la vraie vie », ce sont des renseignements qu’elles ne peuvent cacher : en les rencontrant, on découvre immédiatement leur sexe, leur âge (approximatif) et leur visage, non? Quant à leur nom, une simple question en face à face et c’est réglé.

Sauf que ces « renseignements », une fois dans une base de données, sont utilisés de façon autrement plus intrusive. Le problème n’est pas leur profil en soi, c’est la technologie sous-jacente qui donne trop de pouvoir à des gens qui pourraient s’en servir à mauvais escient.

Il y a une différence énorme entre tomber par hasard sur le profil d’une fille (et de parcourir ses photos sur Facebook) et d’avoir un outil qui fouille, trie et nous rapporte tous les profils qui concordent avec certains critères, en particulier le fait d’être dans les parages.

Le problème est encore plus vicieux. Comme les profils sont décontextualisés, en apparaissant dans Girls Around Me, l’application laisse sous-entendre qu’elles ont accordé leur consentement pour se laisser repérer sur le radar.

Une grande partie du danger du dévoilement des données personnelles, c’est l’usage que les autres peuvent en faire à votre insu. D’où l’importance de ne pas les rendre accessibles à tout vent.

Application hors d’usage

Heureusement, le bruit que cette histoire a fait a incité Foursquare, samedi, à débrancher Girls Around Me de son API. Les programmeurs derrière l’application ont ensuite retiré, hier, l’application de l’iStore d’Apple puisqu’elle n’est plus vraiment fonctionnelle sans Foursquare.

On pourrait se demander combien de temps encore cette application serait restée en circulation si les blogues n’avaient pas fait du tapage sur cette application. Combien d’autres applications font de même? Peut-être y a-t-il même une application en monde développement, donc cachée et invisible sur l’iStore, qui circule sous le manteau, triant et fouillant les comptes ouverts de jeunes gens insouciants…

La gestion de sa vie privée sur les réseaux sociaux numériques devrait être quelque chose à discuter plus profondément sur la place publique.

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